Amy Adams

[CRITIQUE] : Her

 

Réalisateur : Spike Jonze
Acteurs : Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara, Chris Pratt, Olivia Wilde,...
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Budget : 23 000 000 $
Genre : Comédie Dramatique, Romance, Science-Fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h06min.

Synopsis :
Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l'acquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de 'Samantha', une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…



Critique :

Quiconque s'intéresse à la filmographie de Spike Jonze ne peut que décemment être fasciné par la richesse de son univers aussi décalée que profondément naturel.

Her conte, dans un futur proche au sein de la ville des anges - L.A. quoi -, l'itinéraire de Theodore Twombly, qui ne croit plus en rien depuis sa séparation d'avec sa femme, Catherine, dont il n'a jamais accepté la fragilité mentale.
En mode dépression - ou presque -, se complaisant dans un job d'écrivain public ou il rédige des mots d'amours pour d'autres, il se referme dans une solitude destructrice et subit sa douleur de plein fouet jusqu'à ce qu'il acquiert un programme informatique qui s'adapte à la personnalité de son utilisateur.

Dès lors, il rentre en contact avec Samantha, une voix qui va lui redonner gout à la vie, et même bien plus encore...


Ou l'histoire d'un doux rêveur banal déchiré par l'un des maux les plus douloureux du quotidien - le deuil sentimental -, vivant dans le regret d'avoir eu trop peur d'avancer avec celle qui aurait dut être sienne pour toujours, mais qui par la force des choses, reprend gout à la vie et retrouve le grand amour via une intelligence artificielle, excepté pour lui.

Par le prisme d'une histoire d'amour improbable, absurde et surréaliste faisant fit des normes sociétaires ou même des obstacles séparant l'être humain et une intelligence artificielle, Her se pose bien plus romance des temps moderne qu'en vrai pamphlet technologique puisque la vraie intention du film est bien ailleurs que dans la solitude et l'individualisme que celle-ci engendre et ce, même si il met d'une certaine manière en garde, contre nos propres inventions.

Dans cet amour impossible, Theodore et Samantha semblent toujours fait l'un pour l'autre sans que jamais rien ne vienne en contredire cette sincérité, puisque l'OS même qu'incarne Samantha - non qu'elle se choisira elle-même en 2/10eme de seconde -, est une réelle conscience qui répond au mieux au besoin de Theodore.
Il manque cruellement d'intimité, elle sera là pour palier à sa solitude, lui a peur d'avoir tout ressentis - son job est même d'écrire des lettres d'amour pour les autres sans qu'il n'est lui même la force de dire ses mêmes mots - mais il est là pour la rassurer face à sa peur de ne ressentir que des émotions programmées.

Lui ne vit plus pleinement sa vie depuis sa rupture d'avec sa femme Catherine, et elle ne rêve que de pouvoir être un être de chair, capable de vivre même la plus insignifiante de nos habitudes quotidiennes, comme pourvoir toucher ou enlacer l'autre.


C'est dans ses questionnements existentiels et ses élans romanesques puissants que Her tire véritablement toute sa force, en décryptant justement la relation amoureuse dans sa forme la plus classique, de l'excitation de la première rencontre au premier rapport sexuel, du premier je t'aime à la première dispute, de l'épanouissement commun à la possibilité de grandir ensemble, et à la volonté de bâtir un futur ensemble jusqu'au douloureux deuil de la séparation.

Ancré dans un réalisme follement enivrant via un propos profondément contemporain - soit l'aliénation de toute sociabilité et de lien humain par les nouvelles technologies et les réseaux sociaux -, le cinéaste explose les barrières de la rationalisation des émotions, s'autorise tout et démontre qu'il n'y a point de conditions ni de règles pour catégoriser les sentiments et encore moins les relations amoureuses, et que l'on est tous capable d'aimer tout le monde, et tout à la fois, même l'impensable.

Sans apparaitre à l'écran, on est pourtant constamment persuader que Samantha existe et qu'elle possède une véritable aura allant au-delà que la simple forme portative de son OS.
La mise en scène de Jonze laisse même penser qu'elle est là, hors cadre, juste à côté de Theodore, et qu'il ne lui suffit que de se retourner pour l'apercevoir enfin, vivante et non virtuelle.

Fantastique - et même très SF rétro -, intimiste, drôle, mélancolique et même nostalgique (puisqu'il comporte énormément de scènes relatant les souvenirs de Theodore, bonheur évanoui dans le passé), d'une douceur et d'une finesse bouleversante, la péloche - qui cite parfois Dans La Peau de John Malkovich du même Jonze (la sexualité métaphysique, le mal-être d'être dans sa peau et la volonté de vivre par procuration d'une autre) -, est une quête initiatique constamment plausible et cohérente, ou la magie de l'amour parfait n'existe pas, ou les silences et les blancs ne sont jamais embarrassants et ou les regards sont même plus fort que les mots.


Complice du spectateur, la caméra de Jonze , précise comme jamais, colle aux visages de ses protagonistes - surtout Theodore et Amy - et les faits déambuler dans des espaces infiniment grand sombre et vide ou au beau milieu du chaos urbain, pour que le spectateur s’imprègne au plus près de leur solitude, et ainsi mieux mettre en image par la suite leur joie retrouvée, leur sensation d'avoir réparé en eux quelque chose qui était jusqu'alors brisé.
Magnifié par une écriture incroyablement dense et riche, une photographie chavirante de beauté et une bande originale absolument majestueuse, la péloche vaut surtout pour son jeu d'acteur absolument bluffant.

Joaquin Phoenix - dont on se demande encore comment il peut toujours autant se surpasser de films en films -, incroyable de retenue et de mélancolie dans un jeu inspiré et tout en nuance, n'ayant de cesse de nous émouvoir et même de nous faire nous identifier à lui.
De par son aura douloureuse, il rend encore plus infiniment attachant Theodore, et chacun de ses sourires ou même de ses regards, nous font chavirer et porte indéniablement le film.

La voix suave, obsédante et sexy d'une Scarlett Johansson objet de fantasme irrésisitible et tout en maitrise, nous ferait tous irrémédiablement tombé amoureux et encore plus dépendant de nos smartphones.
Et que dire des sublimes et fragiles Amy Adams et Rooney Mara, exceptionnelles, et respectivement dans les peaux de la meilleure amie Amy, et de l'ex-femme Catherine, tout aussi amochée par la vie que lui.
C'est simple, tout est parfait dans le jeu du métrage, même les plus infimes seconds-rôles, d'un Chris Pratt touchant en collègue sympathique et attentionné, en passant par une Olivia Wilde séduisante et fragile en " presque " coup d'un soir ou même la quasi-muette mais sexy Portia Doubleday.


Véritable tour de force sensible et exaltant de la part d'un cinéaste à la filmographie en tout point impressionnante de perfection, Her prouve qu'avec un minimum de volonté et une imagination imparable, il est toujours tout à fait possible de renouveler loin des clichés, un genre ultra-rebattu - le film romantique - avec maestria et ce, même dans la jungle Hollywoodienne ou originalité n'est que trop rarement le maitre mot.

Avec Samantha, même si sa régression est rassurante, Theodore se sent ailleurs, perdu, comme si tout avait disparu autour d'eux.
Difficile de ne pas admettre que nous ressentons sensiblement la même chose avec Her, objet filmique aux émotions subtiles dont la vision dans une salle obscure est une expérience unique et poignante comme rarement on a eu l'occasion d'en vivre ses dernières années.

Chapeau au Spike, à peine arrivé en mars et on a peut-être déjà droit, au plus beau, riche, simple et honnête film de l'année...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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