Critiques

[CRITIQUE] : Grand Central


Réalisateur : Rebecca Zlotowski
Acteurs : Léa Seydoux, Tahar Rahim, Denis Ménochet, Olivier Gourmet,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Romance, Drame.
Nationalité : Français
Durée : 1h34min.

Synopsis :De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux de Karole, la femme de Toni. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient une menace.


 Critique :

Dès son premier film, Belle Epine, la talentueuse Rebecca Zlotowski prouvait qu'elle avait tout d'une future grande à absolument suivre.

En décrivant l'incapacité d'une jeune fille - campée par la douce Léa Seydoux -, confrontée au deuil, à exprimer ses émotions, avec brutalité et subtilité, elle prouvait que le cinéma français était encore capable de faire éclore au grand jour des cinéastes à tempérament et biberonné aux bonnes influences du septième art hexagonal.

Foutrement attendu depuis de très ans maintenant, Grand Central, présenté cette année au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard, avait donc tout de la péloche de confirmation, même si il est toujours très dur de ne pas pas trébucher sur la marche du cap über difficile du second long.

Prenant par thème principal une romance à trois cœurs en terre inconnue - une centrale nucléaire, plus que rare au cinéma -, Zlotowski réussit non seulement, avec panache, de confirmer tout le bien que l'on a pu penser d'elle depuis 2010 mais surtout, elle livre une œuvre en tout point magistrale, sans l'ombre d'un doute l'un, si ce n'est LE, plus beau film français de l'année 2013 jusqu'à aujourd'hui.


Grand Central, c'est l'histoire grave et tragique d'hommes qui, à chaque instant, risquent leurs vies pour une société qui n'en a que trop peu conscience.
Grand Central, c'est également une sublime romance impossible ou une femme, Karole, aime deux hommes à la fois sans avoir la force d'en choisir un des deux.
Avec l'un, Tony, elle partage sa vie et projette de se marier, avec l'autre, Gary, elle partage sa chair brulante et ses envies d'ailleurs.

Filmé comme un thriller ou l'on risque autant sa vie - des causes des radiations -, que son cœur, toujours sous tension - on a autant peur que nos deux amants se fassent surprendre, ou qu'ils se fassent frappés par une irradiation fatale -, drame social assumée mais sans ne jamais tombé la tête la première dans le misérabilisme, la bande, aussi majestueuse que juste, est un grand film romantique dans un cadre hautement atypique, parfaitement maitrisé de bout en bout.

Aussi sulfureux que pudique, intense, intelligent - bordel, quel magnifique script ! -, référencé - la cinéaste cite autant le cinéma de Truffaut que celui de Denis, Audiard et Pialat -, viril - les hommes, aussi violent que solidaire, n'ont pas peur d'aller en enfer chaque jour -, et d'une beauté plastique sans nom - la froideur grisâtre de la centrale laisse souvent sa place à une nature édénique, théâtre des ébats de Gary et Karole -, Grand Central ne serait pourtant rien sans sa musique hypnotique (signé Rob), son montage fiévreux (signé Julien Lacheray) et son casting, en tout point exceptionnel.

De l'immense Oliver Gourmet, en ancien de la centrale, en passant par l'excellent Denis Ménochet dans la peau du " cocu " Tony, le métrage vaut surtout pour les performances lumineuses du duo Seydoux/Rahim, l'un des plus beaux du cinéma français de ses dernières années.
Lui, romanesque, sympathique, attachant, compose un Gary d'une intensité incroyable tandis qu'elle, plus séduisante et sensuelle que jamais, fait d'une Karole un être aussi touchant que fragile, qui essaye comme elle peut de gouter aux joies de la vie.


Mélodrame romantique et lyrique sur deux amants maudit que les braises de la passion interdite enflamme, ronge puis dévore à mesure qu'il prenne de plus en plus de gout à s'en nourrir, Grand Central est une péloche délicate, réaliste et infiniment immanquable.

Mémorable et résonnant encore longtemps dans l'esprit de son spectateur, il est de ces films sublimes qui marque instantanément l'histoire de sa qualité et de son ambition.

Le film du moment avec Le Dernier Pub Avant La Fin du Monde à ne manquer sous aucun prétexte, un amour radioactif intensément... contaminant !


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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