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[CRITIQUE] : Ton Animal Maternel


Réalisatrice : Valentina Maurel
Avec : Daniela Marin Navarro, Mariangel Villegas, Marina de Tavira,...
Distributeur : JHR Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Belge, Français, Mexicain.
Durée : 1h45min

Synopsis :
De retour au Costa Rica après des études en Europe, Elsa retrouve sa petite sœur Amalia, seule dans la maison familiale. De plus en plus insaisissable, celle-ci semble enfermée dans des croyances ésotériques. Elsa essaie d’alerter leurs parents, mais ni le père, trop occupé par ses nouvelles conquêtes, ni la mère, absorbée par la réédition des poèmes érotiques de sa jeunesse, ne semblent prendre la mesure de la situation. Le retour d’Elsa engage les trois femmes à interroger leur lien indéfectible.




On avait découvert Valentina Maurel au détour de son premier - et brillant - long-métrage, Tengo sueños eléctricos, petite déflagration qui, sous couvert d'un récit de passage à l'âge adulte dont elle épousait fièrement la formule familière autant qu'elle en offrait une approche sensiblement épidermique et frontale, troublait dans sa manière audacieuse et politiquement incorrect de croquer une chronique familiale sondant les fondements troublés de la relation et de la fascination profonde que pouvait avoir une gamine de seize ans, pour son père cabossé et bohème, à la suite du départ du foyer familial de celui-ci.

Une oeuvre tout en nuances et en clair-obscur, croquant le double portrait d'une adolescente obligée de se construire comme elle le peut après le deuil de sa cellule familiale et face à une figure paternelle fuyante, mais également celui d'un homme à la fois agressif et tendre qui, suite à son divorce, se laisse aller à un élan régressif qui le fait revenir où presque au même stade que sa progéniture; un film pas si éloignée finalement dans sa manière de constamment cultivé l'ambiguïté, du Souffle au Coeur de Louis Malle (avec lequel il partage une absence totale de jugement envers ses personnages), qui capturait avec puissance et crudité la réalité de l'adolescence, secouée autant par la découverte de soi et du monde que par la toxicité et la sensualité de l'amour.

Copyright Wrong Men - Geko Films

De famille dysfonctionnelle aux relations tendues, il en est de nouveau question avec son second effort, Ton animal maternel, pour lequel elle reprend la même distribution (sans pour autant qu'une impression de continuité maladroite ne vienne parasiter l'expérience) mais avec un ascendant résolument plus féminin dans sa narration (et personnel, d'autant que le titre est inspiré d'un poème de sa propre mère), chronique anthropologique clouée aux basques d'une jeune femme indécise de retour dans son Costa Rica natal après plusieurs années en Europe, et qui tente de redéfinir sa place au coeur d'une cellule familiale (d'une nation ?) qui n'a pourtant de cesse de titiller ses envies de fuite en avant - notamment deux figures parentales qui tentent de revivre leur jeunesse perdue.

Filmé caméra à l'épaule, au plus près des corps et du chaos émotionnel qui les habite et de celui qui les entoure (un San José paradoxalement vivante et glaçante), outil essentiel de l'expression du trouble intérieur de son héroïne comme des liens familiaux tout autant au bord de la rupture sous le poids des contradictions et des confrontations, qu'ils semblent pourtant indéfectibles même lorsqu'ils se désagrégent; le film se fait une exploration touchante et existentielle d'une sororité malade comme d'un instinct maternel bouffée par l'amertume, où l'amour peine à germer sous la chape de plomb d'une distance émotionnelle étouffante et d'un rejet constant.
Pas totalement comédie ni véritablement drame, sensible sans pour autant embrasser un vrai pendant émouvant, Ton animal maternel swingue sur son propre groove tout en donnant une belle profondeur à ses âmes blessées et atypiques, qui vivent et vibrent par leurs heurts.


Jonathan Chevrier