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[CRITIQUE] : Mikusu Modan


Réalisateur : Toshizo Fujiwara
Avec : Daiki Ido, Toshizo Fujiwara, Sasha,...
Distributeur : Media Art
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Japonais.
Durée : 1h44min

Synopsis :
Un couple (Hiro, 53 ans, et sa femme Sono, 42 ans) tient un restaurant d'okonomiyaki et recrute des jeunes sortant de centres de détention pour les aider à réintégrer la société. Yuto, 18 ans, veut plus que tout recommencer à zéro.
Engagé au restaurant de Hiro, Yuto apprend le métier, rentre chez lui avec son premier salaire pour offrir un cadeau à son père — mais la famille a déménagé sans le prévenir. Sa mère l'avait abandonné enfant ; son père l'abandonne à son tour. Il retrouve un ami, sort en boîte, et tombe sous le charme de Yukiha, 17 ans, danseuse, elle aussi sortant d'un centre.





Comment trouver les clés pour réussir à se reconstruire au coeur d'une société contemporaine qui vous rejette, au moins tout autant que votre propre famille qui n'a pas attendue vos premières erreurs pour lâchement vous abandonner comme vous tourner le dos.
C'est l'une des problématiques à la fois douloureuse et passionnante, qui irrigue la narration du second long-métrage du cinéaste nippon Toshizo Fujiwara, Mikusu Modan, qui y joue une nouvelle fois les couteaux suisses de l'extrême (réalisateur, co-scénariste, producteur, acteur,...), un beau drame sous fond de quête de rédemption à l'humanité exacerbée qui entrelace avec justesse, les destinées d'une poignée de personnages qui se percutent dans le quotidien d’un petit restaurant qui emploie de jeunes mineurs en réinsertion.

D'un côté, l'histoire du dit couple à tête du restaurant d'okonomiyaki (un plat japonais, une épaisse crêpe salée composée d'une pâte garnie de chou finement émincé et d'autres ingrédients variés, petit instant Wikipedia), Hiro, un ancien détenu fraîchement dans la cinquantaine, et sa femme Sono, dont l'incapacité de pouvoir avoir un enfant, se voit compenser par le désir louable d'aider une jeunesse égarée à se réinsérer dans une société qui les rejette.
De l'autre, Yuto, 18 ans au compteur et un désir sincère de vouloir tout recommencer à zéro et de tirer un trait sur son passé criminel, une figure en sursis meurtrie et renfermée sur elle-même, abandonnée dans son enfance par sa mère et aujourd'hui par un père qui n'a jamais véritablement su s'occuper de lui.

Deux trajectoires douloureuses qui vont s'unir pour ne pas sombrer, s'unir pour mener deux quêtes essentielles - une rédemptrice et l'autre de transmission -, au coeur d'une belle et empathique odyssée à hauteur d'âmes, que Fujiwara, plus où moins dans l'ombre du cinéma familier de Hirokazu Kore-eda dans ses intentions comme dans son naturalisme affirmé (de sa direction d'acteurs, sobre et sans fioritures, à sa célébration tendre et touchante de la poésie - comme de la rudesse - du quotidien), filme de manière brute caméra à l'épaule, au plus près des désespoirs désarmants, des désirs inassouvis et des regards fuyants.

Tout autant récit initiatique troublé que drame conjugal poignant, romance plurielle que film culinaro-mélancolique, Mikusu Modan manque peut-être de cadre pour se faire pleinement poignant (le défaut de chercher à embrasser plusieurs genres et trajectoires à la fois), à l'image d'une écriture qui ne développe peut-être pas assez ses personnages comme leurs trajectoires, mais il n'en reste pas moins une belle découverte sur une notion universelle : nous ne choisissons pas toujours notre famille, mais nous pouvons toujours nous en créer une de substitution, parfois plus aimante et solidaire.


Jonathan Chevrier