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[CRITIQUE] : Les Misérables


Réalisateur : Fred Cavayé
Avec : Vincent Lindon, Tahar Rahim, Benjamin Lavernhe, Camille Cottin, Noémie Merlant, Megan Northam, Vassili Schneider,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Français.
Durée : 2h56min

Synopsis :
Libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, Jean Valjean décide de changer de vie et de faire le bien autour de lui. Sous une fausse identité, il devient avec le temps un notable respecté de tous. Venant en aide à Fantine, une ouvrière mourante, il promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des cruels Thénardier. Mais son passé le rattrape : l’inspecteur Javert, un policier implacable au passé lui aussi tourmenté, le traque sans relâche afin de le renvoyer au bagne. Dans un Paris en pleine révolution, Valjean doit lutter pour protéger Cosette et achever sa rédemption, entre sacrifices et quête de justice.




Face au succès conséquent du Comte de Monte-Cristo du tandem Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, aussi bien à la maison (9 428 032 entrées) qu'à l'international (77,5M$ de dollars au global), il était évident que l'industrie hexagonale allait battre le fer tant qu'il était encore chaud, et nous sortir toute une flopée d'adaptations de romans - plus où moins - populaires dans un futur plus où moins proche (trop de plus où moins dans cette introduction, tu es plus où moins d'accord, non ?), quitte à en brader/bâcler la plupart sous l'autel du spectaculaire artificiel.

Et parce que l'on avait un peu trop peur (douce ironie) que la culture populaire oublie l'immense pavé littéraire de Victor Hugo, s'il ne pointait pas le bout de son nez une à deux fois par décennie dans nos productions, StudioCanal vient donc nous rassurer (pas du tout) en ressortant donc les barricades et - surtout - le chéquier pour un nouveau dépoussiérage en règle, quelques mois après l'adaptation plus ciblée d'Éric Besnard (Jean Valjean, pourquoi s'emmerder ?) mais surtout quatorze ans après le sabotage musicale en règle de Tom " Cats est pire " Hooper (c'est l'adaptation de la comédie musicale à succès de Claude-Michel Schönberg certes, mais elle reste néanmoins librement adaptée du roman d'Hugo, ne chipotes pas) : sobrement intitulé Les Misérables (pourquoi s'emmerder bis) et échoué à un Fred Cavayé que l'on avait laissé sur le catastrophique Les Chèvres !, où il usait d'une absurdité grasse/crasse pour dénoncer la bêtise de toute une époque, au sein d'un opus de destruction massive bavard et bardé de clichés, qui vacille de lui-même avant même le virage de sa première demie-heure.

Copyright 2025 – Christophe Brachet - CURIOSA FILMS - ESKWAD – STUDIOCANAL.

De quoi être sacrément dans l'ambiance donc, pour la découverte de cette nouvelle déclinaison sur pellicule d'un monument de notre patrimoine culturel, blockbuster patrimonial consciemment standardisé et à la distribution imposante, qui revendique fièrement sa fidélité au matériau d'origine... à défaut de se donner les moyens de pouvoir revendiquer quoique ce soit d'autre.
Mis en scène avec autant d'entrain qu'un viandard sortant d'une diète de dix jours devant le buffet de légumes du Campanille du coin (il est très vite acquis que le papa de Mea Culpa a laissé a l'entrée du plateau, toute velléité de composer ne serait-ce qu'un seul plan marquant la rétine), Les Misérables cuvée 2026 égrene sans souffle ni révolte son cahier des charges pachydermique sur un tout petit peu moins de trois heures qui restent plutôt bien rythmée même si tout y est surligné à l'excès.

Un (trop) bon élève à l'académisme exacerbé et cruellement vide de cinéma (jusque dans sa structure elliptique qui ne donne jamais assez de corps au poids du temps qui passe, ni à ses personnages), qui dessert aussi bien son sujet (l'œuvre d'Hugo n'avait pas besoin d'une énième adaptation aussi scolaire et expurgée - où pas loin - de toute noirceur,  et encore plus de toute essence politique), que sa galerie de comédiens/comédiennes jetés au loup sans réelle direction.
Tout le monde cabotine joyeusement, frise méchamment la déroute (coucou le tandem Camille Cottin et Benjamin Lavernhe en couple Thénardier, qui ferait presque oublier la baston de fronçage de sourcils entre Vincent Lindon et Tahar Rahim) et amuse involontairement son auditoire, symbole d'une fresque sociale proprette qui embrasse les mauvais choix avec une gourmandise presque malsaine, culminant à une embardée numérique cataclysmique qui plante le dernier clou du cercueil en colza, d'une cure de jouvence forcée et sans subtilité.

Le film de Cavayé s'est ramassé la tronche par terre et non, ce n'est pas uniquement la faute à Voltaire...


Jonathan Chevrier