Bill Murray

[CRITIQUE] : Monuments Men

 

Réalisateur : George Clooney
Acteurs : George Clooney, Matt Damon, Cate Blanchett, John Goodman, Jean Dujardin, Bill Murray, Bob Ballaban,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : 70 000 000 $
Genre : Historique, Aventure, Guerre.
Nationalité : Américain, Allemand.
Durée : 1h42min.

Synopsis :
La plus grande chasse au trésor du XXe siècle est une histoire vraie. Monuments Men est inspiré de ce qui s’est réellement passé.
En pleine Seconde Guerre mondiale, sept hommes qui sont tout sauf des soldats – des directeurs et des conservateurs de musées, des artistes, des architectes, et des historiens d’art – se jettent au cœur du conflit pour aller sauver des œuvres d’art volées par les nazis et les restituer à leurs propriétaires légitimes. Mais ces trésors sont cachés en plein territoire ennemi, et leurs chances de réussir sont infimes. Pour tenter d’empêcher la destruction de mille ans d’art et de culture, ces Monuments Men vont se lancer dans une incroyable course contre la montre, en risquant leur vie pour protéger et défendre les plus précieux trésors artistiques de l’humanité…


Critique :

 Après une carrière de réalisateur alignant le bon (Confession d'un Homme Dangereux, Good Night and Good Luck) comme le moins bon (Jeux de Dupes), ce cher vieux George Clooney - héritier désiré et assumé de Capra et dont le cinéma se veut garant d'un certain age d'or Hollywoodien -, nous revient donc en ce début d'année 2014 avec un sujet cinq étoiles, qui fleurait salement l'oscar à plein nez, Monuments Men.

Ou l'adaptation de l'essai éponyme signé Robert M. Edsel et Bret Witter, inspiré d'un fait historique méconnu, une authentique chasse au trésor à travers l'Europe de la part de spécialistes en conservation et en restauration d’œuvres d'art, pour retrouver et récupérer les toiles et autres sculptures et objets d'art volées par les nazis, mais également protéger celles qui ont pu être épargnées.

La bande profitant même de l'avancée des Alliés, pour localiser les objets précieux afin de les subtiliser et de les rendre à leurs propriétaires...
Soit un pitch salement fascinant et passionnant sur le papier - purement cinématographique même tant l'histoire parait folle -, sur un combat jusqu'alors jamais mis en image puisque le septième art s'étant toujours bien plus focaliser sur les exploits militaires sur le front, que sur ceux réalisés un peu plus dans l'ombre.



Un hommage marqué donc pour des héros à part entière, et qui laissait présager un drame historique dans les plus belles lettres de l'art entre les mains du papa de Good Night and Good Luck, sauf qu'à l'arrivée, Monuments Men est à des années lumières de répondre à toutes les attentes de cinéphiles que le projet suscitait depuis les prémisses de sa production.
Douloureusement bancal mais foutrement nécessaire à la fois, joliment stylé et désinvolte mais un peu trop classieux et poli, manquant cruellement de punch, de muscle et de suspens là ou l'action est sans cesse désarmé par l'humour, le film se tire constamment dans le pied tant il se cherche complétement de tout son long.

Après une mise en place de l'intrigue et de la présentation des personnages assez efficace même si un poil convenue - avec une constitution d'équipe aussi improbable que haute en couleur -, force est d'admettre que le récit s'affaiblit très vite et devient même de plus en plus... lourd.
La faute à une voix-off redondante, à la dispersion hâtive des personnages avant même que l'on ait le temps de pouvoir pleinement s'identifier à eux, mais surtout à une complexité inutile dans la planification des opérations de recherche des héros, souvent très (trop) bavarde.

Patriotique (des non-soldats US qui participent à la guerre et qui rendent les œuvres volées par les Nazis après la victoire militaire, si ça ça flatte par l'Oncle Sam...) sans pour autant démontrer le moindre engagement politique - même si il critique ouvertement l'avidité de nos gouvernements, plus attirés par l'or et l'argent que la richesse culturelle -, là ou justement ses précédents longs en tiraient leurs plus grandes forces, parcourut par des héros impuissants et peu badass (difficile de tirer la pierre de ce côté-là, dès le départ il est connu que ces hommes sont peu rompus au combat), la péloche n'arrive pleinement à convaincre que dans ses nombreux runnings gags savoureux et sa sa louable volonté d'adoucir par l'humour et une violence édulcorée, un sujet aussi grave.


Voulant donner la part belle à ses personnages - pas assez développés dans la généralité - plus qu'à son intrigue, d’où une impression constante de faire face à une succession de sketchs plus ou moins bien agencés, ou le génial Matt Damon et la sublime et toujours juste Cate Blanchett, semblent les plus lésés, le George récolte les fruits de sa narration brouillonne, mélange entre une mauvaise gestion des sous-intrigue, un manque constant de constructivité, ainsi que d'un thème centrale dans le fond à peine effleuré.

Dommage, car outre une mise en scène classique, sans grand relief mais maitrisée, côté seconds-rôles d'exceptions, on a droit ici à un festival du bon gout, notamment grâce à un Bill Murray constamment des grands jours (même quand il est sous-employé !), associé aux inestimables Bob Balaban et John Goodman, qui sauvent grandement une composition en demie-teinte d'un Jean Dujardin salement en surjeu et bourrés des clichés typiques du frenchy à Hollywood.
Clooney quand à lui, digne d'un Clark Gable, est impeccable dans la peau du leader Frank Stokes, un passionné acharné dans sa quête de protection des œuvres d'art, éprit par une motivation complètement à contre-courant de celle des autres hommes en tant de guerre.

Profondément didactique jusque dans sa b.o purement fonctionnelle (signé par le pourtant excellent Alexandre Desplat, définitivement dans un jour sans), malheureusement déséquilibré puisqu'il est coincé le cul entre deux chaises, voulant autant loucher sur la comédie parodique entre potes sauce M.A.S.H./La 7eme Compagnie - ce qu'il est vraiment, dans un certain sens - et le grand film de guerre dramatique type Il Faut Sauver le Soldat Ryan - qu'il rêve d'incarner sans ne jamais vraiment s'en donner les moyens -, plombé par une morale honnête mais problématique - préserver l'art c'est préserver la civilisation et l'humanité même si personne ne devrait mourir pour un tableau -, Monuments Men, film d'aventure correct mais dénué de toute audace et d'esprit épique, qui cherche durant près de deux heures à rallier le spectateur à sa cause, quitte à justement, le perdre en cours de route et à le décevoir au final.


Ou le genre de film quasi propagande et bourrés de clichés, que l'on aimerait pouvoir soutenir plus pour de nombreuses raisons - notamment pour son casting à tomber qui vaut à lui seul le prix du billet (et avouons également quand même, que certaines scènes sont de purs moments de cinéma) -, mais qui se borne à ne pas vouloir être plus qu'un simple divertissement poussif, hésitant entre plusieurs tons et genres au point de paraître presque artificiel.

N'empêche, il est vrai qu'on ne pourra nullement reprocher à George Clooney pour son premier blockbuster, d'avoir voulu fédérer en masse les cinéphiles et tenir à la fois son sujet jusqu'à sa dernière pellicule, coûte que coûte...

Mais une chose est sure, pour la prochaine chasse au trésor en pleine Seconde Guerre Mondiale sur grand écran, on ne conseillera que trop bien à Hollywood de convoquer à la tache ce bon vieux Indy, bien plus à l'aise pour mener à bien ce genre de mission...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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