[CRITIQUE] : Resident Evil
Réalisateur : Zach Cregger
Avec : Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Zach Cherry,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur, Thriller, Science-fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h37min.
Synopsis :
Bryan, coursier médical, s'engage dans une course effrénée pour survivre, alors qu'autour de lui le monde s'enfonce dans un chaos total.
Quoiqu'on en dise, aussi turbo-débiles que pouvaient être les dérives comico-burlesques façon « i think i love my wife too much », dans lesquelles s'était enfermé Paul WS Anderson au travers de sa saga (carrière ?) Resident Evil, elles avaient au moins le mérite de tenter de divertir un minimum son auditoire, en chiant plus où moins gaiement sur toute une mythologie certes, mais en ne cherchant jamais à péter plus loin que leur caméra, trop conscientes qu'elles étaient de ne jamais pouvoir se donner les moyens d'adapter respectueusement la petite pépite de chez Capcom.
Mais, contrairement au film plus « fidèle » du tâcheron Johannes Roberts, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City, cette grosse symphonie en prout majeur savait se faire à la fois régressive ET divertissante (oui, la mère ça a du goût, ne nous demande pas comment on le sait), sans jamais trop laisser transparaître l'aspect furieusement cheap de son horreur épidémique (une menace de masse que les six films de la saga originale arrivait, même dans les aventures WTF-esque d'Alice, à retranscrire, là où le septième film se laissait bouffer par son carnage zombiesque risible dans une Raccoon City désertée ou une petite douzaine d'infectées se battent en duel).
Mais il était temps, quasiment trente ans après la sortie du premier jeu vidéo (le coup vieux dans la tranche, bordel...), de corriger le tir de deux décennies de saccage savamment organisé, en proposant une œuvre qui envoie enfin un peu de pâté et de chair nécrosée, tâche herculéene échoué à un Zach Cregger qui a méchamment la carte depuis ses excellents Barbarian/Barbare et Weapons/Évanouis (au point qu'on ne lui en voulait même pas de ne pas adapter stricto sensu l'intrigue des premiers opus vidéoludiques sur PlayStation).
Avec : Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Zach Cherry,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur, Thriller, Science-fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h37min.
Synopsis :
Bryan, coursier médical, s'engage dans une course effrénée pour survivre, alors qu'autour de lui le monde s'enfonce dans un chaos total.
Quoiqu'on en dise, aussi turbo-débiles que pouvaient être les dérives comico-burlesques façon « i think i love my wife too much », dans lesquelles s'était enfermé Paul WS Anderson au travers de sa saga (carrière ?) Resident Evil, elles avaient au moins le mérite de tenter de divertir un minimum son auditoire, en chiant plus où moins gaiement sur toute une mythologie certes, mais en ne cherchant jamais à péter plus loin que leur caméra, trop conscientes qu'elles étaient de ne jamais pouvoir se donner les moyens d'adapter respectueusement la petite pépite de chez Capcom.
Mais, contrairement au film plus « fidèle » du tâcheron Johannes Roberts, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City, cette grosse symphonie en prout majeur savait se faire à la fois régressive ET divertissante (oui, la mère ça a du goût, ne nous demande pas comment on le sait), sans jamais trop laisser transparaître l'aspect furieusement cheap de son horreur épidémique (une menace de masse que les six films de la saga originale arrivait, même dans les aventures WTF-esque d'Alice, à retranscrire, là où le septième film se laissait bouffer par son carnage zombiesque risible dans une Raccoon City désertée ou une petite douzaine d'infectées se battent en duel).
Mais il était temps, quasiment trente ans après la sortie du premier jeu vidéo (le coup vieux dans la tranche, bordel...), de corriger le tir de deux décennies de saccage savamment organisé, en proposant une œuvre qui envoie enfin un peu de pâté et de chair nécrosée, tâche herculéene échoué à un Zach Cregger qui a méchamment la carte depuis ses excellents Barbarian/Barbare et Weapons/Évanouis (au point qu'on ne lui en voulait même pas de ne pas adapter stricto sensu l'intrigue des premiers opus vidéoludiques sur PlayStation).
![]() |
| Copyright Metropolitan FilmExport |
Tellement que l'on imaginait qu'il n'aurait pas trop de peine à coller sur le cahier des charges de la saga, tous les tics de son style cinématographique, de sa déconstruction radicale des structures narratives linéaires et traditionnelles aux détours imprévisibles (une « brutalité » parfaite pour retranscrire l'expérience d'un jeu vidéo), à sa gestion clinique de l'espace et du hors-champ (qui ne pouvait être qu'à-propos pour une telle adaptation, et faire ressentir l'immédiateté du danger comme distiller une tension viscérale chez son auditoire), en passant par sa propension à jouer malicieusement avec les genres - quitte à s'en brûler un brin les ailes, parfois.
Le tout en étirant, sadiquement, sa tension jusqu'à l'extrême (avant de la laisser exploser dans une violence à la fois physique et fulgurante, même sous couvert d'une ironie mordante).
Alors certes, si tout n'est pas parfait, difficile de ne pas admettre que le bonhomme réussit amplement son pari au détour d'un solide et prenant survival-horror matiné de comédie horrifico-burlesque à l'ambiance pesante mais pas dénuée chouettes jump scares, qui transpire tout aussi bien sa patte (ses plans par-dessus l'épaule; un montage au cordeau; sa manière - peut-être ici un peu trop - de contrebalancer son horreur savoureusement gore, avec un humour complice), malgré une nuance de poids (une intrigue cette fois-ci linéaire, capturée presque en temps réel, et pas exempt de grosses facilités), qu'un retour rafraîchissant à l'esprit aux origines de la franchise (dont des clins d'œil emblématiques qui ne franchissent jamais la limite du fan service poli), flanqué cela dit aux basques d'un PNJ largué/personnage ordinaire et désespérément humain - un coursier médical un brin dans la déche devant livrer un colis de nuit dans une Raccoon City labyrinthique as hell - appelé à subir l'horreur et non la combattre (un excellent Austin Abrams, habitué des zombies via The Walking Dead).
Roller coaster constamment rythmé et stimulant tant il sait jouer avec créativité et sadisme sur l'angoisse de son auditoire (un solide boulot sur la lumière et les ombres du DOP Dariusz Wolski, malgré des effets numériques pas toujours heureux, dommage pour son bestiaire vraiment chouette), autant que sur la structure vidéoludique de son intrigue (passant - littéralement - d'un niveau à l'autre, sur à peine plus de 90 minutes de bobines), quand bien même sa légèreté marquée fait perdre à sa violence une bonne partie de son impact - comme sa surenchère sanglante -, Resident Evil sauce Cregger, à la révérence évidente au quatrième jeu (comme aux Evil Dead de Sam Raimi), arrive sans peine à supplanter toute la concurrence sans pour autant incarner l'adaptation ultime tant attendue.
Mais on s'en rapproche quand-même pas mal...
Jonathan Chevrier
Jonathan Chevrier
![]() |
| Copyright Metropolitan FilmExport |
Il aura fallu huit tentatives et vingt-cinq ans d'échecs plus ou moins honorables pour que quelqu'un comprenne enfin ce qui fait la substance de Resident Evil au cinéma. Ce quelqu'un s'appelle Zach Cregger, et sa genèse mérite qu'on s'y attarde tant elle dit tout de la réussite du film. Contrairement à l'usage hollywoodien classique où un studio vient chercher un réalisateur pour un projet IP, c'est Cregger lui-même, fan absolu des jeux Capcom depuis l'enfance, qui est allé frapper à la porte des ayants droit pour leur vendre son idée. Pas de remake du premier jeu, pas de Chris Redfield ni de Jill Valentine recyclés : une histoire entièrement originale, jamais vue dans les jeux, mais pensée pour restituer très exactement la sensation de jouer à Resident Evil plutôt que de raconter son histoire. C'est toute la différence, et c'est ce qui change tout.
Car voilà bien le tour de force du film : ce n'est pas une bonne adaptation du jeu vidéo, au sens où l'on n'y retrouve ni son scénario, ni ses personnages iconiques, ni même son architecture narrative précise. C'est en revanche une réappropriation absolument brillante de ce que le jeu procure comme sensations. Cregger ne filme pas Resident Evil, il filme ce que ça fait de jouer à Resident Evil : cette tension permanente du couloir qu'on n'ose pas emprunter, cette gestion anxiogène des ressources, cette solitude organique face à une menace qui ne raisonne pas. En cela, le geste est bien plus fin et bien plus respectueux du matériau d'origine que n'importe quelle transposition littérale aurait pu l'être.
La photographie, signée Dariusz Wolski, est tout simplement sidérante. Chaque plan semble pensé pour capter cette obscurité poisseuse et ces éclairages chirurgicaux qui ont fait la patte visuelle de la franchise vidéoludique, sans jamais tomber dans le pastiche esthétique facile. Les jeux de clair-obscur, les torches qui balaient des couloirs trop longs, les silhouettes qui se dessinent à peine dans le hors-champ : tout cela compose une image d'une élégance rare pour un film d'horreur grand public. On sent un vrai souci de composition à chaque image, loin du tout-venant esthétique du genre.
![]() |
| Copyright Metropolitan FilmExport |
Et puis il y a la mise en scène, où Cregger déploie des idées formelles qui feront date. Certaines séquences sont de véritables plans "jeu vidéo" assumés : la caméra colle littéralement à l'épaule du personnage principal comme un plan à la troisième personne, restitue le format d'un inventaire qui se vide, ou installe une tension purement spatiale digne d'un die and retry vidéoludique, où chaque recoin de décor devient un enjeu de survie lisible instantanément. C'est audacieux, ça pourrait sonner comme un gadget référentiel, et pourtant ça fonctionne à chaque fois parce que ce n'est jamais gratuit : la forme sert systématiquement l'angoisse plutôt que le clin d'œil.
Sur ce terrain miné, il fallait un acteur capable de porter le film sur ses épaules sans jamais paraître transparent, et Austin Abrams est tout simplement épatant. Son personnage de coursier médical malchanceux, jeté dans l'apocalypse malgré lui, aurait pu n'être qu'un faire-valoir anonyme façon "avatar de joueur". Abrams en fait un vrai personnage, maladroit, terrifié, souvent hilarant malgré lui, et pourtant profondément attachant. Sa gestion du rythme comique et de la terreur pure, souvent dans la même scène, relève d'une précision d'acteur qu'on ne voit pas si souvent dans le cinéma de genre.
Faut-il pour autant crier au chef-d'œuvre absolu ? Sur le papier oui, dans les faits, un bémol me chiffonne : l'humour, omniprésent, prend parfois le pas sur les frissons. Cregger vient de la comédie et ça se sent, y compris dans ses horreurs les plus réussies comme Barbare ou Évanouis. Ici, le dosage penche un peu trop du côté du rire complice avec le spectateur, quand le matériau d'origine, lui, cultivait justement une angoisse sèche, presque austère, où chaque munition comptait et où le silence pesait plus que n'importe quelle réplique. Pour quelqu'un qui cherche à retrouver la peur froide et lente du jeu vidéo, cette légèreté peut sonner comme une occasion manquée de creuser encore plus profond dans la terreur.
Mais ce reproche, aussi sincère soit-il, ne doit pas éclipser l'essentiel : ce Resident Evil est un vrai moment de cinéma. Un film qui ose une vision d'auteur sur une licence qu'on croyait condamnée aux resucées sans âme, porté par une mise en scène inventive, une photographie somptueuse et une interprétation généreuse. On peut regretter que les frissons cèdent parfois le pas au rire, mais on ressort de la salle avec la certitude d'avoir vu quelque chose de neuf, de personnel, et surtout de profondément amoureux du médium qu'il transpose. Cregger n'a pas fait le film que les fans attendaient depuis vingt-cinq ans. Il a fait mieux : le film qu'ils ne savaient pas qu'ils voulaient.
Jess Slash'her





.jpg)






