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[CRITIQUE] : Trois Adieux


Réalisatrice : Isabel Coixet
Avec : Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatea Bellugi,...
Distributeur : Nour Films
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Italien, Espagnol.
Durée : 2h00min.

Synopsis :
Après une dispute sans importance, Marta et Antonio se séparent. Lui, chef en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux. Elle, dans son silence, commence à ressentir quelque chose de plus que de la tristesse : elle a perdu l'appétit. Quand elle découvre ce que son corps lui dit vraiment, tout prend un tour inattendu : la nourriture a meilleur goût, la musique la touche comme jamais, et le désir réveille en elle l'envie de vivre sans peur.




On avait laissé le cinéma particulièrement prolifique de la cinéaste catalane Isabel Coixet avec ce qui est, peut-être, l'un si ce n'est LE plus beau film de sa dense filmographie : Un Amor, portrait merveilleusement douloureux et anti-conventionnel d'une figure féminine à la fois incroyablement complexe, en pleine découverte d'elle-même et confrontée de force à une masculinité toxique omniprésente; personnage qu'elle ne rendait jamais aimable ni " acceptable " -  pour le spectateur comme pour sa propre communauté - dans sa manière d'exposer avec réalisme son intimité (dont le format 1,33:1, ne fait qu'accentuer l'impression d'emprisonnement de sa figure centrale).

Copyright Nour films

Une oeuvre intime gentiment jonchée à la frontière entre le drame désespéré et sensible, et le thriller psychologique, ne serait sans doute pas aussi puissant et dévastateur sans la partition intense d'une Laia Costa tout en nuances et en instinct, capable de transmettre toute la complexité de son personnage, par la simple force d'un regard.
Doux euphémisme que d'admettre que son nouveau long-métrage en date, Trois adieux, ne suscite pas la même impression, quand bien même il porte en lui une puissance qui, au-delà de ses maladresses évidentes, ne peut totalement laisser indifférent.
Une séance qui divise, moins la faute au talent certain de Coixet pour manipuler sans pathos superficiel, la moindre résonance émotionnelle que sa narration suscite, que son parti pris maladroit de vouloir modifier la structure, de rendre linéaire son matériau d'origine littéraire (le roman/recueil de nouvelles interconnectées Trois bols : Rituels pour une année de crise de feu Michela Murgia, emportée par un cancer en 2023, dont elle lisse autant la radicalité que l'ironie sensiblement mordante), au point de tomber pellicule la première (un tournage en 35mm, sa plus grande force, renforcée par la photographie organique et mélancolique de Guido Michelotti) dans la moindre facilité/piège qu'elle impose sur son chemin sensiblement conventionnel.

Copyright Nour films

Une expérience un poil redondante et pas dénuée de grosses longueurs donc, tout autant qu'elle est une douce et sensorielle symphonie en tristesse majeure d'une maturité bouleversante, aussi bien dans sa propension a savamment toucher la corde sensible sur des sujets universels (la rupture amoureuse et l'isolement qu'elle peut créer, la maladie et le désir ardent de vivre qu'elle provoque, la dureté du temps qui passe), qu'à distiller une réflexion amère et poignante sur les douleurs, invisibles comme déclamées au monde, qui bousculent, traversent nos existences.
Le tout porté par une Alba Rohrwacher absolument bouleversante, qui donne du corps et du cœur à cette idée essentielle que la maladie n'est pas tant une fatalité, qu'une opportunité (nécessité ?) à encore plus embrasser la vie tant qu'il en est encore temps.


Jonathan Chevrier