Critiques

[CRITIQUE] : Song To Song


Réalisateur : Terrence Malick
Acteurs : Ryan Gosling, Rooney Mara, Natalie Portman, Michael Fassbender, Cate Blanchett, Holly Hunter, Val Kilmer,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h08min.

Synopsis :
Une histoire d'amour moderne, sur la scène musicale d'Austin au Texas, deux couples - d'un côté Faye et le chanteur BV, et de l'autre un magnat de l'industrie musicale et une serveuse - voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock'n'roll fait de séduction et de trahison.



Critique :


Dans la catégorie des cinéastes qui divisent les cinéphiles au gré du temps, force est d'avouer que Terrence Malick y a une place de choix, tant ses films déchainent autant les débats qu'une sortie médiatico-cul de la famille Kardashian.
Plus sérieusement, le bonhomme peut se targuer d'être l'un des seuls faiseurs de rêves à avoir pleinement marqué de son empreinte indélébile l'histoire d'un septième art ricain - et même mondial - qui nous aurait certainement paru moins majestueux et étourdissant sans la présence lumineuse de son oeuvre.


Incroyable conteur auteur de quelques chefs d’œuvres majeurs (La Balade Sauvage, Les Moissons du Ciel, The Tree of Life mais surtout La Ligne Rouge) tout en étant l'un des metteurs en scènes les plus rares à fouler les salles obscures, le Terrence, motivé par la reconnaissance imprévue de The Tree of Life durant la Croisette 2011, défiait toute la logique de sa production en enchaînant la réalisation coup sur coup de trois longs métrages au casting méchamment alléchant : A la Merveille, Knight of Cups et Song To Song (ex-Lawless).
Pas forcément deux des meilleurs films de leur metteur en scène (surtout Knight of Cups, pensum désabusé et extrême dans tous les sens du terme), on attendait avec une furieuse impatience que Song To Song et son alléchant casting vedette (Ryan Gosling, Rooney Mara, Michael Fassbender et Natalie Portman), ne viennent nous rassurer quand à l'état de forme d'un Malick privilégiant à l'instar de papy Woody Allen, la quantité à la qualité comparée à ses œuvres passées comparable à des tableaux de maîtres.


Heureusement, et même si comme tout bon film du cinéaste celui-ci est conçu pour diviser, Song To Song est une sublime envolée romantico-rock, qui permet à Malick, entre deux regards et baisers langoureux, de retrouver l'essence même de la spontanéité et de la simplicité qui émane de toute passion amoureuse.
Pourtant, le papa de The Tree of Life ne fait que perpétuer le même cycle expérimental - le cycle de la vie - que ses deux précédents longs, tout autant qu'il épouse ses vilaines tares : trop intellectualiser et embellir son film avec un décryptage passionnel pas toujours lisible et une surcharge d'interrogations pas toujours pertinente.
Mais cette fois, le processus fonctionne, et l'invitation qu'il propose s'avère in fine plus fascinante que pénible pour nos rétines.


Poseur, moins expérimental qu’À la Merveille, ou il forçait le spectateur à lui-même trouver les clés des fondements de l'amour (ou tout du moins, les réponses qu'il voulait y voir), Song To Song est une plongée vaporeuse dans les méandres enivrants d'une double passion hypothétiquement rédemptrice mais - évidemment - compliquée, une envolée philosophique, intime et labyrinthique ou quatre âmes sont littéralement égarées dans le gouffre destructeur d'un microcosme que Malick cherche une fois encore, à humblement dénoncer (la superficialité et la vanité putassière qui gangrènent le beau monde et plus directement, l'étrange mégalopole Hollywoodienne, personnifiée par un Fassbender " Luciferien "); un monde pervers ou le bonheur, douloureusement éphémère, n'est jamais à sa place et se voit continuellement castré - entre autres - par les étendards clinquants du matérialisme morbide.
L'amour est dur à trouver, mais bien plus encore à préserver.


Poète de la solitude et de l'ennui au coeur libre, le cinéaste, rarement aussi personnel dans son approche (en prenant des artistes pour héros, il semble nous parler de lui à travers son film bien plus que par le passé), signe une oeuvre volontairement mélancolique, écrasante et formellement grandiose (le grand Emmanuel Lubezki à son meilleur, certains plans sont même littéralement à tomber), sur la beauté et la grâce fugace qui parcourent nos existences, et ce besoin organique d'en apprécier/capter la moindre seconde avant qu'elles ne disparaissent.
Un véritable ballet sensorielle, romantique et irrationnel duquel émane une fluidité et un esprit de liberté proprement enchanteurs.


Point final de sa trilogie expérimentale, Song To Song est une oeuvre mystique, aérienne et aboutit (ou presque,l'apport muqical n'apportant pas grand chose et s'avérant au final presque anecdotique) aux personnages féminins forts (le quatuor vedette est fabuleux, mais Mara et surtout la trop rare Portman, volent le show), qui confirme que non, Terrence Malick n'a pas perdu une once de son mojo.
Et ça, c'est une putain de bonne nouvelle...


Jonathan Chevrier



John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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