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[CRITIQUE] : Le Jour de son retour


Réalisateur : Hong Sang-soo
Acteurs : Song Sunmi, Cho Yunhee, Park Miso,...
Distributeur : Carlotta Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Sud-coréen.
Durée : 1h25min.

Synopsis :
Suite à son récent divorce, une grande actrice coréenne retourne sur le devant de la scène douze ans après sa dernière apparition à l’écran. À l’occasion de la sortie du film, elle s’entretient successivement avec trois jeunes journalistes venues l’interroger sur son nouveau projet, mais aussi sur sa vie personnelle et les raisons de sa séparation...




L'affirmation est facile, peut-être vulgaire d'une certaine manière, mais gageons qu'il n'y a pas de cinéma comme celui de l'orfèvre sud-coréen Hong Sang-soo, qui repose de manière aussi obsessionnelle sur la réitération insistante de situations, de rôles, de personnages, de schémas narratifs presque similaires (puisque marqués par d'infimes nuances/variations essentielles); dite formule qui d'une manière assez miraculeuse, ne s'étiole absolument pas de film en film, n'éreinte pas même une seule seconde, son auditoire.

Un miracle donc, où la preuve irréfutable d'une maestria sans nulle pareille.
Si les réunions Berlinoises et Cannoises ne seraient rien - où presque - sans leur dose " Sang-sooienne " régulière, il est obligé d'admettre que les salles obscures ne s'en sortirait pas forcément mieux non plus sans leur double, voire triple, séances annuelles (double cette année), selon les aléas de la distribution - une seule cette année, nous semble méchamment à la diète.

Bonjour Le Jour de son retour donc, odyssée fondamentalement existentielle et minimaliste dont l'écriture en apparence linéaire mais directe va une nouvelle fois de pair avec la (fausse) nonchalance de sa mise en scène savamment épurée, énième chapitre d'un dialogue lancinant mais finalement jamais réellement complet entre le septième art et la vie de ceux qui le font vivre, où la frontière censée les séparer n'apparaît pas toujours clairement : ici le bal répétitif des interviews d'une comédienne quinquagénaire, qui retrouve le chemin des plateaux après avoir mis sa carrière en stand-by pendant plus de dix ans pour son mariage (qui l'a depuis menée à un divorce), et qui s'efforce de répondre au mieux aux enchaînements de questions malgré une fatigue prégnante, même si elle se détend au fil des entretiens...

Carlotta Films

Sanctifié dans un noir et blanc léché, symbole de la recherche jusqu'au-boutiste d'une pureté esthétique absolue qui n'évite pourtant pas tout raffinement formel (moins il y a de plans plus ses efforts sont beaux et justes, magnifique paradoxe d'un cinéma qui rejette la superficialité - comme l'artificialité - de la grammaire cinématographique contemporaine), le film revendique sa concision extrême avec une gourmandise séduisante (économie de plans, structure segmentée, jamais plus de deux personnages à l'écran, un processus de saisie/reproduction de la réalité dans un jeu de miroirs fascinant où chaque déclinaison à sa propre particularité,...), au moins autant qu'il s'amuse à entremêler exaltation du cinéma et trivialité de l'existence, dans une forme d'enchevêtrement métaphysique de poupées russes qui forment une nouvelle variation du regard d'Hong Sang-soo sur la vie comme sur sa propre filmographie.

D'une simplicité puissante, jusque dans son absence de message (il faut savoir se laisser porter par le tourbillon de la vie, aussi pétri d'amertume soit-il... comme par le tourbillon du long-métrage), tant il n'y a aucune réelle interprétation unique et absolue des choses dans toute existence (chacune est différente, malgré des points de concordance entre chacun d'entre-nous), et encore moins sur un septième art où objectivité et subjectivité peinent souvent à faire chambre à part, Le jour de son retour est à l'image même du cinéma de son auteur : libre et passionnant dans la volonté de sublimer le banal, qui saisit jusqu'au vertige l'instant présent d'une poignée de vies avant qu'elles ne s'évaporent dans le néant du monde.

Il nous avait douloureusement manqué, même s'il n'est jamais véritablement très loin...


Jonathan Chevrier