Breaking News

[CRITIQUE] : Les Contrebandiers

Réalisateur : Padraic McKinley
Avec : Ethan Hawke, Russell Crowe, Julia Jones, Austin Amelio,...
Distributeur : SND
Budget : -
Genre : Action, Aventure, Thriller.
Nationalité : Allemand, Américain.
Durée : 1h53min.

Synopsis :
Oregon, 1933. Après la mort de sa femme, Samuel Murphy est arraché à sa fille et envoyé dans un camp de travail impitoyable. Lorsqu’un surveillant sans scrupule lui promet la liberté contre une périlleuse mission de contrebande d’or, Murphy saisit sa seule chance de rentrer chez lui. Il s’embarque alors dans une expédition de tous les dangers, au cœur d’une nature hostile, où les trahisons se multiplient. Jusqu’où Murphy sera-t-il prêt à aller pour revoir sa fille ?



Lancé dans un walk of shame certes foutrement pavé de billets verts mais dont on se demande bien si une issue y est encore possible (le remake de Highlander signé Chad Stahelski, reste un gros point d'interrogation, quand bien même il est censé y avoir un rôle mineur, mais là ou Nic Cage nous rappelle parfois à sa gloire passée, l'éternel Maximus pique gentiment un roupillon dans les limbes), Russell Crowe, qui n'a certes évidemment plus rien à prouver (même derrière une caméra où il est loin d'être manchot, pour preuve son magnifique La Promesse d'une vie), continue gentiment mais sûrement à enchaîner les rôles les plus opposés qui soit (et, en grande partie, des productions faisandées) et semble, assez paradoxalement, s'éclater comme jamais dans cet exercice - et un peu nous aussi, par la même occasion.

Si on l'avait laissé plus où moins inspiré, devant la caméra plus où inspirée de James Vanderbilt, dans le plus où moins inspirée Nuremberg (aux côtés d'un Rami Malek plus ou moins... t'as compris le délire), qui cherchait sans trembler des genoux - mais en vain -, à s'inscrire dans l'ombre de Stanley Kramer et de son Jugement à Nuremberg, en narrant la traduction en justice, au lendemain de la capitulation nazie, des quelques dirigeants nazis qui ont survécu à la chute du Reich, place à un film qui colle un peu plus à la peau de sa filmographie d'hier, avec un rôle qui sied plutôt bien à son aura carnassière (une sorte de cousin pas du tout éloigné du Samuel Norton de Shawshank Redemption) : Les Contrebandiers, estampillé premier long-métrage du wannabe cinéaste Padraic McKinley, survival à l'ancienne qui porte fièrement ses références en bandoulière et dont l'intérêt réside moins dans sa simplicité affirmée, que dans sa technicité plutôt solide pour un galop d'essai.

Copyright Fields Entertainment / Augenschein Filmproduktion / Vertical / SND

Tout part d'un pitch familier - coucou Sorcerer - mais solide (en pleine Grande Dépression, flanqué dans un camp de travail forcé et séparé de sa fille, un homme se laisse tenter par le directeur pourri jusqu'à l'os, de faire passer de l'or en contrebande - 500 kg - à travers la nature sauvage et impitoyable de l'Oregon, en vue d'une potentielle libération anticipée : monumentale erreur tant rien ne va se passer comme prévu), qui délaisse la brutalité comme le cynisme du pendant politique de ses aînés (Sorcerer donc, comme son modèle original Le Salaire de la Peur, Deliverance, Le Trésor de la Sierra Madre,...), sans pour autant atteindre leur réalisme viscéral - ici moins sombre et sadique qu'à l'accoutumée -, pour voguer vers la voie d'une aventure certes ronronnante mais solidement charpentée et incarnée, aux personnages certes un poil taillés à la serpe (tous plus où moins caricaturaux, ce qui n'est pas tant un défaut ici), mais dominé par une figure centrale attachante par sa dimension psychologique (un père veuf capable de tout risquer, même sa vie, pour revoir la chair de sa chair au plus vite et ne pas en perdre sa garde), auquel Ethan Hawke donne suffisamment de profondeur pour qu'il soit pleinement ancré dans le récit et ses enjeux multiples.

Du divertissement cousu de fil blanc donc, un film d'aventure au charme suranné et aux élans de bravoure entraînant face aux injustices diverses (surtout orchestrées par la main cupide et violente de l'homme), même si sans réelle tension (peu de rebondissements et encore moins de surprises à la clé) ni propos charnu (dommage, tant il y avait de la matière pour proposer un discours beaucoup plus robuste sur la lutte des classes et la répercussion de la crise économique sur la classe ouvrière), mais qui se laisse néanmoins gentiment suivre grâce à un rythme soutenu, une mise en scène plutôt assurée (malgré quelques cadrages qui laissent à désirer, surtout quand l'action s'emballe) et une photographie littéralement à tomber de Matteo Cocco (qui capture sans afféteries la beauté des paysages de l'Oregon).
Et puis voir ce bon vieux Russell enfin dans un bon film, ça vaut quand-même gentiment son pesant de pop-corn...


Jonathan Chevrier