Critiques

[CRITIQUE] : Inherent Vice


Réalisateur : Paul Thomas Anderson
Acteurs : Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Reese Witherspoon, Eric Roberts, Benicio Del Toro, Katherine Watherson, Owen Wilson, Martin Short, Jena Malone, Hong Chau, Michael K.Williams, Maya Rudolph,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : 20 000 000 $
Genre : Comédie, Policier, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h29min.

Synopsis :
L'ex-petite amie du détective privé Doc Sportello surgit un beau jour, en lui racontant qu'elle est tombée amoureuse d'un promoteur immobilier milliardaire : elle craint que l'épouse de ce dernier et son amant ne conspirent tous les deux pour faire interner le milliardaire… Mais ce n'est pas si simple…
C'est la toute fin des psychédéliques années 60, et la paranoïa règne en maître. Doc sait bien que, tout comme "trip" ou "démentiel", "amour" est l'un de ces mots galvaudés à force d'être utilisés – sauf que celui-là n'attire que les ennuis.


Critique :



A l'instar des films mis en scènes par son homonyme Wes Anderson, toute péloche signée par l'inestimable Paul Thomas Anderson - PTA pour les intimes -, s'attend et se savoure pour tout cinéphile un minimum endurci et ce, même si de l'avis de beaucoup, son cinéma n'est pas forcément accessible à un très large public.

Boogie Nights, Magnolia, Punch Drunk Love, le chef d’œuvre There Will Be Blood ou encore le plus récent The Master (dernier grand rôle du regretté Philip Seymour Hoffman), le bonhomme possède une filmographie quasi-parfaite bourrée de métrages incarnant des classiques instantanés aussi audacieux qu'esthétiquement parfait.

Un peintre du septième art qui peint ses toiles sur pellicules, ou chaque œuvre est une succession de tableaux faisant la part belle à des personnages tous infiniment bien croqués.


Libre après bien évident, au spectateur d'adhérer, de se laisser emporter ou non par son art mais vu l'aura quasi-mystique et respecté qui l'entoure, force est d'admettre qu'à priori, il possède plus de partisans (dont moi) que de détracteurs.

Pas étonnant donc que son nouveau long en date, l'alléchant Inherent Vice nous captive au plus haut point, belle promesse de cinéma singulier et unique semblant s’inscrire dans la même veine riche et délirante des précieux The Big Lebowski des frères Coen et Las Vegas Parano de Terry Gilliam.

Pour preuve, puisqu'il prend pour pari audacieux d'adapter sur grand écran le roman éponyme du génial et barré Thomas Pynchon - bouquin tout aussi inclassable que son auteur -, qui promettrait une aventure tout simplement unique, PTA s'étant même efforcé pour le coup, à réunir un casting de stars indécent de talent, mené par un Joaquin Phoenix des grands jours, que le metteur en scène retrouve à peine deux ans après The Master.


Inherent Vice donc, ou l'histoire du détective privé amateur Doc Sportello accro à la cocaïne alors qu'il l'était un temps au scotch, dont la sublime ex-petite amie, Shasta, surgit un beau jour au sein de son quotidien, pour lui raconter comment elle vient de tomber amoureuse d'un promoteur immobilier milliardaire.
Une bonne nouvelle en soit, le hic c'est qu'elle craint que l'épouse vénale de ce dernier et son amant ne conspire tous les deux pour faire interner et se débarrasser une bonne fois pour toute du milliardaire...

Pas une simple affaire (on y croise des agents du FBI, des trafiquants indonésiens, le syndicat des dentistes, le président Nixon...) au milieu d'une époque ou rien n'est définitivement très simple de toute manière.
C'est la fin des psychédéliques 60's et le début des 70's, et la paranoïa règne en maître un peu partout au pays de l'Oncle Sam, et encore plus dans la sacro-sainte Californie.
Et Doc sait très bien que, tout comme " trip " ou " démentiel ", le mot " amour " est l'un de ceux qui sont le plus galvaudés à force d'être utilisé.

Sauf qu'à la différence des autres, il est certainement celui qui attire le plus d'ennui...


Thomas Pynchon a beau être considéré comme l'une des plumes les plus talentueuses de son époque, ce n'est pourtant que la première fois qu'il se voit offrir les honneurs d'une adaptation sur grand écran.
Alors voir que PTA, quasi-institution du cinéma indépendant US, prenne le pari de s'attaquer à l'une de ses œuvres étaient déjà donc, un sacré événement à part entière.

Mais qu'il décide de littéralement s'abandonner dans sa folie au risque de rebuter plus d'un spectateur lambda, cela donne indiscutablement l'un des rendez-vous les plus immanquables et indispensables de ce premier semestre ciné de 2015.

Exigeant, mystérieux, sexy et ensorcelant, le film est un pur mélange détonnant d'enquête policière nonchalante et sous substances d'un humour et d'une complexité savoureusement maitrisée et jouissive, citant autant le cinéma des frangins Coen que celui de Werner Herzog et de son culte Bad Lieutenant, dans une déclaration d'amour assumée au polar des années 50 (comme The Big Lebowski) et ou il est fort difficile de démêler le vrai du faux au beau milieu d'un complot au rythme ralentit englobant une pléthore de communautés et de symboles des États-Unis.

On s'y perd vite - malgré une complète cohérence dans son propos - pour mieux épouser dans les grandes largeurs un véritable trip cinématographique follement agréable, déglingué et référentiel (aussi bien au septième art qu'à la pop-culture de l'époque), une accumulation de scènes façon puzzle à la limite du non-sens porté par un Doc Sportello  incarnation vivante du cool - like The Dude -, dont les abus de substances illicites offrent des sorties de routes hallucinatoires et paranoïaques ôtant toute possibilité de prises d'appuis sous le soleil brulant d'une ville de Los Angeles fantasmée et psychédélique.


Véritable exercice de style démontrant toute la puissance de la mise en scène du bonhomme - qui tutoie encore une fois la grâce du bout de la pellicule -, à la liberté de ton juste hallucinante, Inherent Vice jouit également de nouveau d'une écriture pertinente des personnages et des dialogues tout autant que d'une direction d'acteurs majestueuse, ou tout le monde arrive à glaner son petit moment de gloire face à un Joaquin Phoenix en grande forme, éblouissant et impliqué - comme toujours.

On retiendra bien évidemment la sublime Katherine Watherson (véritable révélation du métrage) mais surtout Josh Brolin, intense et drôlatique en flic névrosé, un Owen Wilson parfait et carrément à contre-emploi, ainsi que l'inestimable Martin Short (littéralement sous-utilisé à Hollywood depuis plusieurs décennies), désopilant à souhait.

D'une reconstitution remarquable et minutieuse ainsi que d'une b.o merveilleusement jazzy (l'excellent Johnny Greenwood), le film, qui aurait tout de même mérité qu'on lui taille un petit bout de gras niveau montage (comme The Master, beaucoup trop long), n'en est pas moins un sommet de déconne subversif, riche, bordélique et décalé.


Une œuvre méchamment fiévreuse et exubérante qui demande à son spectateur de totalement accepter son non-sens pour pleinement jouir de sa maestria, en pure fresque PTA qu'elle est.

Bref, Inherent Vice ou un OFNI insaisissable et magistral comme on en voit que trop peu, et qui de facto, devient donc instantanément culte.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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