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[CRITIQUE] : Notre histoire - Chroniques du Caire 


Réalisateur : A. B. Shawky
Avec : Amir El-Masry, Valerie Pachner, Nelly Karim,....
Distributeur : Maverick Distribution
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Autrichien, Français, Égyptien, Belge, Suédois.
Durée : 2h00min.

Synopsis :
Le Caire, 1967. Ahmed, pianiste obstiné dans une famille qui ne jure que par le football, reçoit une lettre en provenance d’Autriche : Liz a répondu à son annonce pour devenir sa correspondante. De la guerre des Six Jours à l’ère Sadate, leur destin va s’écrire en même temps que celui de l’Égypte : entre rêves contrariés, conflits, chaos familial, et petites victoires arrachées au destin.





Elle ne s'explique pas toujours évidemment (et c'est, intrinsèquement ce qui en fait tout son charme comme son importance) mais ce genre de petite magie n'en reste pas moins essentielle pour tout ceux qui aime un minimum, le septième art dans toute sa richesse et son imprévisibilité (comme sa prévisibilité, aussi) : au sein d'une distribution hexagonale férocement chargée, où chaque mercredi du mois devient littéralement une jungle certes grisante mais sauvage dans laquelle chaque péloche tente un tant soit peu d'attirer l'attention des cinéphiles et des spectateurs lambda (entre deux grosses productions Hollywoodiennes - mais pas que - trustant souvent abusivement l'attention de la majorité), au coeur d'une salle jamais trop obscures (une proposition qui est tout autant une bénédiction qu'une petite malédiction, tant il faut faire des choix de séances parfois frustants), certaines sorties pas forcément originales ni même accrocheuses sur le papier, parviennent pourtant à nous gentiment taper dans l'oeil voire même mieux que cela, à nous toucher en plein coeur autant par leur simplicité que par leur justesse.

Et au sein d'un été cinéma tout aussi dense que gentiment éclectique (tout du moins, pour quiconque se donne la peine de le voir), l'enthousiasmant et autobiographique Notre histoire - Chroniques du Caire de A. B. Shawky peut gentiment s'inscrire au rayon des belles petites surprises stimulantes et enthousiasmantes du moment, fresque familiale éclatée/chapitrée sur plusieurs décennies (liant l'histoire collective du pays à l'histoire individuelle de chacun, avec pour marqueurs temporels tous les bouleversements sociaux, géopolitiques et économiques ayant bouleversés l'Egypte, dont les angoisses qu'ils portent nourrissent pleinement le parcours des personnages), dont l'humour est aussi tendre que sa mélancolie et sa nostalgie sont exacerbés, au coeur d'un foyer dont le chaos ambiant - et l'amour du football - n'a d'égale que les liens soudés et les émotions vives (et bruyantes) qui le font vibrer.

Le tout sensiblement focalisé sur le " Beethoven " de la famille, Ahmed, pianiste obstiné et reservé mais douloureusement tourmenté (autant par le poids de son don et des attentes qu'il suscite, que par les limites mêmes de son environnement), lancé dans une correspondance avec une jeune autrichienne appelée à devenir sa future épouse, mais aussi une lutte quotidienne pour s'inscrire pleinement dans un présent où il peine à trouver sa place, entre une nouvelle vie marquée par le fossé culturel, et le besoin de rester lié aux siens.
Du cinéma à l'ancienne poignant et à la théâtralité affirmée (même si son montage dynamique s'inscrit dans une veine plus moderne), jusque dans son respect d'une formule à l'italienne qui sait savamment presser sur tous les boutons fédérateurs avec un enrobage nostalgico-bienveillant suffisamment sucré.

Un vrai petit bonbon cinématographique émotionnellement brut et authentique, cocasse et haut en couleur.


Jonathan Chevrier