[SƎANCES FANTASTIQUES] : #146. Next of Kin

© 1982 Filmco Australia / SIS Productions. Tous droits réservés.
Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
L'histoire s'ouvre sur Linda Stevens, une jeune femme qui hérite à la mort de sa mère du domaine de Montclare, une vaste demeure victorienne reconvertie en maison de retraite, perdue dans la campagne australienne. Ce point de départ, en apparence ordinaire, se révèle d'une intelligence redoutable. En plaçant son héroïne au contact quotidien de la vieillesse et de la mort naturelle, Williams construit un environnement où l'horreur n'a pas besoin de surgir de nulle part : elle est déjà là, tapie dans les couloirs, inscrite sur les visages des pensionnaires, nichée dans les pages du journal intime de la mère disparue. Rarement le cinéma d'horreur aura su tirer un tel parti dramatique de la simple condition humaine, sans recourir à des artifices grossiers.
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Jackie Kerin, dans le rôle de Linda, livre une performance d'une justesse admirable. Son personnage n'est ni la vierge effarouchée ni la guerrière invincible des films de genre trop convenus. Elle incarne une femme ordinaire, vulnérable mais déterminée, rongée par le doute et la culpabilité filiale, qui tente de comprendre ce que sa mère a vécu avant elle dans cette même demeure menaçante. Ce portrait psychologique nuancé est l'une des grandes forces du film, et il doit autant à l'écriture qu'à l'interprétation. John Jarratt, qui allait plus tard devenir l'un des visages les plus redoutés du cinéma d'horreur australien, apparaît ici dans un registre tout à fait opposé, celui d'un amoureux attachant et sincère, et ce contrepoint apporte une douceur qui rend les moments de terreur d'autant plus saisissants.
Sur le plan formel, Next of Kin est un film d'une beauté froide et inquiétante. La photographie de Gary Hansen baigne chaque recoin de Montclare dans une lumière crépusculaire qui transforme le décor en personnage à part entière. Les couloirs s'allongent, les portes s'entrouvrent, les ombres semblent respirer. Williams filme l'espace avec une précision quasi chirurgicale, créant une géographie mentale du lieu qui imprègne progressivement l'inconscient du spectateur. On finit par connaître cette maison comme si on l'habitait, et c'est précisément ce qui la rend si terrifiante.
La partition musicale de Klaus Schulze, figure de proue de la musique électronique allemande, contribue de façon déterminante à l'atmosphère du film. Sa musique synthétique, lancinante et hypnotique, ne cherche pas à souligner les effets de peur de manière convenue. Elle s'insinue plutôt sous la peau, créant un malaise diffus et persistant qui accompagne le spectateur bien au-delà du générique de fin. C'est une bande-son qui pense, qui respire, qui anticipe, et qui élève l'ensemble du film à un niveau sensoriel peu commun.
Ce qui distingue véritablement Next of Kin de ses contemporains, c'est sa capacité à habiter plusieurs genres à la fois sans jamais se trahir lui-même. Les deux premiers tiers du film relèvent du gothique classique, de la maison hantée, du récit de fantômes : nuits d'orage, couloirs obscurs, apparitions fugitives, rêves dérangeants. Le spectateur nourri de cinéma européen pensera volontiers à Dario Argento ou à Lucio Fulci, tant l'esthétique italianisante est prononcée. Puis, dans son dernier acte, le film bascule vers quelque chose de plus brutal, de plus charnel, et cette transformation, loin d'être un aveu d'échec, fonctionne comme une libération, une déflagration narrative qui récompense la patience du spectateur.
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Car c'est bien de patience qu'il s'agit. Next of Kin est un film lent, au sens le plus noble du terme. Il prend le temps d'installer, de tisser, de suggérer. Il ne cherche jamais la facilité du sursaut gratuit ou de la violence spectaculaire. Chaque séquence est pensée pour ajouter une couche supplémentaire à l'édifice de l'angoisse, et c'est cet équilibre délicat entre retenue et efficacité qui fait toute la singularité de l'œuvre. Quentin Tarantino lui-même, grand connaisseur du cinéma de genre, n'a pas manqué de saluer le film dans le documentaire « Not Quite Hollywood », consacré au cinéma de genre australien des années 70 et 80.
Au final, Montclare : rendez-vous avec l'horreur est bien plus qu'un film d'horreur : c'est une méditation sur le deuil, sur l'héritage familial, sur la peur de se retrouver prisonnière du passé. Tony Williams a signé une œuvre rare, personnelle et envoûtante, qui mérite de prendre la place qu'elle n'aurait jamais dû quitter dans le panthéon du cinéma fantastique mondial.










