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[CRITIQUE] : Unabomber


Réalisateur : Janus Metz Pedersen
Acteurs : Jacob Tremblay, Russell Crowe, Shailene Woodley, Annabelle Wallis,...
Distributeur : Netflix France
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h37min.

Synopsis :
La transformation de Kaczynski, prodige de Harvard, en célèbre Unabomber, qui a mené une campagne nationale d'attentats à la bombe aux États-Unis de 1978 à 1995, tuant trois personnes et en blessant 23.
Soumis à des expériences psychologiques controversées menées par le professeur Henry Murray, le passé troublé de Kaczynski refait surface des décennies plus tard, lorsque sa traque, dirigée par l'agente du FBI Joanne Miller, révèle les conséquences glaçantes de l’ambition et de l’isolement.




C'est, à la vue des errances productives d'un Ryan Murphy qu'on confond - volontairement - rationalisation et fétichisation, dans sa manière de creuser de manière sordide ce que l'Amérique a connu comme figures terrifiantes, entre voyeurisme abject, relectures fictionnelles et interprétations loufoques, une proposition qui ne pouvait être dégainé que par une Netflix totalement friande de ses sujets borderlines (d'autant que la firme aux Toudoum avait déjà produite une série documentaire en quatre parties sur le sujet Unabomber : In His Own Words, avec des interviews même de sa figure centrale) : un long-métrage sur le visage même du terrorisme domestique américain de ses cinquante dernières années, Ted Kaczynski alias l'Unabomber, mathématicien surdoué diplômé de Harvard qui a terrorisé tout un pays sur près de deux décennies, de 1978 à 1995, via une série de bombes artisanales disséminées à travers tout le pays - et principalement envoyées à des scientifiques, des universitaires et autres intellectuels.

Qu'un cinéaste tente de s'emparer de ce fait divers fou comme de cette figure, pour en composer une sorte d'autopsie psychologique sous couvert des codes du thriller, avait quelque chose de pas si déconnant, voire même d'un brin alléchant vu les talents impliqués (dont un Jacob Tremblay qui n'a plus rien du gamin touchant de ses débuts).

Copyright Netflix

Le hic, c'est que Unabomber de Janus Metz Pedersen n'a pas grand chose de l'étude méticuleuse et psychologiquement dense espérée (malgré un point d'ancrage fort : l'idée, récurrente dans l'histoire américaine, que les autorités pourchassent un monstre qu'elle ont elles-mêmes - en partie - façonné), elle qui privilégie, au-delà de quelques parti pris sordides visant à artificiellement nourrir sa tension (comme son ouverture, qui a presque tout d'une profession de foi sur les réelles intentions du projet), une narration saccadée qui s'embourbe lentement mais sûrement dans une gymnastique déséquilibrée jonglant entre deux temporalités : sa jeunesse où sa radicalisation aurait été motivée - selon le prisme des scénaristes - par un programme financé par la CIA, et les derniers instants de sa traque par les agents du FBI.

Si la première distille une tension parfois accrocheuse (même si ses flashbacks apparaissent un poil vain puisqu'ils ne sont jamais liés à une vision au présent de Kaczynski, étrangement en retrait), la seconde perd tout son intérêt dans une énumération léthargique de tous les poncifs du genre (sans compter une tentative maladroite, de dresser un effet de miroir entre le psychopathe et celle qui le traque), laissant les deux performances majeures du film, un tandem Tremblay/Crowe plutôt saisissant, tenter de sauver les meubles comme elles le peuvent.
Dommage, car un tout un petit peu plus cohérent, couplé à une mise en scène qui aurait su surclasser ses limites de téléfilm - à peine - de luxe (où, plus simplement, qui aurait su s'aligner sur le score inspiré de Marco Beltrami), et Unabomber aurait pu être une sympathique déclinaison cinématographique d'un épisode de True Crime... aurait pu, seulement.


Jonathan Chevrier