Chroniques

[CRITIQUE SÉRIES] : Daredevil saison 2 - Du noir et du sang


(Critique - avec SPOILERS - de la saison 2)

Souvenons-nous, il y a deux ans de cela, ce bon vieux diable rouge de Hell's Kitchen gisait encore l'anus en fleur dans son cercueil en colza, après le traitement hautement foireux qu'avait incarné son premier passage sur grand écran. Fiasco monumental que l'on peut aussi bien mettre au crédit d'un studio (la FOX) qui hors mutants – et encore, remember X-Men Origins : Wolverine et X-Men L'Affrontement final -, ne s'est pas réellement se dépatouiller avec ses adaptations super-héroïques ; qu'à son inexpérimenté de metteur en scène - Mark Steven Johnson -, qui ne tardera pas d'ailleurs, à saloper dans les grandes largeurs, une autre transposition sur grand écran de l'un de super-héros phares du catalogue sombre de Marvel – Ghost Rider. Heureusement, forte de plus d'un succès d'estime, la fée Netflix, galvanisée par un contrat en or signé avec Marvel mais surtout dominé par un scénariste de renom en pleine possession de son talent et de son sujet – Drew Goddard - ; avait su rendre ses lettres de noblesses au célèbre justicier des nuits New-Yorkaises, via une première saison en tout point parfaite qui le plaçait sans l'ombre d'un doute, en tête de liste des meilleures séries super-héroïques jamais pondues.

Pleine de belles promesses, attendue comme le messie – ou presque – par les sériephiles que nous sommes et portée par une campagne promotionnelle tellement alléchante que s'en était presque indécent (Le Punisher + Elektra : what else?), la saison 2 de Daredevil est enfin débarquée ce vendredi sur la plate-forme Netflix ; et autant dire que la mirer autant que de la passer sur le grill de la critique était d'une nécessité presque vitale. 
Et le verdict ne tardera pas à tomber, car dès le follement intense premier épisode, il est une évidence que cette seconde cuvée dépasse sans forcer une première salve d'épisodes pourtant excellente.


Démarrant tambour battant avec une ouverture brillante opposant les puissances de frappes aussi distinctes que ravageuses de Frank Castle et Matt Murdock, le pilote et les trois épisodes qui suivront, sont un sommet de traque jubilatoire très Dark Knight-esque entre Daredevil, guerrier rouge protecteur de la justice et Le Punisher, chien fou mi-ange mi-démon dont la soif de vengeance ne connaît aucune limite ; une double-intrigue (la quête de vérité du cabinet Nelson/Murdock doublé à celle de Castle sur la mort de sa famille) qui dénote complètement avec l'aspect schématique des séries actuelles, et qui apporte clairement un véritable plus au show, avec une violence assumée et complètement décomplexée. Véritable Terminator ambulant aux multiples cicatrices (physiques, mentales et sentimentales) mais à l'âme pourtant bien humaine, il n'hésitera pas une seule seconde à faire face au justicier masqué lors d'empoignades musclés, orchestrés comme des affrontements titanesques (Daredevil contre les Dogs of Hell à la fin du troisième épisode, filmé comme un faux plan-séquence, est sans conteste la séquence la plus bandante de la saison), jusqu'à une « trêve » improvisée ou le Dare viendra sauver la peau de son quasi-némesis et faire équipe avec lui pour liquider du mafieux Irlandais, avant de le faire arrêter par la police.

Du grand art jouissif, rythmé à 100 à l'heure, gore et méchamment divertissant, d'une noirceur unique sans pour autant être dénué d'humour et de romantisme (la relation Matt/Karen se concrétise enfin), mais surtout magnifié par la partition intense du mésestimé Jon Bernthal, parfait dans la peau du vrai/faux antagoniste Frank Castle – plus encore que le pourtant génial Ray Stevenson.


Cependant, si l'épisode 4 se clôt sur l'arrivée attendue d'Elektra Natchios, c'est à partir de ce moment-là que le rythme burné du premier tiers prend un sacré coup de plomb dans l'aile avec le procès du Punisher et la lutte contre les Yakuzas mené par Murdock et l'amour de sa vie. Certes moins porté sur la castagne (les scènes de combats ne manque pourtant pas), la saison se fait alors plus mystérieuse (ajout d'éléments surnaturelles à la clé) et plus nuancée à mesure que l'on apprend ce que les japonnais prépare pour dominer une bonne fois pour toutes un New-York délesté de son imposant big boss du crime, Wilson Fisk aka Le Caïd – grand méchant de la première saison - ; sans pour autant abandonner la machination terrible manigancée par une procureur carriériste, autour de Castle, tout autant que la désintégration progressive du trio Murdock/Nelson/Page. 
Moins d'action donc, mais pas moins d'intérêt (la relation complexe Matt/Eli est d'ailleurs l'une des réussites de la saison), loin de là même, et ce grâce à une Elodie Yung craquante au possible, sous les traits d'une Elektra torturée et bras armé du chaos, à des années lumières de sa version cinématographique palote incarnée par la pourtant tout aussi cute Jennifer Garner. Plus proche du comics, elle est ici aussi séduisante que vénéneuse et désinvolte, une arme absolue instable et arrogante qui, tout comme le Punisher, questionnera Daredevil sur ses instincts primaires et les limites de sa justice. 

Mieux, à l'aube du dernier virage de de la cuvée number two, et alors que les intrigues se délient peu à peu (très lentement, il faut l'avouer), Nobu, Stick et la Main feront leur retour au moment ou Matt et Eli découvriront la nébuleuse menace du Black Sky ; tandis que Fisk donnera du fil à retordre à Castle en prison (scène de fight anthologique à la clé), avant de lui offrir une porte de sortie improbable.


Plus confuse, la conclusion des nombreuses intrigues - la finalement pas si utile Blacksmith pour Castle, Black Sky pour Elektra/Daredevil - accoucheront sur un final badass (l'association du Punisher et de Daredevil, pendant quelques secondes, est énorme) mais un brin frustrant tant il laisse énormément de questions en suspens (Quels sont les raisons de cet immense trou dans New-York ? A quoi sert le sarcophage dans lequel est enfermé Elektra dans les derniers instants ? Quels seront ses pouvoirs en tant que Black Sky?). Entre clins d’œils poussés aux autres séries du giron MCU (les Dogs of Hell, référence direct à Agents of SHIELD, la double-référence à Jessica Jones et le teasing de malade pour la prometteuse The Defenders, sorte d'Avengers télévisé) et moments iconiques en pagaille, finement scriptée et ne laissant jamais pour compte les seconds couteaux (Foggie et Karen prennent une vraie ampleur cette saison) ; cette saison deux de Daredevil est une saison de haute volée, détonant de la tête et des épaules une première saison pourtant grandiose.

Un retour grisant au casting impressionnant de justesse (Bernthal survole tout de même les débats), certes moins percutante sur la durée après un opener de quatre épisodes dantesque, mais d'une densité telle que l'on en viendrait presque à être déprimé à l'idée de la quitter aussi tôt.
Une saison aux couleurs noir et sang, frontale dans sa violence et sincère dans ses émotions, treize épisodes seulement mais suffisant pour asseoir une certitude déjà marquée au fer rouge dans la psyché des sériephiles que nous sommes depuis un bon moment maintenant : Daredevil est sans contestation possible, la meilleure série TV du moment aux côtés de Game of Thrones et The Walking Dead.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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