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[CRITIQUE] : Un hiver russe


Réalisateur : Patric Chiha
Acteurs : -
Distributeur : Léopard Films
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h26min.

Synopsis :
Entre Paris et Istanbul, Margarita, Yuri et leurs amis, un groupe de jeunes exilés russes, cherchent leur place dans un monde qui ne semble plus être le leur.




On avait laissé le cinéma du cinéaste autrichien Patric Chiha sur une sacrée séance : La Bête dans la Jungle, pas si éloigné sur certains points du Eden de Mia Hansen-Løve, songe lyrique et expérimental sur la complexité de l'âme humaine et des relations, savamment expurgé de toute rhétorique putassière, odyssée merveilleusement mélancolique, intense et dévorante dans ses questionnements universels et obsessionnels sur l'amour, la mort et le temps, cloué aux basques d'un amour mort-né dans un micro-univers où images et musiques se rencontrent, s'apprivoisent, s'enlacent et ne se quittent finalement (presque) jamais.

Un territoire fantastique - à tous les niveaux - et suspendu où l'on cherche à (re)vivre ne serait-ce qu'une nuit, que celui intime d'une romance qui ne semble jamais pouvoir avoir la chance de trouver son épanouissement, que Chahi rendait immersif avec une délicatesse mortifère autant par la force d'une structure elliptique précise que par un savant jeu sur les musiques, les lumières et les regards, où l'ombre de la réalité semble de plus en plus envahir de cocon festif et hors du temps, traversé malgré lui par les bouleversement de son époque (l'élection de Mitterrand, la chute du mur de Berlin, les attentats du 11/09 mais surtout l'épidémie de SIDA qui décime la jeunesse).

Une bonne tarte dans nos caboches de cinéphiles difficile à rassasier, un statut auquel ne peut pas fondamentalement prétendre son nouvel effort (moins la faute de son propos que de sa forme) un poil aux antipodes : le documentaire Un Hiver russe, malgré une approche inédite du conflit russo-ukrainien : un regard sur de jeunes citoyens russes exilés zt déracinés, une poignée d'âmes frappées par l'attente et un manque de stabilité constante, qui ont fuient parce qu'elles ne se reconnaissaient pas dans la rhétorique de leur nation comme dans leurs décisions politiques et militaires.

Des figures aux vies pas mêmes suspendues à l'essentiel (un sac avec quelques affaires, rien de plus), et que l'on renvoie continuellement et avec hostilité autant à leur statut d'émigrés - dans le plus négatif des sens du terme - qu'instigateur du conflit (alors qu'ils n'en sont que des victimes), dont Chiha capture les témoignages d'une manière résolument spontanée, tout en tentant de distiller par sa mise en scène et son montage, une sensation de vertige arty pas toujours du plus bel effet, là où la simplicité de certains plans couplés à la justesse des mots usés, traduisent bien plus subtilement et durement le malaise palpable comme la mélancolie d'existences profondément bouleversées par l'absurdité de la guerre.


Jonathan Chevrier