Critiques

[CRITIQUE] : El Reino


Réalisatrice : Rodrigo Sorogoyen
Acteurs : Antonio de la Torre, Monica Lopez,  Josep María Pou,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Policier, Drame.
Nationalité : Espagnol, Français.
Durée : 2h11min

Synopsis :
Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu'il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal...



Critique :


On avait laissé le talentueux metteur en scène espagnol Rodrigo Sorogoyen en 2016, sur rien de moins qu'une petite bombe : Que Dios nos perdone, plongée labyrinthique et anxiogène dans un Madrid en pleine mutation, articulée autant sur la quête rude d'un tueur en série que sur la fragilité de figures masculines en crise, dont la part sombre et la violence n'est pas justifiées mais au moins compréhensibles.
Passé le polar noir, le cinéaste nous revient donc trois ans plus tard, une nouvelle fois adoubé par un Festival de Beaune qui l'a définitivement à la bonne, avec El Reino, thriller politique coup de poing sondant une nouvelle fois la part d'ombre de l'âme humaine : cette fois celle d'un politicard arriviste et corrompu, campé par l'excellent Antonio De la Torre, qui avait déjà prêté sa trogne à l'inspecteur Velarde dans le précédent long de Sorogoyen.


Avec son personnage totalement acculé dans les cordes (il est visé par des accusations de corruption) alors qu'il était en pleine ascension (il devait prendre les rênes de son propre parti), qui décide de monter un scandale encore plus imposant que le sien pour passer tranquillement sous le tapis des médias et faire tomber plus gros que lui, le film, jamais trop verbal ni déstabilisant grâce à des dialogues ciselés, est totalement cloué au souffle énergique de son anti-héros pour mieux incarner une chronique réaliste et haletante totalement imprévisible, une plongée dans les arcanes poisseuses et effarantes du pouvoir.
Entre trip énervé et hallucinatoire et attaque politique féroce usant intelligemment des codes du suspense via un script aussi bétonné que sa mise en scène est diablement enlevée et urgente, El Reino est une claque intense menée tambour battant et n'épargnant personne (pas même le spectateur, noyé sous une pluie d'informations qu'il faut capter avec intention), alignant les rebondissements à la pelle tout exposant sur pellicule les travers honteux des gouvernements du monde moderne, ou la notion du bien et du mal est plus que nébuleuse et ou l'inhumanité règne en maître.


Face caméra, en pantin médiocre et désarticulé mais jamais totalement résigné d'un empire qui se désagrège sous ses pieds, Antonio de la Torre est absolument incroyable de justesse, malmené de bout en bout par un Sorogoyen savoureusement sadique avec sa personne dans une course-poursuite furieusement captivante.
Le cinéaste en fait le petit rouage souffre douleur d'une machinerie totalement bouffée de l'intérieur, qui ne tombera décemment pas avec lui malgré tous ses (pénibles) efforts, et qui se payera le luxe putassier d'en faire un exemple de mauvais gout.
Triste monde que le nôtre.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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