[SƎANCES FANTASTIQUES] : #150. In Time
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| Copyright Twentieth Century Fox France |
Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
In Time, distribué en France sous le titre Time Out, est l'une des œuvres de science-fiction les plus intelligemment conçues et les plus politiquement audacieuses du cinéma américain des années 2010. Réalisé par Andrew Niccol, cinéaste néo-zélandais dont le nom est indissociable de quelques-unes des propositions de science-fiction les plus originales et les plus exigeantes de sa génération dont Bienvenue à Gattaca. Également scénariste de The Truman Show, il confirme avec Time Out sa vision du monde cohérente et personnelle, celle d'un cinéaste qui utilise systématiquement la science-fiction comme loupe critique pour examiner les mécanismes les plus profonds et les plus inquiétants de nos sociétés contemporaines.
La genèse du projet s'inscrit dans la continuité naturelle des obsessions thématiques de Niccol. Après Gattaca, qui explorait la discrimination génétique dans une société d'eugénisme triomphant, et Lord of War, portrait glaçant du commerce des armes, Niccol développe une idée d'une simplicité et d'une efficacité conceptuelle foudroyantes : et si le temps remplaçait l'argent comme monnaie universelle ? Dans ce futur proche, le vieillissement génétique de l'humanité a été stoppé à vingt-cinq ans. Chaque individu dispose d'un compteur biologique lumineux incrusté dans son avant-bras, affichant le temps qu'il lui reste à vivre. Les riches accumulent des siècles, les pauvres survivent au jour le jour, courant littéralement contre la mort. Cette métaphore du capitalisme et de l'inégalité économique est d'une limpidité et d'une puissance rhétoriques remarquables. Niccol ne cherche pas à dissimuler son propos derrière des artifices narratifs mais à le rendre visible et immédiatement compréhensible, avec la clarté d'une démonstration mathématique. Le scénario, entièrement original et écrit par Niccol seul, est un modèle de construction conceptuelle, chaque implication du postulat de départ est explorée avec une cohérence et une inventivité qui témoignent d'un vrai travail de pensée et d'imagination.
La genèse du projet s'inscrit dans la continuité naturelle des obsessions thématiques de Niccol. Après Gattaca, qui explorait la discrimination génétique dans une société d'eugénisme triomphant, et Lord of War, portrait glaçant du commerce des armes, Niccol développe une idée d'une simplicité et d'une efficacité conceptuelle foudroyantes : et si le temps remplaçait l'argent comme monnaie universelle ? Dans ce futur proche, le vieillissement génétique de l'humanité a été stoppé à vingt-cinq ans. Chaque individu dispose d'un compteur biologique lumineux incrusté dans son avant-bras, affichant le temps qu'il lui reste à vivre. Les riches accumulent des siècles, les pauvres survivent au jour le jour, courant littéralement contre la mort. Cette métaphore du capitalisme et de l'inégalité économique est d'une limpidité et d'une puissance rhétoriques remarquables. Niccol ne cherche pas à dissimuler son propos derrière des artifices narratifs mais à le rendre visible et immédiatement compréhensible, avec la clarté d'une démonstration mathématique. Le scénario, entièrement original et écrit par Niccol seul, est un modèle de construction conceptuelle, chaque implication du postulat de départ est explorée avec une cohérence et une inventivité qui témoignent d'un vrai travail de pensée et d'imagination.
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Justin Timberlake incarne Will Salas, jeune homme des quartiers pauvres qui se retrouve soudainement en possession d'un siècle de temps offert par un homme mystérieux las de vivre, et qui décide d'utiliser cette richesse inattendue pour défier le système. Timberlake, dont la carrière cinématographique avait déjà révélé un talent d'acteur réel dans The Social Network de Fincher, confirme ici une présence et une crédibilité à l'écran qui dépassent largement son image de star de la pop. Il apporte à Will une énergie, une spontanéité et une chaleur humaine qui rendent le personnage immédiatement sympathique et engageant, sans jamais tomber dans la facilité du héros monolithique. Amanda Seyfried, dans le rôle de Sylvia Weis, fille d'un richissime banquier qui devient la partenaire de Will dans sa rébellion contre le système, est d'une présence remarquable et son personnage, qui passe de la passivité dorée de la privilégiée à l'engagement actif de la rebelle, est traité avec une subtilité et une cohérence psychologique qui en font bien plus qu'un simple faire-valoir. La complicité entre les deux acteurs fonctionne avec naturel et chaleur qui donnent au film une dimension romantique sincère et convaincante. Cillian Murphy, dans le rôle du Timekeeper, sorte d'agent fédéral chargé de maintenir l'ordre temporel, compose un antagoniste d'une ambiguïté et d'une humanité précieuse, personnage dont les motivations profondes révèlent une conscience morale troublée que le système qu'il sert va finir par mettre à l'épreuve. Vincent Kartheiser, méconnaissable en banquier centenaire enfermé dans un corps de vingt-cinq ans, est glaçant de froideur calculatrice.
Ce qui fonctionne dans Time Out c'est d'abord la force et la limpidité de sa métaphore centrale. Niccol a l'intelligence de ne jamais laisser son concept se refermer sur lui-même ou s'épuiser dans ses propres implications, il l'utilise comme un prisme à travers lequel examiner des réalités économiques et sociales contemporaines très concrètes. La ségrégation spatiale entre les zones riches et les zones pauvres, la manière dont les pauvres sont maintenus dans une précarité permanente qui les empêche de planifier et de résister, le luxe obscène des ultra-riches qui accumulent du temps comme d'autres accumulent des milliards, tout cela résonne avec une acuité et une pertinence qui dépassent largement le cadre de la fiction. Le film sait par ailleurs allier ce propos social à une mécanique narrative avec un rythme constant, les séquences d'action, les poursuites, les confrontations sont gérées avec une énergie et une lisibilité qui ne sacrifient jamais le fond à la forme mais les font coexister avec une harmonie satisfaisante.
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Sur le plan technique, Time Out est une production soignée dont les choix esthétiques servent admirablement le propos. La photographie de Roger Deakins l'un des plus grands chefs opérateurs vivants, oscarisé à de multiples reprises, est d'une beauté et d'une précision folles. Sa capacité à distinguer visuellement les zones riches, baignées d'une lumière chaude et dorée, des zones pauvres traitées dans des tons froids et désaturés, crée une cartographie visuelle de l'inégalité d'une éloquence immédiate. Chaque plan est composé avec un soin qui transforme la narration en expérience visuelle constamment gratifiante. La direction artistique, qui imagine un futur proche ancré dans une esthétique contemporaine légèrement déformée, les voitures, les vêtements, les espaces urbains sont reconnaissables mais légèrement décalés, renforce le sentiment que ce futur n'est pas une extrapolation lointaine mais un présent à peine transposé. La musique de Craig Armstrong accompagne l'ensemble avec une élégance appropriée, sachant se faire discrète pour laisser toute sa place à l'image et aux dialogues.
Time Out est une œuvre de science-fiction qui honore la tradition la plus noble du genre, celle qui utilise l'imaginaire et la spéculation pour parler du monde réel avec une clarté et une force que le cinéma réaliste ne peut pas toujours atteindre. C'est un film généreux, intelligent et visuellement splendide, signé d'un cinéaste qui n'a jamais renoncé à faire confiance à l'intelligence de son public.











