Anaïs

[CRITIQUE] : Caniba

 

Réalisateur : Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor
Acteurs : Issei Sagawa.
Distributeur : Norte Distribution.
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Francais.
Durée : 1h30min.

Synopsis :
En 1981, Issei Sagawa, alors étudiant à Paris, défraya la chronique après qu’il ait - littéralement - dévoré le corps d’une de ses camarades de la Sorbonne. Affaibli par la maladie, il habite désormais avec son frère, Jun, qui prend soin de lui. Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor, cinéastes et anthropologues, sont partis à leur rencontre. Caniba est le fruit de ce face à face remarquable.



Critique :

Rencontre déroutante avec Issei Sagawa, japonais tristement célèbre pour avoir assassiné puis mangé Renée Hartevelt à Paris en 1981. A la lisière entre l'entretien cabalistique et l'observation anthropologique, Caniba explore les pulsions, le mal et leur périphérie avec si ce n'est une neutralité, en tout cas une absence de point de vue aussi passionnante que désarmante. Les scènes se succèdent de manière faussement désordonnée et peuvent paraître au premier abord sans queue ni tête et pour cause, le fil conducteur n'est autre que – précisément – l'incompréhension. C'est au spectateur qu'il appartient de se faire son idée, de trouver du sens dans les bredouillements vertigineux du cannibale. A mesure que l'on rassemble les pièces du puzzle (son activité professionnelle en tant qu'acteur porno, son fétichisme pour la chair et la scatologie ou encore sa passion pour Disney), il apparaît clair que l'objectif des deux réalisateurs n'est finalement pas de brosser le portrait d'Issei Sagawa mais de le déconstruire, de le disséquer même pour mieux toucher du doigt ce qui subsiste derrière la figure de monstre.


Cette exégèse du mal passe par une captation dévorante de l'image qui permet de souligner aussi bien les aspérités du visage d'Issei Sagawa que celles de son âme. Les interlocuteurs sont filmés quasi continuellement et jusqu'à l’écœurement en gros plan, comme dévolus à notre œil, microscope implacable à la recherche d'un soupçon d'humanité. Les séquences de mastication de biscuits se révèlent être – paradoxalement – les plus éprouvantes pour la violence implicite qu'elles induisent : on est rebuté d'être aussi près. Rebuté par son appétit. Rebuté par cette cavité qui fait office d'arme. Mais ce procédé, qui s'étend pendant 1h30 et se double d'un flou indigeste, finit malheureusement par épuiser ou en tout cas littéralement asphyxier.


La rigidité visuelle écharde donc le documentaire de Verena Paravel et Lucien Casting-Taylor qui ne parvient pas à muer au gré des problématiques soulevées et notamment celles pourtant passionnantes de la dualité et de l'altérité. Tous deux filment en effet également son frère Jun, adepte lui de la scarification, et s'il semble au départ secondaire, il est finalement presque plus troublant : persuadé qu'il est de ne pas souffrir la comparaison, presque rassuré sur ses propres névroses du fait de celles, actées, de son frère, avec pour apogée la consultation du manga dans lequel Issei Sagawa relate son crime de A à Z et où Jun ne cesse de clamer leur différence intrinsèque comme pour s'en convaincre. Il aurait donc été intéressant d'approfondir cette dynamique, ce goût de l'autre – sans mauvais jeu de mots – et l'obsession de cette fratrie, entre rejet et possession, pour la recherche d'une altérité qui les consumerait tout entier.


Anaïs


Anaïs

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