Arthur Dupont

[CRITIQUE] : Maintenant ou Jamais


Réalisateur : Serge Frydman
Acteurs : Leïla Bekhti, Nicholas Duvauchelle, Arthur Dupont, Léo Lorléac'h,...
Distributeur : Mars Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Français.
Durée : 1h35min.

Synopsis :
Quand on est une mère de famille, en principe, on ne braque pas les banques. Mais par les temps qui courent, ça peut être une solution pour assurer l'avenir de son foyer, et ne pas renoncer à ses rêves. Même si jouer les voleuses peut vite devenir dangereux, et les mauvaises rencontres se transformer en histoire d'amour…



Critique :

La jolie Leïla Bekhti en braqueuse de banque, avouons que l'affiche de Maintenant ou Jamais avait, de prime abord, tout pour nous intriguer au plus haut point.

Non pas que l'on doute du potentiel de la madame dans le feu de l'action, mais force est d'admettre que jusqu'à présent, on ne l'a vu que dans une accumulation de drame ou de comédie, bref pas de quoi juger si la voir se transformer en Danny Ocean à la française a tout pour être crédible d'un point de vue cinématographique.

N'empêche que pour son baptême du feu dans un sous-genre du cinéma burné - même si le film en lui-même incarne clairement un drame social -, sous la caméra de Serge Frydman (scénariste attitré de Patrice Leconte et notamment de l'excellent La Fille sur le Pont, mais aussi réalisateur de Mon Ange, tous deux avec Vanessa Paradis d'ailleurs), la belle sera bien entourée, puisqu'elle partagera la vedette avec l'excellent Nicolas " Bracho mais pas que " Duvauchelle ainsi que du sympathique Arthur Dupont.


Bref tout était réuni pour que cet énième drame français de l'année 2014 - proche dans un sens du joli Une Vie Meilleur dans lequel figurait déjà Bekhti -, se démarque de ses petits concurrents de la meilleure des manières qui soit...

Sous fond de crise économique bien trop ancré dans notre quotidien actuelle pour ne pas être un minimum sensibilisé, Maintenant ou Jamais suit l'histoire de Juliette, une femme à l'existence presque parfaite puisqu'elle est une mère heureuse de deux enfants avec son mari, Charlie, et toute cette jolie petite famille vit dans une maison de campagne en construction, qui leur à fait quitter pour le mieux, la bruyante vie parisienne.

Tout se passe dans le meilleur des mondes donc, jusqu'à ce que tout s'écroule au moment ou Charlie perd son emploi  au sein de sa banque, et qu'ils ne peuvent plus payer leur prêt de leur maison, tout autant que les travaux de celle-ci, stoppant de facto son chantier.
Dès lors, le couple glisse rapidement dans une descente aux enfers des plus terribles, et se retrouve dans le besoin.

Et c'est là que Juliette a l'idée pourtant impensable, de braquer leur banque, aidée par un mystérieux petit malfrat, Manu, qui, quelques jours plus tôt, lui a volé son sac.
Dit malfrat qu'elle a refusé de dénoncer et qui la trouble d'ailleurs, bien plus que de raison...


Jusqu’où serions-nous capable d'aller pour sauver son couple de la faillite ? Pour tenir ses promesses ? Pour sauver ses enfants du besoin et leur offrir un avenir meilleur ?
Avec ces questions profondément sociales et humaines, Frydman touche l'un des maux les plus douloureux du français moyen aujourd'hui, l'endettement et la spirale destructrice et douloureuse qu'il incarne, et qui peut justement mener à commettre l'irréparable.

En resserrant son histoire sur une poignée de personnages pour ne pas s'éparpiller plus que de raison et en dynamitant l'image traditionnel de la famille modèle pour en offrir son versant le plus sombre - et indiscutablement le plus réaliste -, le cinéaste construit un fort et habile polar social qui va droit à l'essentiel et capte à merveille le chemin psychologique sombre et désespéré d'une poignée d'individus devant défendre aussi bien leurs rêves que leurs acquis face à l'injustice du monde contemporain, tout en brouillant constamment les pistes via une trame pour le moins hautement simpliste mais efficace et intriguant, notamment dans la relation passionnée et pleine de méfiance qu'entretienne Manu et Juliette.

Doté d'une fine écriture - malgré quelques incohérences et grosses facilités scénaristiques -, de solides dialogues, d'un suspens maitrisé et jouant joliment des silences pour parfaire son atmosphère très particulière, on ne peut que logiquement admettre que tout ou presque fonctionne à merveille dans Maintenant ou Jamais, même la simplicité abracadabrantesque de son braquage et de son dénouement sont difficile à retenir au final, tant l'élégance de la mise en scène, la justesse des émotions qu'il véhicule et la crédibilité des interprétations du casting-titre emportent implacablement l'adhésion

Dans la peau d'une mère de famille ordinaire confrontée à son pire cauchemar, en femme frappée par la cruelle désillusion de ne pouvoir tenir ses promesses et pesant constamment le pour et le contre de son action qui incarne à la fois l'espoir comme le poison de son couple, Leïla Bekhti touche par son honnêteté et l'incroyable maturité de son jeu, provoquant sans forcer l'empathie chez le spectateur.


En femme à la fois forte et fragile (inhabituel dans sa filmo), tel le roseau elle plie mais ne rompt jamais, elle porte le film sur ses larges épaules et incarne avec conviction la croyance - presque obsédante - que par un acte horrible, le château de carte rêvée de sa vie pourra se reconstruite presque comme par miracle.

La belle est tiraillée sentimentalement entre deux hommes diamétralement opposés, sincèrement campé par Nicholas Duvauchelle - la voie de la passion -, impeccable en bad boy au charme mystérieux et ravageur, et Arthur Dupont - la voie de la raison - touchant en père de famille déchu qui sent sa vie lui échapper tout autant que la femme de sa vie.

Tous trois parfait et intelligemment caractérisés, ils bousculent les à-priori (au point que parfois l'on reste surpris par les décisions que ceux-ci prennent pour se sortir coûte que coûte de l'impasse) et servent à merveille le sujet complexe et plus que jamais dans l'air du temps de ce drame/polar social teinté de romantisme déstabilisant, intimiste, tendu et fascinant.

Bien plus intéressé par les raisons qui pousse une mère de famille a enfreindre la loi que sur les détails de la mise en œuvre du casse, Frydman fait toujours en sorte que son personnage principal ne laisse jamais indifférent via un dosage adéquat du suspens, un rythme accrocheur (on ne voit pas passer les 95 minutes de la péloche), une bande originale sobre et bien choisie, mais surtout dans un manque d'effet tapageur méchamment salvateur.


Une belle, charmante et humaine peinture de la société contemporaine bien racontée et qui incarne du grand et bon cinéma français comme on n'en attend que trop rarement ces derniers mois dans l'hexagone.

Ne cherchez plus, la première grosse surprise ciné de la rentrée se trouve bien là.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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