Ana Girardot

[CRITIQUE] : Paradise Lost


Réalisateur : Andrea Di Stefano
Acteurs : Benicio Del Toro, Josh Hutcherson, Claudia Traisac, Ana Girardot,...
Distributeur : Pathé Distribution
Budget : 25 000 000 $
Genre : Thriller, Romance.
Nationalité : Français, Espagnol, Belge.
Durée : 1h54min.

Synopsis :
Nick pense avoir trouvé son paradis en rejoignant son frère en Colombie. Un lagon turquoise, une plage d’ivoire et des vagues parfaites ; un rêve pour ce jeune surfeur canadien. Il y rencontre Maria, une magnifique Colombienne. Ils tombent follement amoureux. Tout semble parfait… jusqu’à ce que Maria le présente à son oncle : un certain Pablo Escobar. 



Critique :

Sans conteste l'un des criminels les plus dangereux et imposant de l'histoire, Pablo Escobar n'a pourtant que trop rarement eu l'occasion d'être célébré - enfin, on se comprend - sur grand écran.
Mis à part quelques documentaires, on déplore surtout les projets avortés de moult cinéastes de talents, d'Oliver Stone (Escobar) en passant par Joe Carnahan (Killing Pablo).

Quoique de plus enthousiasmant donc, que de voir que l'acteur et wannabe cinéaste Andrea Di Stefano choisir comme l'un des protagonistes principaux de son premier long métrage, Paradise Lost, le célèbre leader du cartel de Medellín, surtout que pour l'occasion, il offre le rôle l'un des talents les plus sous-estimés du cinéma ricain de ces vingt dernières années, le génial Benicio Del Toro.

Tous ceux qui se rappellent au bon souvenir de sa prestation tout simplement immense dans le récent Savage de tonton Stone (him again), ou il campait un tueur à gages tout simplement inhumain, méchamment flippant et dégueulasse à souhait, ne pouvait que se lécher les babines de le voir jouer les barons cette fois-ci, surtout que son charisme hautement animal, bouffait déjà l'intense campagne promotionnelle du film.


Mais là ou le Di Stefano - également à l'écriture du script - aura été judicieusement malin, c'est qu'au lieu d'offrir aux spectateurs un biopic attendu et ciblé du Pablo, il ne se sert au final que de la figure imposante du personnage pour mieux en offrir un regard extérieur (celui d'une romance entre un jeune surfeur et la nièce du bonhomme) et conter les rouages de la narcosphère et de la souffrance d'un pays à la pauvreté et à la violence constante.

Située à la fin des années 80, Paradise Lost donc, raconte l'histoire d'un jeune surfeur canadien, Nick, qui pensait avoir trouvé son paradis sur Terre en rejoignant son frère en Colombie.
Un lagon turquoise, une plage d’ivoire et des vagues parfaites, bref, tout pour faire rêver l'amoureux du surf qu'il est.
Mieux même, il y rencontre Maria, une magnifique Colombienne.
Très vite, ils tombent amoureux l'un de l'autre.

Et tout semblait parfait dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que Maria le présente à son oncle : un certain Pablo Escobar...

Comme dit plus haut, le premier long d'Andrea Di Stefano n'est pas un biopic à proprement parler, puisqu'il se focalise majoritairement ou presque, sur le jeune Nick et sa relation amoureuse d'avec la belle Maria, idyllique de prime abord, mais dont on suppute un avenir des plus cauchemardesque.


Escobar dont la figure n'est jamais abordé de front (pas un gramme de cocaïne ne sera montré, et le personnage n'est qu'au second plan), n'est que la sombre menace qui plane aussi bien au-dessus d'eux - ses actions vont fortement nuire au couple - qu'au-dessus de toute une ville ou son visage est affiché sur tous les murs, lui le Robin des Bois d'une Colombie malade, le sauveur du peuple à l'argent sale.

Di Stefano, comme tout un chacun, est férocement fasciné par Escobar et cela s'en ressent, tant la péloche transpire le respect pour cet homme ambivalent (bon avec ses proches, terrible avec le reste du monde) aussi craint qu'adulé, et à qui - comme l'indique l'affiche - personne n’échappe.

Finement documenté et ancré dans un contexte historique réaliste (l'histoire est située quelques temps avant le 19 juin 1991, date à laquelle Escobar s’est finalement livré aux autorités colombiennes), Paradise Lost oscille entre réalité - les actions d'Escobar - et fiction - la relation Nick/Maria - pour incarner une sorte de western dramatique, un sempiternel combat entre le bien et le mal sous forme de descente aux enfers dans le monde des narcotrafiquants.

Loin des sentiers battus, tout autant drame humain et âpre (la Colombie montrée vit dans la terreur et la pauvreté) que thriller tendu et haletant, référencé (le rapport à la religion est souvent présent), citant d'une certaine manière, le puissant Le Dernier Roi d’Écosse (notamment dans le rapport de force Nick/Escobar, ou le postulat de roi grotesque de ce dernier), la péloche n'en est pas moins une œuvre cousue de fil blanc, un récit manquant de chair, prévisible et amputé par des choix scénaristiques plus que maladroit - le flashforward du début du métrage notamment, ôtant tout suspens quand au climax.


Dommage donc, que le metteur en scène privilégie une romance innocente et rebattue assez alourdissante plutôt que de mettre plus en avant le Escobar - comme si il avait privilégié le film de gangsters à celui du mélodrame -, tant il avait su capter avec intelligence, toute la contradiction qui le caractérisait, homme de foi capable du pire (même sacrifier les siens) pour mener à bien sa logique et atteindre son but.

Surtout que dans la peau implacable de Pablo Escobar (qui se veut révolutionnaire, comme le Che qu'il avait déjà campé chez Soderbergh), on y retrouve un Benicio Del Toro des grands jours, absolument remarquable de justesse et de magnétisme.

Parfait, puissant, inquiétant et d'un charisme imposant, il illumine et porte à lui seul le film sur ses larges épaules et ce, même si l'on aurait sincèrement aimer le voir plus présent à l'écran.
A ses côtés, Josh Hutcherson étonne par la justesse de son jeu dans la peau d'un Nick confronté à des choix plus que cornéliens pour tenter de s'en sortir.

Son duo avec Del Toro (qui le connait bien pour en avoir fait son acteur principal dans son court pour 7 Jours à la Havane), joliment convaincant, fait d'ailleurs méchamment mouche tandis que la présence de la jolie Claudia Traisac elle, manque cruellement de profondeur.


Véritable conte sombre et violent sans aucune morale, Paradise Lost est un excellent divertissement mais avant tout un très bon premier film, certes pas dénué de défauts mais qui à le mérite d'offrir un portrait fascinant d'Escobar ainsi qu'une image non-touristique de la Colombie.

Et puis voir un Benicio au meilleur de sa forme dans ce qui est, sans aucun doute, l'un de ses meilleurs rôles, si ça ce n'est pas suffisant pour attirer en masse les cinéphiles en salles...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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