Adrien Brody

[CRITIQUE] : The Grand Budapest Hotel


Réalisateur : Wes Anderson
Acteurs : Tony Revolori, Ralph Fiennes, Tilda Swinton, F. Murray Abraham, Jude Law, Saoirse Ronan, Jason Schwartzman, Tom Wilkinson, Adrien Brody, Jeff Goldblum, Owen Wilson, Willem Defoe, Edward Norton, Bill Murray, Matthieu Amalric, Léa Seydoux,, Harvey Keitel, ...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h40min.

Synopsis :
Le film retrace les aventures de Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, œuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.



Critique :

Dire que le prochain long du précieux Wes Anderson était attendu par chez nous avec un putain d'enthousiasme, est un doux euphémisme tant chacune de ses péloches s'avèrent toute aussi doucement barrée et sublime les unes que les autres, et que le bonhomme a sacrément sa place depuis des lustres, au sein notre petit liste de cinéastes chouchous incapables de nous décevoir sur grand écran.

Sept longs et sept chefs d’œuvres, en un peu plus de dix-huit ans de carrière, ou un grand chelem que peu de metteur en scène peuvent se vanter aujourd'hui - et encore moins égaler -, et qui n'est visiblement pas prêt de s'arrêter en si bon chemin du panthéon de la perfection, avec The Grand Budapest Hotel, nouvelle promesse de cinéma jouissive au casting - entre habitués et petits nouveaux - frisant l'indécence du bon gout.

Mieux, ce nouveau mash-up d'exception apparait in fine bien comme un aboutissement pur et simple qu'un joli prolongement, d'une filmographie qui est aussi prestigieuse qu'elle est légère et follement nostalgique.
Oui, Wes Anderson est indiscutablement ce que le Texas a offert de plus beau et fou au septième art, et le bougre s'entête toujours autant à nous le rappeler avec flamboyance, à chaque fois qu'on lui donne l'occasion de le faire.


Encore une fois au frontière du réel dans une vision fantasmée de l'Europe d'entre-deux guerres, le cinéaste nous invite dans une bulle purement farfelue à Zubrowka et plus précisément au Grand Budapest Hotel, grand hôtel au sein d'une sympathique station thermale austro-hongroise, ou se niche des mondains et des fans d’Art Nouveau.

A sa direction, Gustave H., et à ses ordres le jeune Zéro Moustafa, ou deux témoins/acteurs d'une drôle d'histoire de meurtre, d'héritage mais également d'une époque qui se meurt peu à peu, ou gravitent une pléthore de personnages hauts en couleurs et en marge du monde, qui animent l'hôtel de leur tribulation.

Loin du film choral annoncé sachant que l'intrigue se resserre en fin de compte très vite autour des persos de Ralph Fiennes - que l'on a plus vu aussi inspiré depuis longtemps - et Tony Revolori, aka Monsieur Gustave et Zero, la bande est  avant tout et surtout une pure péloche Wes Anderson dans toute sa splendeur.

Immense fable romanesque à l'intrigue labyrinthe, intelligemment structuré et au pluriel puisqu'elle aligne autant les différentes chronologies que les différents points de vues, multipliant les allers-retours et les parallèles (les dernières heures de gloire de l'institution font douloureusement échos aux dernières heures de paix de l'Europe avant l'invasion nazis) avec fluidité et virtuosité dans une fantaisie constante, The Grand Budapest Hotel est une péloche plus mature et lugubre que ses précédents essais, sans pour autant en gommer toute la magie inventive et enfantine qui en faisait tout leur charme (l'aspect cartoonesque notamment, de certains personnages caricaturaux ou encore des passages de la poursuite en luge et de l'évasion de la prison).


Grâce à une mise en scène (une image dense et des travellings latéraux à tomber), un montage (un découpage à nouveau, d'une précision incroyable), une direction d'acteur démente et une reconstitution minutieuse foutrement brillante, Anderson démontre une fois de plus son immense capacité à décliner son univers unique dans des situations et contextes hétéroclites, tout en les alimentant de ses thèmes les plus chers (la filiation et le sentiment d'une vie, d'un paradis perdu, surtout).

Un véritable maitre dans son propre théâtre des merveilles, misant toutes ses billes sur le suspens divertissant plus que l'émotion, le tout dans un ludisme et un comique (aussi bien chorégraphique que verbale et cinématographique) enchantant, puisant dans l'artificialité de son monde toute l'humanité de ses héros - et véhiculant l'idée que la mémoire et les souvenirs sont la clé de tout, même face à la guerre, le nazisme ou la mort de tout son univers.

Personnel, singulier, sérieusement lugubre (même dans son pays imaginaire, la dimension de futur cataclysme humain n'est jamais loin), poétique, pur bonbon visuel et jazzy (superbe b.o d'Alexandre Desplat, encore une fois) même si parfois un poil inégal dans son rythme pourtant salement soutenu, The Grand Budapest Hotel est la preuve sur pellicule qu'un grand cinéaste peut clairement réinventer son cinéma avec brio, tout en transcendant des genres qu'il s'est déjà efforcé de magnifier par le passé.

Cependant, même avec le travail de titan abattu par son metteur en scène, le film ne serait cependant pas aussi délicieux sans sa galerie de comédiens merveilleux, tous totalement voué à sa cause.

Car si il convoque, comme d'habitude, sa prestigieuse et très belle famille ciné (on pense surtout à Adrien Brody, immense en soldat SS barrée, Tilda Swinton, merveilleuse en cougar avec des kilomètres au compteur, ou encore à Edward Norton qui est tout aussi allumée dans un rôle de capitaine de police zélé proche de celui qu'il tenait dans Moonrise Kingdom), c'est surtout le petit nouveau Ralph Fiennes qui emporte tous les suffrages dans la peau de monsieur Gustave, version parfaite et grand écran d'Anderson en dandy magnétique, figure aussi direct et habile avec les mots que romantique et maniéré.


Hommage grand-guignolesque et respectueux à peine voilé à l'âge d'or Hollywoodien tout autant qu'à l'Europe et à ses artistes (Zweig, Wermeer, ou encore voir même Bergman), le film est une immense et énergique poupée russe ou les histoires se mélangent et se croisent dans la Grande histoire dans une grâce et un soucis de cohérence remarquable, ou une pure et élégante échappée à la fois imaginaire et criante de vérité.

A tous les cinéphiles qui ne savent pas ou aller pour régénérer leur batterie durant ces longues journées hivernales, ne cherchez plus, Zubrowka et sa cuvée de souvenirs made in 30's est la destination parfaite.
Même imaginaire, vous ne serez pas du tout déçu du voyage.


Jonathan Chevrier



John Chevrier

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