[CRITIQUE] : Le Corset
Réalisateur : Louis Clichy
Avec : avec les voix de Gary Clichy, Rod Paradot, Brune Moulin, Alexandre Astier,...
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Animation.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h30min
Synopsis :
Dans une ferme au cœur de la Beauce, Christophe, 11 ans, règle ses pas sur ceux de son père. Mais à l’école, à la maison, sur le tracteur, Christophe penche... et tombe. Il est obligé de porter un corset pour filer droit. Tandis que la ferme traverse des moments difficiles, Christophe grandit comme il peut. Il découvre la musique et fait la rencontre de Clara, avec qui tout semble devenir possible.
Le cinéma d'animation est sans doute (assurément même, n'ayons pas peur des mots) le seul giron du septième art à pouvoir être capable de continuellement se renouveler et de surprendre - agréablement où non, il est vrai - le spectateur.
Ne serait-ce que par la pluralité incroyable par laquelle il peut s'exprimer, mais avant tout et surtout par sa faculté de pouvoir aborder tous les sujets, même les plus difficiles, voire improbables, expurgé qu'il est des contraintes d'un cinéma fait de prises de vues réelles.
Mais dans le même temps, il est tout autant celui dont on infantilise assez bêtement (souvent par ignorance crasse que par vrai esprit critique) aussi bien le propos que la portée, là où il est pourtant, sauf exemples évidents, le seul à s'offrir à tous les publics.
Mais laissons les aigris dans leur coin - et les abrutis hors du débat -, pour mieux revenir à nos moutons : la petite (grosse) claque derrière la nuque qu'incarne Le Corset, premier long-métrage d'animation en solo de Louis Clichy, qui avait co-signé le diptyque en images de synthèse Astérix : Le Royaume des Dieux et Astérix : Le Secret de la Potion Magique avec Alexandre Astier, et s'offre un baptême du feu absolument renversant.
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Enlacé entre la poésie texturée et le style chromatique du cinéma de feu Isao Takahata (voire, plus vulgairement, du cinéma totem de chez Ghibli), et les récits initiatiques bruts et sincères de Hirokazu Kore-eda et François Truffaut (aussi improbable - mais totalement cohérente - que cette union puisse paraître), Clichy dessine une animation à son image : mélancolique et personnelle (sans pour autant se laisser à une nostalgie un brin putassière), introspective et à fleur de caractères, cloué aux basques d'un môme encore tendre mais déjà trop mûr pour avoir goûter à l'injustice de la vie et à la dureté de la vie rurale - en pleine monde agricole en pleine mutation industrielle au milieu des 80s -, dont le handicap incarne une expression douloureusement physique d'une rage intérieure contenue, forcé de porter un appareil orthopédique pour corriger un corps qui penche dangereusement (une sévère scoliose), qui lui se fait le symbole tout en cuir et en métal, des carcans oppressants dont il doit s'affranchir pour trouver sa propre voi(x)e.
Entre découverte de l'art dans sa définition plurielle (même si sensiblement axée sur la musique), et ouverture aux joies - éphémères - du sentiment amoureux, véritables échappatoires à un quotidien fait de déceptions (en partie paternelles), de silences douloureusement expressifs et de moqueries (qui façonnent encore plus un isolement déjà bien entamé), le cinéaste dresse un bijou de récit initiatique tragi-comique et métaphorique à fort symbolisme clérical, aux dialogues aussi vifs que son humour, dont les couleurs aquarelles débordent du cadre pour mieux tendrement fondre sur nos cœurs.
Jonathan Chevrier


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