[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #159. Dobermann
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Nous sommes tous un peu nostalgiques de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars. Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se baladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leur mot à dire... Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 80's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération. Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pilule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !
#159. Dobermann de Jan Kounen (1997)
Revoir Dobermann aujourd’hui, c’est se prendre en pleine figure un concentré de violence, de style et de nihilisme qui n’a rien perdu de son pouvoir de sidération. Sorti en 1997 et réalisé par Jan Kounen, le film avait à l’époque choqué, divisé, parfois scandalisé. Presque trente ans plus tard, il apparaît comme une œuvre toujours aussi excessive, mais surtout comme un manifeste brut du cinéma de genre français, rarement égalé depuis.
Dès les premières minutes, Dobermann impose son rythme et son ton : montage frénétique, voix off ironique, personnages plus grands que nature. Vincent Cassel y incarne Dobermann, braqueur muet et charismatique, figure quasi mythologique de la transgression. Autour de lui gravite une bande de marginaux flamboyants, caricaturaux au sens noble du terme, chacun incarnant une pulsion : la violence, la sexualité, la trahison, la loyauté absolue.
Ce qui frappe lors d’un revisionnage contemporain, c’est la modernité formelle du film. La caméra de Kounen est constamment en mouvement, agressive, inventive. Les ralentis, les accélérations, les cadrages extrêmes et l’usage quasi expérimental du son participent à une expérience sensorielle totale. La bande originale, mélange d’électro, de rock et de beats industriels, agit comme un carburant narratif, accentuant la sensation d’urgence permanente.
Mais Dobermann n’est pas qu’un exercice de style. Derrière sa violence outrancière se cache une satire féroce de la société, des médias et de l’autorité. Le film expose un monde où tout est spectacle, où la mort elle-même devient une image consommable. À ce titre, il résonne peut-être encore plus fortement aujourd’hui, à l’ère de la viralité et de la fascination pour l’extrême.
Revu aujourd’hui, Dobermann apparaît comme un cri de rage cinématographique, un film libre, sale, dangereux, qui rappelle qu’un cinéma français sans concessions a existé, et peut encore exister. Une œuvre imparfaite, mais furieusement vivante.






