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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Collateral


Réalisateur : Michael Mann
Avec : Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett Smith, Mark Ruffalo, Javier Bardem,...
Distributeur : La Filmothèque Distribution (ex Ciné Sorbonne)
Budget : -
Genre : Drame, Policier, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h00min.

Date de sortie : 29 septembre 2004
Date de ressortie : 23 septembre 2026

Synopsis :
Max est taxi de nuit à Los Angeles. Un soir, il se lie d'amitié avec une dénommée Annie Farrell, une belle femme procureur montée à l'arrière de son véhicule. Quelques minutes plus tard, c'est au tour d'un homme prénommé Vincent de monter dans le taxi. Un businessman, selon toute apparence, avec un emploi du temps chargé : pas moins de cinq rendez-vous à tenir dans la nuit. Max accepte de lui louer ses services jusqu'au petit matin, en échange de 600 dollars.
Premier arrêt. Vincent entre dans un immeuble. Un coup de feu éclate aussitôt, un corps plonge dans le vide, s'écrasant sur le toit du taxi. Vincent redescend et, sous la menace de son arme, oblige Max à dissimuler le cadavre dans le coffre et à reprendre son mortel périple.
Un chauffeur de taxi, un tueur implacable, cinq "cibles" à éliminer, des agents des stups et une équipe du FBI... Leurs destins se joueront cette nuit...




Si l'on a une tendance assez marquée à qualifier Michael Mann de tous les superlatifs possibles - et amplement mérités -, lui qui fait partie d'une petite élite de cinéastes que l'on peut pleinement considérer comme des artistes à part entière, c'est avant tout et surtout parce que le bonhomme pense ses films comme de véritables expériences à part entière, dans lesquelles le spectateur peut voyager à sa guise encore et encore, parce que la moindre image, le moindre plan est façonné avec une intention, un but bien précis; chaque thème est développé, élevé à un niveau que rares sont capables d'atteindre.
Un film de Michael Mann, qu'on le considère supérieur où inférieur à un autre, dans un jeu des comparaisons parfois stupide - voire stérile - mais surtout affreusement putassiers (on a le droit d'avoir tort) n'est, de toute manière, pas un film comme les autres.

Et, plus encore que le monumental Heat, Collateral est sans l'ombre d'un doute le drame urbain sauce néo-noir ultime de Mann, immense maître conteur contemporain d'une Los Angeles qui n'a jamais paru aussi crepusculaire que devant sa caméra (à l'instar de Scorsese pour New-York), lui qui n'a jamais eu peur d'user de ses paysages dissemblables comme de ses lumières vives, comme toile de fond de ses tableaux de maître, et qui se fait ici (fruit d'un tournage en numérique avec la Viper FilmStream) la parfaite expression du tumulte intérieur de ses personnages titres, une vision des enfers granuleuse et organique niché au coeur d'un jeu du chat et de la souris nocturne à la tension irrespirable (dominé par un splendide tandem Tom Cruise - en parfait contre-emploi - et Jamie Foxx).

Copyright United International Pictures (UIP)

Une oeuvre flamboyante dont l'ouverture sert presque de profession de foi dans sa manière d'introduire simplement les enjeux comme les personnages essentiels de son histoire, lui qui tire d'ailleurs sans esbrouffe toute la quintessence d'une intrigue qui ne dépasse jamais réellement les limites de la série B de luxe (Vincent, un tueur à gages, oblige Max, un chauffeur de taxi désabusé de LA, à le conduire toute une nuit à travers la ville, pour qu'il assassine cinq témoins fédéraux appelés à témoigner contre un baron de la drogue), pour voguer vers une exploration crue de la nature humaine au détour de deux âmes dissemblables et que tout oppose (Vincent, un tueur de sang-froid et sans cœur qui ne cherche aucune rédemption, qui vit comme si chaque jour était le dernier; Max, un chauffeur de taxi qui est coincé dans un quotidien frustrant et qui court/roule après un avenir qui n'a rien de réalisable), dont chaque joute verbale dans la carcasse d'un taxi de plus en plus étriqué (entre le confessionnal ambulant et le purgatoire anxiogène, théâtre grandiose pour l'opposition entre le nihilisme absolu et l'immobilisme tragique), impose une nouvelle strate d'analyse psychologique mutuelle autant qu'elles fondent les pièces essentielles, fondatrices de la douloureuse odyssée initiaque d'un homme mis à l'épreuve de vivre sa vie et de ne plus la subir.

Un homme confronté de plein fouet à l'imposture de son quotidien, qui fuit la réalité par l'illusion d'un lendemain meilleur mais qui va devoir embrasser l'audace de ne plus laisser son existence s'évaporer au moment même où elle est en passe de définitivement lui échapper, poussé dans ses ultimes retranchements par une figure inflexible qui va le faire « revenir à la raison », lui faire prendre conscience du mensonge dans lequel il se réfugie consciemment; un ange du chaos et de la fatalité qui va l'aider à « renaître » quitte à lui faire commettre l'impensable (vital pour vainvee définitivement sa propre passivité) pour avoir une chance d'apercevoir les premières lueurs du jour.

Copyright United International Pictures (UIP)

Itinéraire de la déconnexion totale de l'humanité dans les mégapoles modernes, où l'homme est littéralement un loup pour l'homme, bouffée par le nihilisme et l'aliénation d'une société moderne aussi indifférente que toxique où tout va beaucoup trop vite, Collateral est un diamant noir brut et électrisant au final aussi incroyablement cynique qu'évocateur (l'anecdote que Vincent utilisait pour légitimer ses actes, se retourne pleinement contre lui, alors que Max improvise ses tirs avec l'énergie du désespoir et un instinct de survie exacerbé, pour lui échapper) : si dans l'espace, personne ne vous entends crier, dans le monde d'aujourd'hui, personne ne remarquera votre mort...


Jonathan Chevrier