Atom Egoyan

[CRITIQUE] : Remember


Réalisateur : Atom Egoyan
Acteurs : Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz, Dean Norris,...
Distributeur : ARP Selection
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Canadien.
Durée : 1h35min.

Synopsis :
Un vieil homme, survivant de l'Holocauste, parcourt les États-Unis pour se venger d'un passé qu'il ne cesse d'oublier.



Critique :


Sans faire les mauvaises langues, après plus d'une péloche difficilement mémorable et défendable (le piteux Chloé et le très décevant The Devil's Knot, entre autres), nous étions de ceux pensant que le jadis talentueux Atom Egoyan avait les plus belles heures de sa filmographie derrière lui.

Sa difficulté à transcender son propos et sa (grande) peine à raconter avec un minimum d'intérêt ses histoires, en faisait indiscutablement un de ses cinéastes - pourtant talentueux -, coincés sur une pente tellement descendante qu'on ne les voyaient pas (ou plus) capable de la remonter et nous pondre une claque digne de ce nom dans un futur plus ou moins proche.


Pourtant, son retour dans nos salles obscures - et après un passage remarqué sur la dernière Croisette -, avec Captives, thriller froid et tendu comme la ficelle d'un string avec pour vedette l'excellent et foutrement malchanceux Ryan Reynolds, avait tout du comeback en force.
Et on ne s'y était pas trompé puisque Egoyan, comme miraculé, semblait avoir retrouvé toute la pertinence de son propos en revenant au source de son cinéma (et en s'inspirant de ses meilleurs essais) pour offrir aux cinéphiles un polar aussi puissant que sec comme un coup de trique, une fable déroutante à la noirceur saisissante.

Si à ses débuts, le cinéaste canadien était volontairement influencé par les cinémas des inestimables David Cronenberg et David Lynch, avec Captives, le bonhomme penchait décemment plus vers le cinéma d'un autre David, Fincher (sa mise en scène cérébrale et son cadre hivernal rappelle beaucoup Millenium); mais surtout vers celui de Brian De Palma - notamment son chef d’œuvre Obesssion.

Presque aussi prolifique que l'inestimable Woody Allen, Egoyan nous revient pile poil un an après son dernier long métrage, avec l'alléchant Remember, au thème (et au déroulement) foncièrement proche du merveilleux This Must Be The Place de Paolo Sorrentino - avec un Sean Penn looké façon Robert Smith, leader de The Cure.
Porté par le grand Christopher Plummer, Remember suit l'histoire de Zev, 85 ans, survivant de l’Holocauste et qui souffre de démence sénile.


Pris en charge dans une maison de repos médicalisée, il enchaîne les moments de confusion, allant jusqu’à oublier que son épouse Ruth vient de décéder.
Le jour de l’enterrement, son ami Max lui confie une lettre destinée à lui rappeler une promesse qu’il a faite à sa femme : celle de retrouver l’ancien Nazi qui a massacré leur famille respective.
Il s’appelle Rudy Kurlander, et quatre individus portent ce nom aux États-Unis…

S'appuyant sur une intrigue des plus linéaires (Zeb multiplie les rencontres pour tenter de retrouver le tortionnaire de sa famille), Egoyan signe une énième œuvre singulière aux thématiques fortes (l'holocauste, le nazisme, la loi du Talion), un exercice de déconstruction remarquable qui met un point d'honneur à mettre en valeur aussi bien la force évocatrice de ses images que ses personnages malignement ordinaires, au jeu d'acteurs dépouillé et fortement inspiré.

D'un canevas en apparence balisé et mélangeant les genres avec maestria (thriller psychologique, vigilante movie, récit initiatique façon road movie meurtrier du quatrième age), le metteur en scène déploie une histoire captivante sur la question de la mémoire, de l'oubli et de la justice, en suivant les pas d'une chasse à l'homme sous fond de réalité troublée par la démence sénile d'un être fébrile mais déterminé.


Troublant, poignant et élégant à la fois, porté par une mise en scène minutieuse doublée d'une intrigue allant totalement à l'inverse de la majorité des films du genre (point d'image des camps ni des atrocités nazies, l'humour étant même étonnement au rendez-vous) et au twist final renversant; Remember est un beau moment de cinéma virtuose et captivant, un conte pour adultes puissant et courageux dans lequel Christopher Plummer - ahurissant de justesse -, trouve l'un de ses plus beaux rôles.

En octogénaire frappé par les poids de l'âge et du passé mais habité par la volonté inébranlable de mener à bien sa cabale, sa performance illumine un casting quatre étoiles (Dean Norris, Martin Landau, Bruno Ganz, Jürgen Prochnow) et vaut à elle seule le déplacement dans les salles obscures.

Sans conteste l'une des plus belles réussites de ce premier trimestre ciné de la décidément très riche année ciné 2016.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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