[SƎANCES FANTASTIQUES] : #149. Mystery of the Wax Museum
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| © 1933 Warner Bros. Pictures, Inc. Tous droits réservés |
Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Mystery of the Wax Museum est une œuvre qui occupe une place singulière dans l'histoire du cinéma fantastique américain. Sorti en 1933 et réalisé par Michael Curtiz, cinéaste d'origine hongroise alors en pleine ascension à la Warner Bros., le film s'inscrit dans la grande vague des films d'horreur qui déferla sur Hollywood au début des années trente, portée par le succès de Dracula et de Frankenstein. Mais là où beaucoup de productions de l'époque se contentaient de capitaliser sur une formule éprouvée, Mystery of the Wax Museum choisit une voie plus ambitieuse et plus singulière, mêlant horreur gothique, comédie de presse et romance noire dans un mélange aussi inattendu qu'efficace.
La genèse du projet remonte à une pièce de théâtre de Charles S. Belden, dont le scénariste Don Mullaly et Carr tente une adaptation qui conserve l'essentiel du dispositif dramatique tout en l'enrichissant considérablement. L'histoire suit Ivan Igor, sculpteur de génie dont le musée de cire londonien est détruit dans un incendie criminel fomenté par son associé cupide. Défiguré et les mains brisées, Igor refait surface des années plus tard à New York, où il ouvre un nouveau musée, mais ses nouvelles figures de cire cachent un secret abominable. Le film fut tourné en Technicolor bichrome, procédé encore rare à l'époque, ce qui lui confère une identité visuelle immédiatement reconnaissable et contribue largement à son atmosphère envoûtante.
Lionel Atwill incarne Ivan Igor avec une intensité et une sobriété qui forcent l'admiration. Là où d'autres acteurs de l'époque auraient pu verser dans la surenchère, Atwill choisit la retenue et la dignité blessée, offrant un antagoniste d'une complexité rare pour le genre. Son Igor n'est pas simplement un monstre : c'est un artiste trahi, un homme dont la folie naît d'une souffrance réelle et d'une passion authentique pour son art. Cette ambiguïté rend le personnage fascinant, presque sympathique par moments, ce qui renforce considérablement l'efficacité dramatique du film. Face à lui, Fay Wray, qui connaîtra la même année une gloire impérissable avec King Kong, compose une héroïne à la fois vulnérable et déterminée, dont la présence lumineuse contraste magnifiquement avec les ténèbres qui l'entourent. Mais c'est peut-être Glenda Farrell qui vole la vedette dans le rôle de Florence, journaliste effrontée et volubile dont les répliques fusent avec une rapidité et une drôlerie qui annoncent déjà les grandes comédies de screwball comedy. Son personnage introduit une légèreté bienvenue qui empêche le film de sombrer dans une pesanteur trop uniforme.
Michael Curtiz, qui allait quelques années plus tard signer Casablanca, démontre ici une maîtrise impressionnante de la mise en scène. Il gère avec une aisance remarquable les changements de registre du récit, passant de séquences d'horreur pure à des scènes de comédie effrénée sans que la cohérence de l’ensemble n’en souffre jamais. Sa direction d'acteurs est précise et exigeante, et il sait tirer le meilleur parti des décors extravagants que lui offre la production. Les couloirs du musée, peuplés de figures de cire aux regards vides, sont filmés avec un sens du cadre et de la profondeur de champ qui crée une inquiétude constante. Curtiz joue savamment sur l'ambiguïté entre le vivant et l'inerte, entre la chair et la cire, entre la beauté et la mort.
C'est précisément sur le plan technique que le film se révèle le plus ambitieux et le plus réussi. Le Technicolor bichrome utilisé, un procédé qui associait principalement des teintes rouges-orangées et des bleus-verts, donne au film une palette chromatique d'une étrangeté absolument envoûtante. Les tons chauds dominent les scènes d'intérieur, baignant les figures de cire dans une lumière dorée qui leur confère une apparence presque vivante, tandis que les scènes nocturnes extérieures plongent dans des bleus profonds et glacés. Cette utilisation expressive de la couleur va bien au-delà du simple effet décoratif : elle participe pleinement à la construction de l'atmosphère et du sens. Le chef opérateur Ray Rennahan, spécialiste reconnu du Technicolor, accomplit ici un travail remarquable, faisant de chaque plan une composition chromatique soigneusement pensée.
Les décors, construits avec un souci du détail impressionnant pour l'époque, participent eux aussi à la réussite du film. Le musée de cire new-yorkais, avec ses galeries peuplées de reproductions de personnages historiques et de criminels célèbres, est un espace à la fois fascinant et profondément inquiétant. Il y a quelque chose de fondamentalement troublant dans ces corps immobiles qui semblent sur le point de s'animer, et Curtiz exploite cette inquiétude avec une intelligence constante. Les effets spéciaux, rudimentaires au regard des standards contemporains, conservent une efficacité certaine précisément parce qu'ils ne cherchent jamais à en faire trop, la suggestion et l'implication l'emportent toujours sur la démonstration.
Ce qui fait la force durable de Mystery of the Wax Museum, au-delà de ses qualités techniques et de l'excellence de son interprétation, c'est sa capacité à s'interroger sur la nature même de l'art et de la création. Igor est un artiste qui ne peut plus créer avec ses mains détruites, condamné à dissimuler la mort sous les apparences de la vie, à faire passer le cadavre pour une œuvre. Il y a dans cette situation une métaphore sombre et poignante sur la création artistique, sur ce que l'art doit à la chair et à la matière, sur la frontière ténue entre la représentation et la chose représentée. Rares sont les films d'horreur de cette époque à atteindre une telle profondeur thématique sans jamais sacrifier le plaisir du spectacle. Mystery of the Wax Museum est de ceux-là, et c'est ce qui lui assure, près d'un siècle après sa sortie, une place méritée parmi les grands classiques du genre.
La genèse du projet remonte à une pièce de théâtre de Charles S. Belden, dont le scénariste Don Mullaly et Carr tente une adaptation qui conserve l'essentiel du dispositif dramatique tout en l'enrichissant considérablement. L'histoire suit Ivan Igor, sculpteur de génie dont le musée de cire londonien est détruit dans un incendie criminel fomenté par son associé cupide. Défiguré et les mains brisées, Igor refait surface des années plus tard à New York, où il ouvre un nouveau musée, mais ses nouvelles figures de cire cachent un secret abominable. Le film fut tourné en Technicolor bichrome, procédé encore rare à l'époque, ce qui lui confère une identité visuelle immédiatement reconnaissable et contribue largement à son atmosphère envoûtante.
Lionel Atwill incarne Ivan Igor avec une intensité et une sobriété qui forcent l'admiration. Là où d'autres acteurs de l'époque auraient pu verser dans la surenchère, Atwill choisit la retenue et la dignité blessée, offrant un antagoniste d'une complexité rare pour le genre. Son Igor n'est pas simplement un monstre : c'est un artiste trahi, un homme dont la folie naît d'une souffrance réelle et d'une passion authentique pour son art. Cette ambiguïté rend le personnage fascinant, presque sympathique par moments, ce qui renforce considérablement l'efficacité dramatique du film. Face à lui, Fay Wray, qui connaîtra la même année une gloire impérissable avec King Kong, compose une héroïne à la fois vulnérable et déterminée, dont la présence lumineuse contraste magnifiquement avec les ténèbres qui l'entourent. Mais c'est peut-être Glenda Farrell qui vole la vedette dans le rôle de Florence, journaliste effrontée et volubile dont les répliques fusent avec une rapidité et une drôlerie qui annoncent déjà les grandes comédies de screwball comedy. Son personnage introduit une légèreté bienvenue qui empêche le film de sombrer dans une pesanteur trop uniforme.
Michael Curtiz, qui allait quelques années plus tard signer Casablanca, démontre ici une maîtrise impressionnante de la mise en scène. Il gère avec une aisance remarquable les changements de registre du récit, passant de séquences d'horreur pure à des scènes de comédie effrénée sans que la cohérence de l’ensemble n’en souffre jamais. Sa direction d'acteurs est précise et exigeante, et il sait tirer le meilleur parti des décors extravagants que lui offre la production. Les couloirs du musée, peuplés de figures de cire aux regards vides, sont filmés avec un sens du cadre et de la profondeur de champ qui crée une inquiétude constante. Curtiz joue savamment sur l'ambiguïté entre le vivant et l'inerte, entre la chair et la cire, entre la beauté et la mort.
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C'est précisément sur le plan technique que le film se révèle le plus ambitieux et le plus réussi. Le Technicolor bichrome utilisé, un procédé qui associait principalement des teintes rouges-orangées et des bleus-verts, donne au film une palette chromatique d'une étrangeté absolument envoûtante. Les tons chauds dominent les scènes d'intérieur, baignant les figures de cire dans une lumière dorée qui leur confère une apparence presque vivante, tandis que les scènes nocturnes extérieures plongent dans des bleus profonds et glacés. Cette utilisation expressive de la couleur va bien au-delà du simple effet décoratif : elle participe pleinement à la construction de l'atmosphère et du sens. Le chef opérateur Ray Rennahan, spécialiste reconnu du Technicolor, accomplit ici un travail remarquable, faisant de chaque plan une composition chromatique soigneusement pensée.
Les décors, construits avec un souci du détail impressionnant pour l'époque, participent eux aussi à la réussite du film. Le musée de cire new-yorkais, avec ses galeries peuplées de reproductions de personnages historiques et de criminels célèbres, est un espace à la fois fascinant et profondément inquiétant. Il y a quelque chose de fondamentalement troublant dans ces corps immobiles qui semblent sur le point de s'animer, et Curtiz exploite cette inquiétude avec une intelligence constante. Les effets spéciaux, rudimentaires au regard des standards contemporains, conservent une efficacité certaine précisément parce qu'ils ne cherchent jamais à en faire trop, la suggestion et l'implication l'emportent toujours sur la démonstration.
Ce qui fait la force durable de Mystery of the Wax Museum, au-delà de ses qualités techniques et de l'excellence de son interprétation, c'est sa capacité à s'interroger sur la nature même de l'art et de la création. Igor est un artiste qui ne peut plus créer avec ses mains détruites, condamné à dissimuler la mort sous les apparences de la vie, à faire passer le cadavre pour une œuvre. Il y a dans cette situation une métaphore sombre et poignante sur la création artistique, sur ce que l'art doit à la chair et à la matière, sur la frontière ténue entre la représentation et la chose représentée. Rares sont les films d'horreur de cette époque à atteindre une telle profondeur thématique sans jamais sacrifier le plaisir du spectacle. Mystery of the Wax Museum est de ceux-là, et c'est ce qui lui assure, près d'un siècle après sa sortie, une place méritée parmi les grands classiques du genre.










