Clark Cregg

[CRITIQUE] : Last Days of Summer


Réalisateur : Jason Reitman
Acteurs : Kate Winslet, Josh Brolin, Gatlin Griffith, Clark Cregg, Tobey Maguire, J.K Simmons, James Van Der Beek,...
Distributeur : Paramount Pictures France
Budget : 18 000 000 $
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h51min.

Synopsis :
Lors du dernier week-end de l’été, Frank, un détenu évadé, condamné pour meurtre, oblige Adèle et son fils Henry à le cacher chez eux.
Très vite, la relation entre le ravisseur et la jeune femme prend une tournure inattendue. Pendant ces quatre jours, ils vont révéler de lourds secrets et réapprendre à aimer...



Critique :

Comme son illustre papounet le grand Ivan, Jason Reitman a un sérieux penchant pour la comédie atypique, sauf qu'à la différence de son cher pater, il compte bien plus de bonnes péloches que de navets dans sa filmographie.

Mieux même, hormis la légère déception Young Adult, difficile de ne pas admettre que Thank You For Smoking, Juno et In The Air font tout simplement partis de ce que le cinéma indé ricain nous a offert de mieux dans le genre durant la dernière décennie.

D'un cynisme et d'un humour noir savoureusement cruel et parfois même proche de la méchanceté féroce, il y avait de quoi être surpris de voir que le surdoué bonhomme nous revienne en cette année 2014, avec pour cinquième long Last Days of Summer, un drame dépressif et familial, adapté d'un best-seller de Joyce Maynard, Labor Day, qui il est vrai pourtant, touche de nouveau un sujet sensible comme il les affectionne visiblement.


Cinéaste et scénariste aguerri habitué à s'entourer de talents hautement confirmés (Aaron Eckhart, Robert Duvall, Jason Bateman, Ellen Page, George Clooney, Vera Farmiga, Patrick Wilson, Charlize Theron,...), le Jason se paye cette fois-ci ici, un duo vedette en or massif, les inestimables Josh Brolin et Kate Winslet, soit de quoi - ne serait-ce que sur le papier -, obliger tout cinéphile un minimum endurcis, à se déplacer le plus hâtivement en salles pour voir son film.

Last Days of Summer ou l'histoire, lors de l'été 1987 à Shelburne Falls dans le Massachussets, d'une famille complétement détruite.

Adele, est une mère dépressive depuis son divorce, déambulant inlassablement dans sa maison - la peur des autres la force à rester cloitrée chez elle -, et son fils Henry, lui, assume les deux rôles du logis, et cherche par tous les moyens de la distraire et de lui faire quitter ne serait-ce qu'un instant, sa dépressive existence.
Alors quand, lors du fameux Labor Day, le détenu en cavale Frank Chambers va débarquer dans leur vie et les prendre en otage, tout leur fragile équilibre va se voir chambouler, mais pas forcément de la plus mauvaise manière qui soit...

Filmé avec simplicité et pudeur, dénué de tous clichés, de faux artifices et de pathos de supermarché, Last Days of Summer est un vrai huit-clos dramatique poignant, sombre et poétique, citant indiscutablement le cinéma de l'immense Clint Eastwood (on pense aussi bien au touchant Un Monde Parfait qu'au merveilleux Sur la Route de Madison).


De tout son long, Reitman cerne avec intelligence et pureté l'âme de ses personnages comme personne, les faisant évoluer au gré du métrage avec un naturel confondant, et distille avec maitrise une ambiance hypnotique, très tendue dans son premier quart (logique vu la cohabitation " forcée "), avant de lentement basculée vers un ton plus sensuel et même sexuel qui trouvera son apogée dans une scène de préparation de tarte à la pêche - ou se nourrir s'apparente clairement à l'acte sexuelle en lui-même -, ou chaque geste, chaque mouvement transpire l'érotisme.

Brassant une multitude de genre - le drame, la romance, le thriller - et thèmes avec une justesse incroyable (le passage à l'âge adulte, la reconnaissance d'une mère, le traumatisme d'une naissance, l'absence de figure paternelle, la jalousie dans le couple,...), captivant, via un script remarquablement écrit et crédible, tout en nuances, en non-dit et ou les expressions qui se dégagent des acteurs est parfois plus forte que les mots, le film est surtout une bouleversante et touchante histoire d'amour entre deux êtres abimées par la vie, dont la vérité des sentiments nous éclate en plein visage.

Elle, est une dépressive qui se meurt de ne pas être amoureuse, lui, est un prisonnier en cavale qui loin d'être un dangereux criminel, trouvera en cette famille décomposée, la force de reprendre gout à la vie, de se reconstruire, d'aimer et de se sentir utile à nouveau.

Une romance certes point idyllique, mais profondément touchante dans ce qu'elle a de plus honnête, soit l'idée que l'amour peut réunir, libérer et guérir même les âmes les plus blessées, éprouvées et perdues, hantées par des passées qui les ont empêchés de pleinement vivre.


Un amour prenant une place centrale dans l'histoire, alors que pourtant, le véritable héros de ce Labor Day est bel et bien Henry, jeune adolescent de treize ans aux portes de l'âge adulte - mais également narrateur et observateur privilégié de l'histoire -, dont les quelques heures qu'il vécut avec son père de substitution, d'abord pleines de méfiance avant d'être pétris d'affection, seront les plus marquantes de sa vie et auront un impact conséquent sur la voie qu'il choisira pour son avenir.

Magnifiant l'ordinaire pour le rendre extraordinaire, nous transportant dans un univers d'une simplicité, d'une sobriété et d'une beauté constante, Reitman vise toujours juste avant tout et surtout grâce à son casting cinq étoiles, dominé par un trio d'acteurs à l'alchimie étonnante.

Kate Winslet y est plus sublime que jamais, telle une fleur fragile qui dépérit sans amour et qui resplendira de mille couleurs à l'arrivée aussi fracassante qu'improbable d'un Josh Brolin au charisme animal, d'une justesse inouïe dans la peau de cette puissante lueur d'espoir d'une famille presque au bord de l'agonie.

Les deux s'abandonnent corps et âmes dans leur rôle, à l'instar du jeune et attachant Gattlin Griffith, excellent dans les chaussettes du jeune Henry, à la fois sensible et innocent.
Même le reste du casting étonne par sa qualité, des sympathiques James Van Der Beek, J.K. Simmons et Clark Gregg, au beaucoup trop rare Tobey Maguire.



Porté par une direction d'acteur remarquable,  une esthétique 80's joliment bien retranscrite et une photographie lumineuse à tomber, le film est un merveilleux drame sur la rédemption, sur l'importance de l'enfance qui bâtit l'être humain que nous sommes, mais également sur le thème de la seconde chance que peut offrir la vie après une existence bordée de malchance et de douloureux malheur.

Ou un (très) gros coup de cœur romanesque au doux parfum de tour de force, une pépite surprenante de la part d'un cinéaste qui n'a définitivement pas fini de nous surprendre...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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