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[CRITIQUE] : Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens


Réalisatrice : Claire Simon
Acteurs : -
Distributeur : Survivance
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h30min.

Synopsis :
Figure majeure de la littérature contemporaine et première écrivaine française à recevoir le Nobel, Annie Ernaux incarne pour beaucoup l’émancipation individuelle et collective, mêlant l’intime à l’universel. Claire Simon lui consacre un portrait détourné en donnant la parole aux élèves, à une jeunesse des quatre coins de la France, de Cayenne à Sarcelles. Comment la jeunesse d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs, s’empare-t-elle des écrits d’Annie Ernaux. Qu’est-ce que cette jeunesse a à nous dire en retour de son propre vécu ?




Passé le magnifique Notre Corps, plongée foisonnante et Wisemannienne dans les vérités du service de gynécologie de l'hôpital Tenon, ou les témoignages intimes devenaient universelles et même méta - avec une transparence incroyable et émouvante -, muée par la volonté de filmer la vérité parfois abrupte et cruelle, du corps féminin, en rejetant toute idée de sexualisation putassière; on avait laissé le cinéma précieux - dans le bon sens du terme - de Claire Simon avec Apprendre, une énième confrontation à l'institution scolaire façon écho à son excellent Récréations, un (tout) doux petit bout de cinéma qui était nourrit par les interactions et l'imaginaire de jeunes enfants, où la lentille observationnelle de la cinéaste se faisaitt pourtant tout autant immersive, en plaçant les élèves au centre des débats pour mieux capturer toutes les nuances et les différences liées au processus d'apprentissage, tout en distillant en filigranes quelques thématiques essentielles (l'importance de la culture dans le programme scolaire, les rapports de classe,...).

Copyright Survivance

Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens est sensiblement fait de la même pellicule mais avec une douceur évidemment un poil moins prégnante, dans sa manière de transcender les limites du « cinéma direct » à travers un dialogue passionnant avec des lycéens et des lycéennes, lancés à la rencontre de l'oeuvre dense et exigeante de l'auteure (où elle remet, avec une crudité nécessaire, les limites anxiogènes du patriarcat et de sa violence exacerbée : banalisation du viol, criminalisation de l'avortement,...) et à qui elle donne sans réserve la parole (chacun établissant des liens entre sa vie et leurs propres expériences, dans cette appropriation littéraire nourissant une pensée plus large et existentielle, sur le monde), une sincérité de ton qui fait écho à l'écriture elle-même franche et sans fioritures d'Ernaux.

Si le dispositif peut paraître redondant de prime abord (passer d'une classe à une autre), toute la saveur du cinéma de Simon est là : une approche observationnelle et immersive, une ouverture constante de la parole (brute, spontanée) et des tons dans un tempo presque jazzy, pour mieux saisir la vérité du réel et accoucher aussi bien d'une analyse puissante sur l'importance intemporelle de la littérature, qu'une célébration essentielle de l'œuvre d'Annie Ernaux et de l'importance cruciale de l'éducation dans l'apprentissage d'un esprit critique et réflexif.
On ne mérite pas Claire Simon...


Jonathan Chevrier