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[CRITIQUE] : NAZA


Réalisateur/Réalisatrice : Yuval Abraham et Rachel Szor
Avec : -
Distributeur : MK2 Films
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Britannique, Américain, Israélien.
Durée : 1h17min

Synopsis :
Filmé de nuit sur les toits de Tel Aviv, le film décrit en détail les systèmes derrière le massacre de civils palestiniens à Gaza par Israël.




À une heure où, avec une décontraction (radicalisation ?) qui fait gentiment froid dans le dos, les médias choisissent une manière sournoise et partiale de couvrir l'actualité, pour quiconque n'ayant pas le réflexe de se perdre dans les méandres des réseaux sociaux où, il est vrai, tout et son contraire y est affirmé telle une vérité irréfutable (mais une vérité, que nos gouvernants souhaitent plus que tout annihiler, quitte à plaver ses lois dictatoriales au forceps); le septième art est plus que jamais un outil de prise de conscience et de connaissance essentiel, pour réaliser ce qu'il se passe réellement sur notre planète.

Pas de polissage de l'image par une quelconque rédaction obscure, pas de crainte d'un quelconque incident diplomatique : simplement montrer la réalité, en nous plaçant au plus près d'elle, comme ont pu le faire des œuvres telles que No Other Land de Basel Adra, Hamdan Ballal, Rachel Szor et Yuval Abraham, Un médecin pour la paix de la cinéaste franco-américaine Tal Barda, From Ground Zero où encore Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi et Fatma Hassona.

NAZA (un acronyme militaire signifiant dommages collatéraux), signé à nouveau par le tandem Rachel Szor et Yuval Abraham, et à la distribution plus difficile que les précédents efforts cités, est totalement fait de cette pellicule-là, qui embrasse frontalement cette dure vérité dont on limite consciemment et politiquement l'écho (et ce n'est pas reconnaître publiquement - où plutôt hypocritement tant on y reconnaît pas le massacre qui s'y déroule - la Palestine comme un état qui risque de changer cette donne).

Fruit de trois ans de travail, où le duo s'est entretenu avec des membres des forces armées et des services de renseignement israéliens - qui apparaissent ici anonymement -, le film, filmé uniquement de nuit niché sur les toits de Tel-Aviv, décortique avec une méticulosité folle les mécanismes rondement bien rodés de la déshumanisation systémique et de la déresponsabilisation de la guerre (ou plutôt d'un autre mot commençant par G, dont il ne faut visiblement pas prononcer le nom, aussi éclatante soit pourtant sa définition chaque jour) menée par Israël à Gaza et la destruction totale de sa population : une extermination sans la moindre distinction, femmes et enfants ne perturbant absolument pas la rhétorique d'une équation où seul le zéro absolu compte, où tuer son prochain est un acte banalisé, déshumanisé et surtout vivement encouragé.

Exposition de l'horreur macabre et révoltante de la folie humaine et d'un aveuglement mental et psychologique accablant, qui se fait aussi terrifiant que profondément poignant (les dernières minutes sont absolument bouleversantes), NAZA est plus qu'un témoignage essentiel sur une tragédie qui s'écrit au passé, au présent et au futur (puisque rien n'est fait pour l'empêcher), un énième élément à charge pour ceux qui ne veulent pas voir la réalité en face, même quand elle leur éclabousse au visage : une œuvre qui pointe un massacre insupportable, une monstruosité qui dépasse les frontières et que l'on rationalise, méprise au point d'incarner un maillon essentiel de sa banalisation où pire, de la légitimisation de sa justification lunaire.


Jonathan Chevrier