Angela Bassett

[CRITIQUE] : White Bird


Réalisateur : Gregg Araki
Acteurs : Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni, Shiloh Fernadez, Gabourey Sidibe, Thomas Jane, Angela Bassett,, Sheryl Lee,...
Distributeur : Bac Films
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h31min.

Synopsis :
Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité,  Kat semble  à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…



Critique :

Est-ce que 2014 sera tout simplement l'année de la consécration pour la jolie Shailene Woodley ?

On est méchamment en droit de le penser, tant la demoiselle s'est montré plus que présente dans les salles obscures durant les dix derniers mois, alternant le plus (The Spectacular Now) ou moins (Divergente, Nos Étoiles Contraires) bon mais surtout, en faisant péter le box-office comme peu l'on fait cette année, sans même n'avoir pointé le bout de son nez dans un blockbuster super-héroïque ou testostéroné.

Alors qu'on lui offre déjà plus d'un véhicule sur pellicules pour accroitre en masse son statut de nouvelle étoile montante du business, la Woodley nous revient donc cette semaine en excellente compagnie, dans White Bird.
Ou le nouveau long de l'excellent Gregg Araki - enfin de retour, quatre piges après son explosif et pop Kaboom -, et pour lequel elle partage la vedette avec l'autre figure féminine imposante de l'année ciné, la sculpturale Eva Green.

Dans ce mois d'octobre ou les péloches se suivent et se ressemblent plutôt étrangement (John Wick, Balade entre les Tombes, November Man et Equalizer boxent sur le même ring, tandis que Ninja Turtles, The Giver et Le Labyrinthe vont tenter de se partager les faveurs des ados), ce nouveau Araki offre un écho des plus étonnant au chef d’œuvre de David Fincher tout juste sortie cette semaine, Gone Girl, puisqu'il prend comme base de départ l'histoire d'une femme qui disparait, que l'on pense partie, poussées par l’insatisfaction de leurs vies conjugales et la frustration face au temps qui s'égraine beaucoup trop vite quand on est malheureux.


Adapté du roman Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke, White Bird suit donc l'histoire de Kat Connor, qui, un soir de ses dix-sept printemps, voit sa mère dépressive quitter le cocon familiale, sans explication aucune, laissant son faible mari qu'elle n'a jamais cessé de rabaisser, à l'abandon.
Un événement qui va bouleverser la vie de cette jeune fille, en proie comme tous les adolescentes et les adolescents, à la découverte de la sexualité.
Le hic c'est qu'au fond, elle ne se soucie guère plus de cette disparition inexpliquée, s'inquiétant bien plus de sa relation complexe d'avec son boyfriend, et sa nécessite de répondre à son manque de coït.

Mais au fil du temps, elle va peu à peu s’interroger sur les véritables raisons de cette disparition, grâce à ses discussions avec sa psychologue et ses rapports aux autres, mais surtout des causes de ses étranges songes ou sa mère vient la hanter, et qui se trouvent de plus en plus explicatifs...

Bien plus proche de son sublime Mysterious Skin que de l'hystérique Kaboom, White Bird in a Blizzard parle au final, de ce que Araki - et Sofia Coppola également - traite le mieux, son thème fétiche à savoir la chronique désenchantée d'une adolescence bouillonnante mais perdue, qui peine à se faire sa place et à entrer dans l'âge adulte dans un monde propret, monotone et ennuyeux de la banlieue moyenne américaine (une autre version de l'Amérique, très David Lynch et Sam Mendes pour le coup), qui cache bien plus de tourments et de secrets qu'elle ne veut bien l'admettre.

Il sonde cette fois l'ado des 80's confronté aux standards de l'époque, baladeur à la main à défaut d'un smartphone, (Kat, complexé par son poids, notamment à cause de sa mère) et sexualité facile, à coups de personnages judicieusement clichés en apparences (l’héroïne en pleine découverte de la vie, le meilleur ami gay, la meilleure amie rebelle, le boy next door torturé), pour offrir un détournement savamment trouble et haut en couleur du teen movie comico-potache habituel refourgué aux jeunes ados en salles.


Mieux, via le prisme du personnage d'Eve, tout comme Fincher, il s'interroge intelligemment sur la question du rêve américain frustré, ainsi que de la vie conjugal insatisfaisante, ou quand une femme ne supporte plus de vivre dans une routine à laquelle l'homme peut facilement s’accommoder, et que celle-ci préfère, sur le tard, vivre enfin sa vie plutôt que de la rêver dans sa prison du quotidien.

Mais le plus intéressant dans White Bird, c'est le parallèle lourd de sens qu'opère Araki via les portraits croisées de Eve et de Kat, la première, frustrée et en pleine décomposition, tandis que la seconde, découvre les joies de l'épanouissement, peine à se construire mais s'approprie peu à peu sa propre personnalité.
La mère jalouse les possibilités de vie meilleure et la jeunesse de sa fille, tandis que celle-ci répugne le laisser-aller et la résignation face à sa condition, de sa génitrice.

La disparition - et donc la mort en quelque sorte - de l'une, offre en inversion la naissance de l'autre, qui se cache à elle-même une réalité (sa mère à été tuée) qu'elle ne sait pourtant que trop bien.

Adaptation plus ou moins fidèle du roman de l'auteure, entre autres, de La Vie devant ses Yeux, puisqu'il reprend ses attributs principaux - la sexualité omniprésente, la chronologie fragmentée - tout en se l'appropriant sur plusieurs points - l'ajout 'une touche gay personnelle, le raccourcissement temporel et le twist final impensable et absent du bouquin -, White Bird, esthétiquement kitsch, pop et référencé (on pense à évidemment à American Beauty, mais surtout à Lynch, Araki se payant même le joli culot de convoquer en son casting Sheryl Lee, la Laura Palmer de Twin Peaks, la femme disparue la plus célèbre de l'histoire du petit écran), le onzième long métrage du cinéaste, à la mise en scène toujours aussi épurée et d'une élégance folle, est d'une réussite aussi mature et sérieuse (le cinéaste canalise sa folie légendaire, et ce n'est pas plus mal) que géniale, permettant à ses comédiens de briller plus que nul part ailleurs.


Dans la peau de Kat, Shailene Woodley - logiquement la meilleure interprétation de sa jeune carrière - est étincelante et plus belle que jamais, investie comme rarement, elle prouve qu'elle mérite bien toute l'attention qu'on peut bien lui porter ces derniers temps, tandis que le sous-estimé Christopher Meloni incarne avec conviction le rôle difficile et ingrat d'un mari dominé, faible, retranché dans son silence et pourtant aimant (en apparence).

Mais tous deux, pourtant excellent, se font une fois encore voler la vedette par la merveilleuse Eva Green, touchante, mélancolique et pathétique à la fois dans la peau de cette desperate housewife disparue abruptement, malheureuse et qui croule sous le poids d'une existence qu'elle a espérée un jour, mais qu'elle ne désire plus aujourd'hui, tout comme son mari.

Volontairement généreuse et grotesque (au risque d'en agacer beaucoup), elle trouve pourtant ici ni plus ni moins que son meilleur rôle à ce jour.

A la fois décalé, noir, froid, inquiétant et d'une théâtralité constante, porté par un casting parfait et une bande originale détonante (Depeche Mode, Siouxie and the Banshees, Pet Shop Boys, Cocteau Twins et surtout Pictures of You de The Cure, bordel que c'est du lourd !), White Bird est un sublime drame familiale sur le chaos qu'engendre les non-dits et le maintien des apparences, une mise en image du bonheur superficiel malsaine et fascinante doublée d'une habile chronique sur les affres de l'adolescence.


Ou une œuvre qui s'emboite parfaitement dans la filmographie pétrie de qualité d'Araki, définitivement l'un des cinéastes les plus talentueux et plaisant à suivre du cinéma ricain.

Indiscutablement, l'une des péloches les plus immanquables de cette fin d'année ciné 2014.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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