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[CRITIQUE] : La Ligne Bleue



Réalisateur : Marie Dumora
Avec : -
Distributeur : Dulac Distribution
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français, Allemand.
Durée : 2h04min.

Synopsis :
Là-haut, à huit-cents mètres d’altitude, dans la vallée de la Bruche, à Natzwiller, des hommes et des femmes vivaient du tissage, de la culture de l’orge et du seigle, jusqu’à ce que les nazis viennent y construire le camp de concentration du Struthof. Aujourd’hui encore, les hommes et la montagne portent les traces de ces blessures, les strates de cette mémoire meurtrie. Dans chaque maison, dort une histoire. Là-haut, à travers les fenêtres des derniers témoins, le film explore une topographie des lieux, une cartographie des mémoires, autant qu’il raconte une humanité.




Dans un océan de sorties où il est difficile de ne pas crouler sous les vagues incessantes des propositions diverses et variées (dont la quasi-intégralité, sont elles-mêmes menacées d'être écrasé sous le poids des plus imposantes d'entre-elles), quelques productions arrivent néanmoins à se démarquer et à titiller plus que les autres, notre intérêt.

Notamment du côté d'un giron du documentaire trop rarement mis en avant (tout du moins, par les cinéphiles les moins avertis), là où il recèle souvent, pourtant, ce que notre production a de plus beau et passionnant à mirer : comme le nouvel effort en date d'une Marie Dumora que l'on avait laissé avec le très beau Loin de vous j'ai grandi, au lendemain d'un double confinement post-Covid-19 (odyssée familiale morcelée au coeur de la vallée de la Bruche, en Alsace, où elle confondait la vérité de l'histoire difficile et pleine de heurts d'une famille de yéniche sur plusieurs générations, avec la beauté d'un territoire portant sa propre histoire complexe et meurtrie).

Copyright Dulac Distribution

Soit La Ligne bleue, toujours flanqué de ses tics de mise en scène (un seul objectif, le 50 mm, au plus près des corps) comme dans son cadre fétiche qu'elle lie aux existences de ceux qui l'habite, et où elle exhume encore un peu plus les traumatismes d'un passé - méconnu du grand public - sous l’Occupation nazie : le camp de concentration du Natzweiler-Struthof (seul camp de concentration établi par les nazis sur le territoire français - ici l'Alsace annexée, dont la population fut contrainte aux travaux forcés de sa construction -, devenu un lieu d'exécution pour les condamnations à mort prononcées par les tribunaux nazis d'Alsace-Moselle et du Bade-Wurtemberg), à travers une exploration documentée des mémoires vivantes (comme des lieux) et hantées, qui tentent de cicatriser les plaies d'une violence insoutenable au même titre qu'une nature qui a lentement mais sûrement, repris ses droits sur l'intoxication de l'homme.

En résulte un documentaire singulier un poil prisonnier de son parti pris de mise en scène - comme de sa durée - mais riche en témoignages et en histoire, un devoir de mémoire où le dialogue dresse un pont culturel et humain entre passé et présent, entre vie et trépas, dans une démarche brute, émouvante et digne.


Jonathan Chevrier