A Most Violent Year

[CRITIQUE] : A Most Violent Year


Réalisateur : J.C. Chandor
Acteurs : Oscar Isaac, Jessica Chastain, David Oyelowo, Albert Brooks, Alessandro Nivola,...
Distributeur : Studio Canal
Budget : 19 000 000 $
Genre : Policier, Drame, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h05min.

Synopsis :
New York - 1981. L'année la plus violente qu'ait connu la ville. Le destin d'un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l'époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.


Critique :

Il y a trois ans, le précieux J.C. Chandor rentrait - avec fracas - dans notre petite liste des jeunes cinéastes ricains à suivre avec le plus grand intérêt d'ici la prochaine décennie, aux côtés notamment, des tout aussi précieux Jeff Nichols et Rian Johnson.

Avec Margin Call, drame choral sur les 24 heures ayant entourées la crise chez les requins made in Wall Street de chez Lehman Brothers, le bonhomme impressionnait méchamment son monde via une mise en scène aussi précise que nerveuse, doublée d'un script aussi bavard que foutrement instructif et critique.

Mieux, l'an dernier et avec une sacrée épée de Damoclès pointée au-dessus de sa tête, le bonhomme nous revenait avec un projet on ne peut plus à l'opposé de son premier long, All is Lost, avec pour seul casting l'inestimable Robert Redford.

Car si Magin Call était prolixe et porté par un casting au pluriel indécent de talent, All is Lost lui, fut quasi muet et ne s'appuyait que sur une unique performance d'acteur (mais quel acteur en même temps).
Résultat, on assistait de nouveau à un beau moment de cinéma aussi racé et intime qu'effrayant, une claque sans nom sous forme de voyage spirituel déchirant dans les entrailles d'un enfer majestueux de beauté.


Alors, inutile de dire que son troisième long, le bien nommé A Most Violent Year, était méchamment attendu dans nos salles obscures, ou il incarnerait à n'en pas douter, la cerise sur le gâteau d'une année ciné 2014 plus riche et exceptionnelle qu'elle n'en avait l'air au 1er janvier.

Ambitieux (une habitude chez le cinéaste), la péloche se veut comme une plongée vibrante au sein de l'Amérique criminelle des 80's mais surtout, de l'année la plus violente de l'histoire de la Grande Pomme, 1981, avec ni plus ni moins que les excellents Oscar Isaac, Jessica Chastain, David Oyelowo et Albert Brooks en vedette.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que si sa réappropriation du film de gangster - genre on ne peut plus exigeant - pouvait en effrayer plus d'un, le Chandor réussit avec son nouveau métrage une incroyable dissection du rêve américain aussi brillamment ficelé que fascinante.
Bref, trois films pour le bonhomme au compteur, et tout simplement trois putain de chefs d’œuvres...

A Most Violent Year ou l'histoire en 1981 (l'année la plus violente qu'ait connue New-York) d'Abel Morales, un homme d'origine sud-américaine fraichement installé dans la Grande Pomme avec sa femme américaine, et qui est bien décidé à se faire une place dans le business du pétrole.
Il a toutes les cartes en main pour asseoir son statut, mais face à la corruption et aux coups bas qui régit le commerce de l'or noir, l'honnête travailleur qu'il est va vite se retrouver seul contre tous pour mener son entreprise à la hauteur de ses ambitions...


A l'instar des polars du génial James Gray, on jurerait à la vision du nouveau film de J.C. Chandor, mirer l'un de ces purs thrillers ricain made in 70's signé par feu le regretté Sydney Lumet, avec son ambiance aussi noir qu'intense et son esthétique joliment vintage.

Mais, et même si il s'amuse à jouer minutieusement la carte du contraire, A Most Violent Year a pourtant tout du pendant New-Yorkais du cultissime Scarface de Brian De Palma.

Même si son titre laisse présager une orgie de sang et de violence, la bande n'est pas un thriller sanglant et encore moins brutal, et comme le papa de Body Double, Chandor déconstruit les clichés du film de gangster pour mieux offrir une dissection habité et percutante de l'American Dream.

Seul les personnages impliqués offrent une certaine distance entre les deux films, même si les deux héros (Montana et Morales) sont deux immigrés sud-américain et que leurs deux femmes américaines pures souches (Anna et Elvira) sont deux blondes aux coupes de cheveux similaires, et intimement liées à leurs business (Anna est la comptable d'Abel tandis qu'Elvira est la pilleuse number one du stock de cocaïne de Tony).


En effet, si Abel cherche comme Tony a être un acteur déterminant dans son commerce - l'or noir de l'un contre l'or blanc de l'autre -, il ne désire cependant pas s'imposer par la force pour réclamer sa part du gâteau, puisqu'il collabore conjointement avec les syndicats et la justice, et que son intégrité est sans borne.

Tandis que le king de Miami épouse la corruption puisqu'il en est un enfant illégitime, le wannabe king of New-York lui, pense que dans l'Amérique libérale des 80's ou la loi du plus fort règne en maitre, il n'est pas impossible de faire du business " propre ".

Et c'est dans l'intimité de ce parcours semé d'embuche du self-made man, véritablement seul contre tous (il est attaqué aussi bien par ses concurrents, des gangsters, des financiers et la loi, par l'intermédiaire d'un procureur en campagne) et désirant préserver coute que coute son âme du côté obscur d'une ville, d'un business (l'industrie du pétrole) en pleine guerre et ou la corruption est reine, que l'on retrouve le thème fort du cinéma du metteur en scène, l'adversité, ici présentée dans ce qu'elle a de plus bouleversante et incontrôlable, mais surtout de plus éprouvant.

Sublime conte contemporain et chaotique au milieu des années fric ou les idéaux - tout comme les sentiments - volent vite en éclats face à l'impitoyable réalité, la péloche offre un écrin parfait à Chandor pour creuser encore un peu plus le sillon de sa critique virulente du libéralisme déjà entamé dans le merveilleux Margin Call, mais également du capitalisme sauvage (intimement lié à la criminalité) via une intrigue sombre, solide et cloisonné, intelligemment dénuée de toute leçon de morale putassière.


Pesant, froid, d'une noirceur fascinante et tenant en haleine de tout son long grâce à un script foutrement dense, ainsi qu'un rythme aussi joliment maitrisé que la mise en scène est inspirée, A Most Violent Year est un sommet de sophistication et de puissance, renforcé par sa distribution exemplaire, mené par un Oscar Isaac remarquable et tout en retenue, et une Jessica Chastain redoutable en fille de gangster/mariée impulsive.

Par le biais d'une histoire d'apparence classique -comme les deux précédents longs du cinéaste -, d'une sobriété magnifique et sublimé par une reconstitution d'époque parfaite (les décors, les costumes, les coiffures tout y est), J.C. Chandor signe ni plus ni moins que l'un des meilleurs films de cette fin d'année, mais surtout l'un des thrillers les plus haletant et intense de 2014, avec le Gone Girl de David Fincher.

Ou une nouvelle preuve, si besoin était, qu'il est - avec Jeff Nichols - ce que le cinéma indépendant ricain nous a offert de plus talentueux depuis bien longtemps.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

1 commentaires:

  1. Je partage cet avis passionné et passionnant. Quel dommage que le film soit sorti un 31 Décembre...
    http://avisdupublic.net/critique/film/drame/critique-most-violent-year/

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