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[CRITIQUE] : Marie Madeleine


Réalisatrice : Gessica Généus
Acteurs : Gessica Généus, Béonard Monteau, Edouard Baptiste,...
Distributeur : Pyramide Distribution
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Haïtien, Français, Belge, Luxembourgeois, Canadien.
Durée : 1h44min.

Synopsis :
À Jacmel, en Haïti, la mer, les églises et les esprits façonnent la vie. Marie Madeleine est une femme libre. Elle vit de la prostitution et traverse les nuits sans se soumettre aux règles de ceux qui sauvent les âmes. Sa route croise celle de Joseph, un jeune évangéliste. Une relation se noue entre ces deux êtres que tout oppose. Alors que Joseph vacille dans sa foi, Marie Madeleine l’entraîne vers un monde dans lequel désir et quête de liberté ouvrent un espace où tout peut être réinventé.




On avait été de ceux à avoir profondément été séduits par le premier long-métrage de la cinéaste haïtienne Gessica Généus, sorti au coeur de salles obscures se remettant difficilement des fermetures successives dues à la pandémie du Covid-19 (et aux répercussions d'une politique gouvernementale considérant la culture comme non-essentielle, et qui n'a de cesse de le démontrer ces dernières semaines) : Frida, superbe drame vissé sur l'avenir incertain d'une jeunesse en quête d'émancipation, qui prenait lentement mais durement les contours d'une célébration subtile de la résilience au sein d'une société haïtienne troublée aussi vivante qu'elle est engoncée entre traditions et désir de modernité.

Avec une vérité crue et destructrice (mais également un prisme féministe joliment affirmé), Généus, qui puisait dans sa propre histoire et une connaissance indiscutable de son pays d'origine, y composait tout autant une exploration compréhensive et passionnée de la gentrification des espaces et des corps noirs, au travers du portrait et de la lutte d'une famille pour trouver la paix et le bonheur, qu'une définition de ce qu'était réellement être Haïtien dans l'Haïti d'aujourd'hui, à l'humanité déclinante.

Copyright Pyramide Distribution

Son film dit de la confirmation, Marie Madeleine, est forgé dans la même pellicule, dans cette même fraîcheur affranchie de toute structure traditionnelle, dans cette même volonté de vouloir regarder la réalité de sa nation marginalisante et de ses contradictions avec une sobriété glaciale et douloureuse (non sans quelques digressions surréalistes presque essentielles), d'épouser son urbanité chaotique (entre une économie instable et un évangélisme exacerbé) et ses conflits qui façonnent, enchaînent les hommes et les femmes à leur condition et à une brutalité/hostilité systémique.

Vissé sur les ambiguïtés comme sur la relation improbable mais altruiste et empathique entre une travailleuse du sexe libre et alcoolique (incarnée par la cinéaste elle-même), confrontée chaque jour à une masculinité toxique et agressive, et un fils de pasteur radical - dont il n'adhère pas à la vision dogmatique du monde - et passionné par la photographie, où le sauveur n'est pas fondamentalement celui que les premières séquences laissent penser (s'il lui porte secours, c'est elle qui le guidera vers la voie d'une acceptation et d'une affirmation de ses désirs refoulés); Généus mêle spiritualité, sexualité et solidarité pour mieux dresser un portrait solaire et sensoriel d'une adversité constante comme d'une conscience meurtrie, où toute tentative d'émancipation ne peut que se trouver une route cabossée et marginale, au milieu des coups du dogme religieux et d'un capitalisme dévorant, d'un passé colonial écrasant et d'un avenir potentiellement plus instable que le présent.

Un second beau film, vibrant et puissant, tout simplement.


Jonathan Chevrier