[CRITIQUE] : Le Chant des Oliviers
Réalisateur : Alex Camilleri
Avec : Michela Farrugia, Nenu Borg, Michael Azzopardi,…
Budget : -
Distributeur : Epicentre Films
Nationalité : Maltais, Allemand, Qatari.
Genre : Comédie Dramatique.
Durée : 1h48min.
Synopsis :
Sur le point de quitter Malte, Mar hérite de terrains après la mort de sa mère. En parcourant l’île pour récupérer ses terres, elle rencontre Nenu, gardien d’un chant ancestral qui l’entraîne dans des duels musicaux improvisés et met à l’épreuve son désir de fuir. Peu à peu, la jeune femme se réconcilie avec le pays auquel elle voulait tourner le dos.
Doux euphémisme que de dire que le cinéma maltais n'est pas, fondamentalement, le plus prolifique du monde.
De mémoire, le dernier long-métrage issu de cette production timide était, justement, le premier effort du wannabe cinéaste Alex Camilleri, Luzzu, beau drame aussi délicat et empathique que profondément incisif dans son engagement et le message qu'il évoque avec une puissance désarmante, une plongée alarmante au plus près de ses travailleurs de pays dits mineurs (engoncés entre traditions et modernité), au quotidien ravagé par une pauvreté corrosive et asphyxiante, dont la colère et la désespérance ne peut que grandir à mesure que le fossé qui les sépare avec les plus riches, ne cesse de consciemment grandir.
Un film d'un naturalisme galvanisant (renforcé par le fait que les comédiens à l'écran ne sont pas des acteurs professionnels), très proche du néoréalisme italien dans sa quête de vérité à la lisière du documentaire, dans son portrait mélancolique et sans préciosité, rude et saisissant d'un pays en pleine transition et d'une communauté maltaise dont la flamme s'éteint peu à peu face à la corruption, l'isolement (géographique, social, humain), les quotas gouvernementaux et les politiques aveugles de l'Union européenne.
![]() |
| Copyright Epicentre Films |
Un tout petit peu moins de cinq ans plus tard, et toujours avec Alex Camilleri à la réalisation et Epicentre Films à la distribution, place au tout aussi mélancolique Le Chant des Oliviers, belle comédie dramatique à hauteur d'âmes qui swingue langoureusement sous les sonorités étrangement envoûtantes du Għana auquel il compose une lettre d'amour passionnée (un chant traditionnel maltais qui prend soit la forme d'un long poème mélancolique, soit d'un duel verbal improvisé et rimé entre deux ou quatre chanteurs... instant Wikipedia), entre le road movie intergénérationnel et le récit d'apprentissage sous fond de transmission et de deuil, cloué aux basques d'une jeune femme obligée de rester en des terres maltaises qu'elle souhaite pourtant ardemment quitter, à l'annonce de l'héritage que lui a laissé sa mère, de petits lopins de terre dont elle doit évaluer de leurs valeurs pour mieux s'en débarrasser; une entreprise loin d'être simple et qui se complique d'autant plus lorsqu'elle fait la rencontre de Neru, octogénaire jovial et véritable vedette locale pour sa pratique passionnée du Għana, dont la vision du monde et de l'existence va sensiblement se percuter à la sienne...
![]() |
| Copyright Epicentre Films |
Itinéraire cotonneux et merveilleusement dépaysant d'un désir d'ailleurs qui se transforme en un ré-attachement aux racines familiales (et en son histoire) comme en une île natale qui passe d'impasse abîmée à une hypothétique terre d'avenir, pour une figure en quête de liens, de réconfort et de sens qui va (re)découvrir les vraies significations des notions d'héritage, de solidarité, d'amitié et de chaleur humaine au contact d'un ainé aux vies multiples et au naturel désarmant; Le Chant des Oliviers fait co-exister deux histoires d'une même île/culture et d'une même envie d'exil au coeur d'un voyage initiatico-amical solaire et enchanteur dont la délicatesse de la mise en scène, épouse la justesse des interprétations d'un incroyable tandem Michela Farrugia (déjà de l'aventure Luzzu)/Nenu Borg.
La (très) très belle découverte du moment.
Jonathan Chevrier



.jpg)






