Breaking News

[CRITIQUE] : The Whisper Man


Réalisateur : James Ashcroft
Avec : Adam Scott, Robert De Niro, Michelle Monaghan,  Michael Keaton, Hamish Linklater,  Owen Teague,...
Distributeur : Netflix France
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h51min.

Synopsis :
Un auteur de romans policiers veuf, dont le fils de 8 ans est enlevé, se tourne vers son père éloigné, un ancien détective de police à la retraite, pour obtenir de l'aide, mais découvre un lien avec une affaire vieille de plusieurs décennies impliquant un tueur en série condamné, connu sous le nom de The Whisper Man.



 
Les récits policiers ne perdent pas de leur intérêt, bien accentués par l’actualité pas toujours très reluisante et la fascination permanente du grand public pour les tueurs en série. Il y avait donc de quoi intriguer avec ce Whisper Man, surtout après le succès dans les festivals de genre du précédent long-métrage de James Ashcroft, The Rule of Jenny Pen. Les amateurs d’intrigues laissant une couche de noirceur dans leur déroulé devraient donc en avoir pour leur argent avec cette série de meurtres d’enfants faisant ressurgir un assassin pourtant emprisonné depuis des années.

Le casting s’avère solide et investi à souhait, permettant d’ajouter à la crédibilité de nos protagonistes. Robert de Niro et Adam Scott parviennent ainsi à donner un corps certain à cette relation paternelle viciée, les rancœurs alimentant aussi bien la distance que l’inquiétude de l’héritage des points les plus sombres du père. Avec peu de choses, Michelle Monaghan parvient également à s’inscrire en policière confrontée à une sombre vague de crimes tandis que Michael Keaton esquive le surjeu que l’on aurait pu craindre de son personnage, faisant que nos personnages ont bien plus d’humanité par leur jeu que par leur écriture, manquant parfois de couches (malgré quelques points plus subtils et sombres).

David Lee / Netflix

Ainsi, la façon d’amener le mystère prend un certain temps et pourra rebuter une audience qui souhaite avoir tout, tout de suite et expliqué constamment verbalement. Même si le rythme pourra déplaire en ce sens et que l’on regrette que la mise en scène reste bien trop cadrée pour son propre bien, on apprécie l’approche et surtout l’envie de jouer par mystère, manque de sympathie et points parfois plus suggérés qu’exprimés. Cela rend le troisième acte, bien plus tendu, effectif à souhait, surtout vu certaines parties qui ne sont pas les plus aisées moralement et émotionnellement.

Sans réinventer ses codes et en ayant un rythme graduel qui pourra sembler un poil longuet, The Whisper Man ne manque pas d’attrait dans son approche narrative, particulièrement ses contours relationnels et la noirceur de son atmosphère. On y sent le mal-être d’une société américaine interrogeant continuellement son héritage avec une dernière partie à l’accélération bien maîtrisée. Bref, si l’on sent qu’il y avait moyen sans doute d’accentuer un peu plus ses meilleurs aspects, il y a clairement de quoi passer un très bon moment de thriller retors avec ce récit de pères en plein doute.  


Liam Debruel


David Lee / Netflix


Quiconque avait vu The Rule of Jenny Pen de James Ashcroft, petit bout de cinéma dément et déviant tout droit venue de Nouvelle-Zélande (et basé sur une nouvelle d'Owen Marshall), sait que le cinéaste est capable de swinguer un tant soit peu sur le fil ténu du thriller psychologique comme de l'horreur glaçante, quand bien même il n'arrive pas fondamentalement à tenir tout du long, les promesses folles de son concept original.

On en salivait d'avance, mais son précédent effort n'arrivait jamais vraiment à nous prendre au jeu des aléas meurtriers d'un John Lithgow en psychopathe senior qui terrorise/torture avec gourmandise les résidents d'une maison de retraite bien moins vifs et lucides que lui - le tout avec une poupée/marionnette sans yeux creapy as hell -, la faute à une limonade bien moins oppressante et sinistre qu'espérée (tout comme son concept à la crédulité vacillante sur la durée), qui laissait trop vite poindre les limites d'une écriture redontante et fragile comme le bassin d'un octogénaire, mais également d'une mise en scène qui désamorçait lentement mais sûrement une ambiance inquiétante à coups de gros plans/angles décalés tentant vainement de plonger son auditoire dans un sentiment de vertige palpable.

David Lee / Netflix

Son nouvel effort, The Whisper Man (adaptation du roman éponyme d'Alex North), est frappé du même sceau, tango désaccordé produit par les frères Russo (un signe évident de la catastrophe à venir), dont le concept Finchierien - avec un gros doigt de l'œuvre de Thomas Harris - en diable (un auteur de romans policiers veuf, dont le fils de 8 ans est enlevé, se tourne vers son père éloigné, un ancien détective de police à la retraite, pour obtenir de l'aide mais découvre qu'il est intimement lié avec une affaire vieille de plusieurs décennies impliquant un tueur en série condamné, connu sous le nom de The Whisper Man), bifurque maladroitement vers l'horreur surnaturelle aux accents prévisibles (jusque dans son twist, tant l'identité du tueur est surlignée assez rapidement) et à la logique/cohérence déclinante, Ashcroft peinant une nouvelle à donner du corps à un suspense en charentaises (au point que l'accumulation de disparitions d'enfants devient presque anecdotique, même si les liens émotionnelles qui soutiennent les relations entre les personnages, s'avèrent suffisamment charpentés pour maintenir l'intérêt), mais également à soutenir les performances plutôt convaincantes de sa distribution (d'un Robert De Niro parfait en flic désabusé à la retraite, à un Adam Scott intense en père veuf frustré et désemparé, lui qui est une nouvelle fois dans la peau d'un écrivain après le génial Hokum de Damian McCarthy en début d'année).

Même la photographie aux palettes de couleurs sombres du talentueux Peter Deming (un habitué du cinéma de feu David Lynch), apparaît désespérément fade et sans relief, symbole d'un thriller convenu au rythme excessivement lancinant et à la familiarité exacerbée, tout droit sorti des années 90 (jusqu'à nous dégainer un Michael Keaton en mode serial killer comme dans L'Enjeu de Barbet Schroeder !) et pas de celles qui suscite une quelconque nostalgie...



Jonathan Chevrier