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[SƎANCES FANTASTIQUES] : #135. Hodejegerne

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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !



#135. Headhunters de Morten Tyldum (2011)


Il existe des films qui, dès leurs premières images, installent un pacte tacite avec le spectateur : celui d'une intelligence narrative assumée, d'un plaisir du récit revendiqué, d'une virtuosité formelle jamais ostentatoire. Headhunters, réalisé en 2011 par le norvégien Morten Tyldum et adapté du roman de Jo Nesbø, est précisément ce genre de film. Thriller scandinave d'une redoutable efficacité, il s'impose comme l'une des œuvres les plus jouissives et les plus surprenantes du cinéma européen de genre de ces quinze dernières années, un objet cinématographique capable de tenir en haleine du premier au dernier plan tout en distillant une réflexion subtile sur l'identité masculine et le vertige de la chute.

Le personnage central, Roger Brown, est introduit avec un soin particulier. Chasseur de têtes réputé dans le milieu des affaires norvégiennes, il mène une existence apparemment enviable : femme sublime, maison d'architecte, statut social impeccable. Mais sous ce vernis de réussite se cache une fêlure profonde. Roger compense un complexe d'infériorité tenace, sa petite taille, son sentiment permanent de ne pas être à la hauteur, en finançant son train de vie luxueux grâce à une activité parallèle soigneusement dissimulée : le vol d'œuvres d'art. Ce double jeu, mené avec un aplomb confondant, constitue le ressort dramatique initial du film, et il est posé avec une économie narrative admirable. En quelques scènes à peine, Tyldum dresse le portrait d'un homme qui se raconte une histoire sur lui-même, et dont toute l'existence repose sur la capacité à maintenir cette fiction debout.

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Aksel Hennie, dans le rôle de Roger, livre une performance stupéfiante. Acteur au physique atypique, il incarne avec une précision redoutable les contradictions de ce personnage complexe : l'arrogance de façade et la fragilité intérieure, le sang-froid du manipulateur et la panique du gibier pris au piège. Car c'est bien ce renversement, de chasseur à proie, qui constitue le moteur dramatique du film. Lorsque Roger croise la route de Clas Greve, ancien militaire d'élite incarné par un Nikolaj Coster-Waldau absolument glaçant, le film bascule dans une tout autre dimension. Ce que l'on croyait être un thriller de cambriolage élégant se transforme en une course-poursuite haletante, brutale, souvent drôle, toujours tendue, où chaque rebondissement semble défier les lois de la vraisemblance avant de s'imposer avec une logique imparable.

C'est là l'un des tours de force les plus remarquables de Headhunters : sa capacité à naviguer entre les genres avec une fluidité déconcertante. Le film est à la fois thriller psychologique, comédie noire, film d'action et portrait de caractère, et il excelle dans chacun de ces registres sans jamais sacrifier la cohérence de l'ensemble. L'humour, souvent inattendu, surgit dans des situations d'une noirceur abyssale et produit un effet de contraste saisissant qui est la marque des grands films de genre. Certaines séquences, qui seraient insoutenables si elles étaient traitées avec un premier degré total, acquièrent une dimension presque burlesque qui les rend paradoxalement plus efficaces encore. Tyldum maîtrise cet équilibre instable avec un talent rare, sachant exactement jusqu'où pousser chaque situation sans rompre le fil de la tension.

La mise en scène est d'une élégance sobre et fonctionnelle. Pas de fioriture inutile, pas de recherche esthétique gratuite : chaque choix visuel est au service du récit, chaque cadre construit pour amplifier la sensation d'enfermement progressif qui étreint le personnage principal. Les paysages norvégiens, froids et désolés, contribuent à créer une atmosphère d'isolement qui renforce le sentiment de vulnérabilité de Roger. La photographie, aux teintes désaturées et aux contrastes marqués, colle parfaitement à l'univers moral du film, un monde où les apparences sont trompeuses et où la frontière entre le prédateur et la victime n'est jamais aussi nette qu'on le croit.

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Le scénario, adapté avec intelligence du roman de Jo Nesbø, est une mécanique d'horlogerie dont chaque pièce s'emboîte avec une précision jubilatoire. Les fausses pistes sont semées avec générosité, les retournements de situation s'enchaînent sans jamais paraître artificiels, et la résolution finale, à la fois inattendue et parfaitement cohérente avec ce qui précède, laisse le spectateur avec cette satisfaction rare d'avoir été mené en bateau avec brio. C'est le propre des grands thrillers : on accepte d'être trompé parce que la tromperie est menée avec talent et respect pour l'intelligence du public.

Headhunters est un film qui confirme la vitalité exceptionnelle du cinéma scandinave de genre, capable de produire des œuvres populaires et exigeantes à la fois, ancrées dans une réalité culturelle précise tout en parlant un langage universel. Morten Tyldum, avant de se tourner vers les productions hollywoodiennes, signe ici son chef-d'œuvre : un thriller sans temps mort, habité de personnages inoubliables, qui prouve que l'efficacité narrative et l'ambition artistique ne sont pas condamnées à s'ignorer.

Jess Slash'her