[CRITIQUE] : Haute solitude, Jean Zay prisonnier politique

Réalisateur : Laurent Véray
Acteurs : Eric Caravaca.
Distributeur : Les Films de l'Atalante
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h38min.
Synopsis :
Jean Zay, ministre de l’Education Nationale durant le front populaire de 1936, est arrêté puis détenu durant quatre ans pour ses idées politiques, dans la France de l’Occupation. La cellule, tel un espace- temps hors du monde, plein de sa personne mais aussi parfois de ses proches, offre à Jean Zay la possibilité d’un retour sur son passé et sur soi. Ses écrits de prison nous amènent à un voyage au bout de lui-même.
Les ravages de la Seconde Guerre mondiale (dont on a justement « célébré » l'an dernier, les quatre-vingt ans de la fin du conflit), comme les sujets de l'holocauste et de la déportation a été abordé tant de fois au cinéma par le passé comme aujourd'hui (à tel point qu'ils ne semblent jamais nous avoir réellement quitté, et peut-être d'une manière encore plus marquée aujourd'hui où, paradoxalement, les extrêmes se rapprochent dangereusement du pouvoir au coeur du Vieux Continent), que notre familiarité avec ses événements tragiques - comme avec ce sous-genre spécifique du film historique - fait qu'il est difficile pour tout oeuvre de ne pas flirter dangereusement autant avec un voyeurisme presque inévitable, qu'un sentiment encore plus racoleur et abject d'exploitation éhontée de l'un des pans les plus sombres de l'humanité.
Tout n'est qu'une question de subtilité (voire de sincérité, quand bien même les pires exemples ne doivent pas totalement en être dépourvu non plus) mais aussi et surtout de savoir-faire.
Un écueil qui ne frappe pas le moins du monde le documentaire Haute solitude, Jean Zay prisonnier politique de Laurent Véray, effort sensiblement peu conventionnel qui prend les jolis contours d'une bonne mandale mémorielle, en s'attachant au calvaire de Jean Zay, ministre de l'Éducation Nationale au coeur de la IIIe République et du Front Populaire, enfermé pendant quatre années dans la France de l'Occupation, au plus près de l'isolement total d'un homme victime parmi (beaucoup trop) d'autres, de la folie absurde comme de la lâcheté des hommes.
Fruit d'un travail méticuleux, technique comme d’archives, le wannabe cinéaste nous emprisonne gentiment mais sûrement dans une œuvre toute aussi profondément littéraire qu'anxiogène, un portrait fasciné et fascinant d'une figure digne et résiliente, entre le mari/père meurtri et l'homme politique indigné et désabusé qui, même privée de sa liberté et frappée par la tragédie, pensait à l'avenir d'une nation bouffée par la collaboration et le populisme.
Véray ne s'y trompe d'ailleurs pas dans cet hommage sincère et nécessaire, les échos à peine voilés qu'il lance sur notre contemporanéité, dans la veine de ceux dégainés encore plus frontalement par Emmanuel Marre dans Notre Salut, montre que notre pays ne relève aucune leçon de ses erreurs : pire, il les reproduit avec un cynisme glaçant et terrifiant.
Jonathan Chevrier







