Breaking News

[CRITIQUE] : L'Arabe


Réalisateur : Malek Bensmail
Acteurs : Ahmed Benaissa, Hiam Abbass, Nabil Asli,...
Distributeur : Les Films des Deux Rives
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Algérien, Belge, Suisse, Saoudien.
Durée : 1h46min.

Synopsis :
Dans l’Algérie des années de plomb, sur fond de décennie noire, Kamel, jeune journaliste, tente de faire émerger une parole enfouie. C’est à Oran qu’il rencontre Haroun, un retraité solitaire, qui lui livre une histoire sidérante : il serait le frère de « l’Arabe » assassiné dans L’Étranger d’Albert Camus. Cet Arabe, dont le nom effacé était Moussa, devient alors le point de départ d’une relecture de l’Histoire, entre mémoire coloniale, silences familiaux et violence politique.




Encore fraîchement ancré dans la mémoire des cinéphiles, suite à l'adaptation plutôt emballante qu'en a fait François Ozon l'an dernier (un film de couleurs et de sensations façon plongée sensuelle, épurée et sans émotion - dans tous les sans du terme - dans un monde qui en est radicalement dénué), le mythe littéraire L'Étranger d'Albert Camus revient sur le devant de la scène d'une manière à peine détournée : une libre adaptation du roman Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud par le documentariste Malek Bensmaïl (dont c'est le premier long-métrage de fiction), relecture postcoloniale visant à donner un nom comme une identité à la victime tragiquement anonyme du meurtre absurde, gratuit dépouillé de tout contexte, de Mersault dans le roman original.

Copyright Films des deux rives

Une réparation partielle doublée d'une relecture historique donc, capturées à travers un prisme original, scindé sur trois époques bien distinctes (la Seconde Guerre mondiale, les 60s et l’Algérie des années de plomb) : sur la relation qui se noue à Oran entre un jeune journaliste de terrain, qui réalise des reportages en pleine escalade des violences de la guerre civile - que l'on surnommera « la décennie noire » -, et un retraité solitaire qui serait le frère de « l’Arabe » assassiné dans le livre de Camus.
La révélation d'une identité effacée par la littérature, entre mémoire coloniale, silences familiaux et violence politique (ou les vies volées sont légion), qui s'articule moins sur un sentiment de colère contenue et légitime face à l'injustice, que sur une résilience douloureuse confrontée à un deuil insondable, au plus près d'une famille traumatisée (dont une formidable figure maternelle, qui porte viscéralement dans sa chair le fardeau de la folie absurde des hommes) dont le dialogue s'étend sur plus de cinq décennies et s'avère intimement lié aux maux d'une Algérie troublée.
Ou comment user d'une reconstruction fictionnelle pour interroger frontalement la vérité - pas uniquement historique -, ou comment user de l'autorité discursive du conteur, pour renverser le point de vue originel d'une histoire, la transformer à travers une voix jusqu'ici réduite au silence.

Copyright Films des deux rives

Un parti pris fort que la narration peine malheureusement à pleinement contenir, la faute à une alternance un poil confuse entre les différentes époques, un traitement peut-être trop en surface de ses contours politiques et à un didactisme un poil prononcé, que supplante cela dit juste ce qu'il faut une photographie léchée de Lionel Jan Kerguistel et Gilles Porte, comme une partition enflammée du tandem feu Ahmed Benaïssa et Hiam Abbass.
Un effort perfectible donc mais prenant et aux pistes fascinantes.


Jonathan Chevrier