[CRITIQUE] : Turgaud
Réalisateur : Adilkhan Yerzhanov
Acteurs : Berik Aytzhanov, Anna Starchenko, Daniyar Alshinov, Oleg Yulin,...
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Drame, Policier.
Nationalité : Kazakh.
Durée : 2h04min.
Synopsis :
En période électorale, un mercenaire, Bek, descend d’un avion à l’aéroport de Karatas afin de venir en aide à l’un des candidats véreux encore en lice, adepte de certaines méthodes mafieuses et souhaitant acquérir le pouvoir par une violence sans scrupules. Mais Fox, une tueuse à gages, rôde...
On se répète, évidemment, ce qui permet de rappeler quelques vérités - pas toujours - générales (et de paresseusement nourrir une introduction ce qui, en pleine période de festival et de rush des sorties, est une petite bénédiction que tu nous pardonneras facilement), mais gagnons qu'une édition de l'Étrange Festival sans sa petite séance inédite du génial et prolifique cinéaste kazakh Adilkhan Yerzhanov (le Forum des images est sa deuxième maison, et c'est l'une des certitudes qui rendent ce festival si spécial et immanquable), ce serait un peu comme un voyage dépaysant en RER sans sa dizaine de minutes de retard, une pizza hawaïenne sans ses ananas (arrêtez vos conneries culinaires deux secondes, s'il vous plaît), où pire, un cul sans sa chemise : c'est littéralement inconcevable.
Une hérésie que ne connaîtra évidemment pas cette cuvée 2026 jusqu'ici plutôt tendre en réjouissance (c'est ce qu'on se dit à chaque début d'édition, mais la sélection opère toujours un virage qualitatif en milieu de parcours, avant que la déception ne s'installe gentiment), puisqu'il y présente après l'uppercut énervé et brutal Cadet et Le Maure de Karatas (révérence pas si lointaine au Drive de NWR comme au Rambo de Ted Kotcheff) l'an dernier, Turgaud, nouvelle incursion jouissive du côté du néo-western crépusculaire et brutal sauce film de gangsters pour le bonhomme, qu'il saupoudre d'une bonne louche d'ironie et d'absurde savamment dosée.
Encore et toujours flanqué dans son village fictif et rugueux de Karatas, microcosme aride et un chouïa surréaliste d'une nation kazakh troublée par la précarité et la corruption à tous les niveaux (tout autant que par les affres du capitalisme et d'une bureaucratie au ralenti), l'intrigue suit les aternoiements d'un mercenaire aussi brutal et alcoolique que profondément fataliste, Bek (un Berik Aytzhanov plus charismatique et intimidant que jamais) qui, en pleine période électorale dans une démocratie fuyante, vient en aide à l’un des candidats véreux encore en lice, adepte de certaines méthodes mafieuses et souhaitant acquérir le pouvoir par une violence sans scrupules - typiquement le genre de figure qu'il méprise, mais qu'il tolère tant que la paie est bonne -, alors qu'il est menacé de mort par une mystérieuse femme (une toujours aussi fatale Anna Starchenko) et son enfant.
Offrant un regard sans concession sur sa société répressive et corrompue où le mal(e) succède au mal, dans laquelle la violence (parfois burlesque) et la brutalité ne font qu'emplifier la désespérance ambiante, le film gambade en terres conquises, Yerzhanov ne forçant pas plus que de raison son cinéma (une mise en scène toujours aussi méticuleuse et appliquée, distancée mais pas trop de ses personnages et une gestion du cadre et des espaces enlevée) ni ses habitudes (une déconstruction - mais pas trop - des codes du cinéma d'action et du film de gangsters, par la dérision et le détachement face à la violence), même si sa prose réflexive et burnée s'étire à l'excès - jusqu'à en devenir un poil pesante.
Bref, rien de nouveau - ou presque - sous le soleil Yerzhanovien donc, et cela nous va très bien comme ça.
Jonathan Chevrier








