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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Aprile


Réalisateur : Nanni Moretti
Acteurs : Nanni Moretti, Silvio Orlando, Silvia Nono,...
Distributeur : Malavida Films
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Italien, Français.
Durée : 1h18min.

Date de sortie : 20 mai 1998
Date de ressortie : 30 septembre 2026

Synopsis :
La vie de Nanni, "splendide quadragénaire", entre les élections de 94 (remportées par Berlusconi) et 97. Les doutes, pannes d'inspiration et interrogations sur l'avenir de la gauche italienne, mais aussi l'entrée dans la paternité. Un autre enjeu, non des moindres : Nanni parviendra-t-il afin à lancer son projet de comédie musicale sur un pâtissier trotskyste ?





À l'instar d'un Ridley Scott, d'un Martin Scorsese où encore d'autres papes d'un septième art qui semble incarner une cure de jouvence pour chacun d'eux (même si pour le premier, plusieurs de ses films récents ont parfois des douloureux contours d'essai de trop), il y a quelque chose d'assez rassurant dans l'idée de voir le précieux Nanni Moretti continuer à voguer sereinement, au présent, dans sa zone de confort et à dégainer des merveilles de mélodrames à l'italienne, à des cinephiles qui ne demandent (presque) que cela, heureux de voir qu'il continue d'être porté par une pure et sincère envie de cinéma, qui dépasse fièrement les limites du temps et de l'âge.

D'autant qu'il n'y a rien qui nous empêche de nous replonger, encore et encore et dans le même mouvement, au coeur de la magie de ses premiers efforts (avec l'appuie de copies restaurées et une exploitation en salles quand c'est possible, pour ne rien gâcher à la fête),  un bonheur quasi-assuré pour les amoureux d'un cinéma qui a sensiblement bousculé les rapports entre auteur et spectateur.

Passé l'excellent Palombella Rossa l'an dernier (un bijou de comédie dramatique racée aussi intelligente façon fable affûtée façon compte-rendu radical de toute une époque désenchantée - l'Italie de la fin des années 80 et son ultra-libéralisme galopant -, gentiment héritière du cinéma de Fellini auquel elle offre une référence totalement assumée), place, toujours avec Malavida Films à la baguette, à une nouvelle autre pierre essentielle du virage résolument autobiographique (mais tout autant politique) de sa filmographie, Aprile, petite loufoquerie qui ne dépasse même pas les quatre-vingts minutes (1h18 au compteur), où le bonhomme swingue amoureusement sur le tango de l'intime et du politique, à travers les aternoiments d'un cinéaste devenu père et en pleine crise à la fois créative et existentielle.

Tranche de vie subtile et tout en autodérision aussi modeste que sans filtre (il s'y montre plus vulnérable que jamais), dans les méandres d'un esprit tout aussi cynique et sarcastique que profondément chaotique (où tout est prétexte à être filmé, à transformer l'existence en substance cinématographique), où Moretti mêle ses angoisses paternelles à celles artistiques (un désir de mettre en scène qu'il n'a de cesse de repousser) et citoyennes face à la montée du populisme, en tentant de contrôler toutes les pièces d'un puzzle qui ne peut que lui glisser entre les doigts.
Une fictionnalisation du réel où le vrai est mis en scène, où les failles filmiques laissent transparaître la vérité des tourments d'un cinéaste dont l'ironie supplante toute idée de complaisance : en plaquant sa vie sur la pellicule, Moretti ne se lance pas dans un one man show nombriliste, mais un dialogue sain et essentiel avec son spectateur, d'individu à individu.
Un cinéma précieux, tout simplement.


Jonathan Chevrier