Chris Coy

[CRITIQUE] : Délivre-nous du Mal


Réalisateur : Scott Derrickson
Acteurs : Eric Bana, Edgar Ramirez, Olivia Munn, Chris Coy,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : -
Genre : Thriller, Épouvante - Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h59min.

Synopsis :
La violence et la noirceur, le sergent Ralph Sarchie connaît bien. Flic dans le Bronx, il est chaque jour témoin du pire de la nature humaine. Ce qu’il endure a même fini par affecter sa relation avec sa femme, Jen, et leur petite fille, Christina. Pourtant, rien ne l’avait préparé à l’affaire que lui et son partenaire Butler vont découvrir. Dépassé, Sarchie va devoir s’allier à un prêtre renégat dont la foi a souvent vacillé, qui tente de le convaincre que les horribles événements qui se multiplient sont liés à des possessions démoniaques… Ensemble, le policier et le prêtre accumulent les preuves que le Mal est à l’œuvre, et Sarchie est forcé de remettre en cause tout ce en quoi il a toujours cru pour combattre les puissances occultes qui menacent la ville et sa famille…



Critique :

Il y a encore quelques semaines, même si ces péloches produites étaient hautement douteuses, force est d'avouer qu'il était impossible de ne pas reconnaitre la main mise sur le box-office de la méthode Blum, la plus prolifique du cinéma de genre ces dernières années, à savoir les péloches produites au rabais en mode found footage.

Pour preuve, quasiment un film sur deux produit par dans le genre, avec des budgets toujours hautement raisonnable - rarement plus de cinq millions de dollars -, ont fait des malheurs en salles, multipliant souvent par dix, voir plus, leurs mises de billets vert initiales.

Des franchises Paranormal Activity, American Nightmare et Insidious en passant par Dark Skies ou même Sinister, le Jason et ses petits copains - Oren Peli notamment - était en train de gentiment imposer un nouveau modèle économique à Hollywood, un cocktail détonnant entre concepts bandants, des atours de top budget et un potentiel cinématographique foutrement franchisable.


Mais était donc, car il y a quelques semaines, le succès mitigé - lynché par la critique, boudé en partie par le public - de la dernière production du genre en date, Délivre-Nous du Mal, pourtant cornaqué par le papa de Sinister Scott Derrickson, a méchamment mis en doute la suprématie de cette méthode critiquée et critiquable, et ce, même si le très correct American Nightmare 2 - Anarchy aura lui par contre, réussi à tirer son épingle du jeu cet été.

Alors pourquoi tant de haine envers ce projet de longue date Derrickson - futur réalisateur de Docteur Strange pour Marvel -, alors que le bonhomme avait convoqué en casting titre les excellents Eric Bana et Edgar " Carlos " Ramirez, ainsi que la sublime Olivia Munn ?

C'était bien la question que l'on se posait avant vision, surtout que les bandes annonces hautement alléchantes du film nous avait pas mal conquis, et nous laissait même présager avec une petite impatience non-feinte, un bon petit horror movie comme on les aime.
Sauf que malheureusement, le nouveau film du Scott est loin, très loin même (et le mot est faible), de répondre à toutes les attentes qu'il aura su catalyser au cours de sa campagne promotionnelle...

Adaptation libre d'un des écrits du recueil du sergent de police/demonologue - oui, ça existe - Ralph Sarchie intitulé Beware The Night, Deliver Us From Evil suit justement Sarchie dans l'une des affaires paranormales à laquelle il a été confronté durant sa carrière.
A New-York, il enquête sur une série de crime mystérieuse, et s'associera avec un prêtre catalan non conventionnel au passé trouble, le père Mendoza, spécialisé dans les rituels d’exorcisme, pour mener à bien ses investigations.

Tous deux vont lutter contre les nombreuses possessions qui terrorisent leur ville...


Difficile de ne pas admettre que le genre possession démoniaque - l'un des sous-genre les plus populaires ces dernières années -, a tellement été traités dans tous les sens possible qu'il est difficile de se sentir un minimum impliqué par une nouvelle version cheap et found footage de la chose, surtout venant de la part de celui même qui a (re) popularisé ces films via le succès surprise de l'efficace Exorcisme d’Emily Rose et ce, même si son récent Sinister figure très haut dans notre top des bandes les plus flippantes de la dernière décennie.

On était donc en droit d'en attendre beaucoup de la part du réalisateur du génial et vraiment flippant Sinister, même si le carton " inspiré de faits réels " nous aura tout de même fait sourire un brin.

Démarrant sur une entité maléfique sévissant sur un groupe de soldats ricains en Iraq, avant de se poursuivre sur une classique enquête policière à l'atmosphère pluvieuse et poissarde rappelant instinctivement le cultissime et Seven de David Fincher, le film va peu à peu sombrer dans un surnaturel qui si il incarnait la potentielle valeur ajoutée de l'intrigue, s'avèrera in fine l'élément qui la rendra méchamment inintéressante, tant celle-ci accumule les clichés et passages obligés du genre.

Tournant très vite en rond et manquant cruellement d'originalité jusque dans un final singeant littéralement la référence l'Exorciste de William Friedkin, quand il ne singe pas tout du long - avec efficacité parfois il est vrai - les jumps scares déjà usés à merveille par James Wan dans les précieux Insidious 1 et 2 mais surtout Conjuring - au moment ou le démon s'en prend, à la famille du héros -, Délivre-nous du Mal outre quelques fulgurances (atmosphère joliment tendu dans un Bronx cadre parfait à l'histoire), ne semble avoir rien de bien à raconter via un script rarement à la hauteur, et patauge trop souvent dans la semoule pour réellement convaincre, notamment dans sa volonté de (trop) vouloir rendre floue la frontière entre le film d'horreur démoniaque, le fantastique et le policier hard boiled et glauque.


Mais que Derrickson ne sache pas sur quel pied danser passe encore, le bas blesse réellement quand celui-ci plombe sa péloche d'un traitement horrifique bien trop sage et classique - voir même paresseux - à coups d'effets vu mille fois ailleurs, d'une bande sonore bourrin mais surtout d'un christianisme militant qui paraissait déjà méchamment irritant dans l'Exorcisme d'Emily Rose, et plus encore dans le raté Le Jour ou la Terre s'arrêta.

Moralisateur à outrance au point d'en être risible et de prendre son spectateur pour un idiot, on aurait donc bien plus apprécier que le bonhomme laisse ses velléités moralisatrices et religieuses au vestiaire, comme pour le plus maitrisé Sinister.

Reste que la mise en scène très moderne de la patte Derrickson (shaky cam, flashback filmé en super 8,...), qui manipule à sa guise le son et l'image, fait gentiment son effet par intermittence via quelques scènes vraiment réussites, tout comme son esthétique sombre et désespéré et la partition impliqué d'un casting titre dans l'ensemble convaincant, notamment Eric Bana, crédible en flic tourmenté/ancien catholique ayant perdu la foi et qui se lance corps et âme à la poursuite d'un esprit démoniaque.


Pas la série B noir et tendu désirée mais bel et bien un nanar religieux occasionnellement efficace, trop sérieux et manquant de second degré pour que l'on accepte tous ses nombreux défauts, Délivre-nous du Mal laisse un gout méchamment amer dans la bouche de tous les spectateurs s'attendant à ce que le retour au source de Derrickson et l'arrivée dans le genre horrifique du génial Bana se fasse un peu moins dans la douleur.

Une grosse déception, et là cette fois-ci quoi qu'en dise un quelconque carton d'introduction, c'est réellement une histoire inspirée d'un fait malheureusement bien réel et salement fréquent à Hollywood...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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