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[CRITIQUE] : Jim Queen


Réalisateurs : Nicolas Athane et Marco Nguyen
Avec : avec les voix de Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon, Philippe Katherine,...
Distributeur : The Jokers Films
Budget : -
Genre : Animation, Comédie.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h20min.

Synopsis :
Ce film est présenté en Séances de Minuit au Festival de Cannes 2026.

Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d'empêcher l'extinction de l’homosexualité...





Chaque année au sein d'un calendrier Cannois toute en promesses de découvertes (même si la compétition officielle reste bardée de visages familiers...), la section Séances de Minuit à un petit statut à part, sorte de monde de tous les possibles où les voitures rutillantes d'une bisserie de patrimoine (maintenant, ça se dit) porté par un Vinnou Diesel pas encore totalement monolithique, viendrait titiller la bizarrerie parfois (souvent) hermétique d'un Quentin Dupieux tournant un bon film sur deux (voire trois, comme en ce moment), où la décontraction savoureusement singulière d'un Bertrand Mandico ayant les clés de la maison Croisette depuis toujours, irait amoureusement cohabiter avec un énième délire d'infecté du filou sud-coréen Yeon Sang-ho.

Copyright The Jokers Films

Un sacré bordel, clairement de ceux dont toute épopée cannoise ne peut pas se passer.
Mais même au coeur d'une sélection 2026 franchement pas piquée des hannetons (et qui, sur le papier, avait plus de gueule que sur les précédentes éditions), Jim Queen du tandem Nicolas Athane/Marco Nguyen et résolument produit à dure, est presque un (formidable) OFNI à part entière en cousin pas si eloigné des dingueries excentrico-décomplexées du roi Katsuhiro Ōtomo, merveilleuse couille dans le pâté (oui, c'est un compliment) d'une animation bien de chez nous dont l'intelligence et l'anticonformisme (totalement assumé) comme l'originalité et la douce folie, sont appelés à tout exploser sur leur passage.

Flairez un peu le tableau : un trip animé SF pour adulte (mais pas que(ue)... même pas pardon) façon dystopie queer absurde et déglinguée cloué à la vaseline d'une icone de la scène gay parisienne, Jim, dont la vie bascule lorsqu'il contracte l'Hétérose (métaphore à peine voilée du SIDA), un étrange virus qui rend les hommes gays hétérosexuels, l'obligeant à faire équipe son dernier disciple - et premier admirateur -, Lucien, un jeune homme en quête d'identité et d'acceptation de soi (et dont la maman, Ministre de la Santé ouvertement homophobe, n'est vraiment pas la plus saine qui soit), pour trouver dans la capitale un remède mystérieux - la chloroqueer - capable de guérir Jim mais également d'empêcher l'extinction de l'homosexualité...

Copyright The Jokers Films

Manifeste queer kitsch et aux couleurs pop absolument hilarant (logique pour un pur produit du studio Bobbypills), dont les contours cartoonesques faussement inoffensifs incarnent l'arme la plus létale pour tromper la linéarité d'une narration certes simpliste mais limpide (son didactisme est même presque une force, même dans sa relecture des codes de la romance), qui vient tordre les stéréotypes comme les archétypes entourant une communauté gay dont il reprend habilement les références tout en ne masque jamais les travers; le film ose beaucoup à travers un esprit - et un courage - politique (un gouvernement faciste qui veut ni plus ni moins éradiquer l'homosexualité, pas si déconnant dans une France aux portes des extremes et où l'évolution des droits de la communauté LGBTQIA+ n'est plus la même sous la gouvernance actuelle) qui n'est jamais éclaboussé par la folie d'un humour irrévérencieux mais constamment complice, et fait (très) souvent mouche.

Un petit bonbon acidulé façon satire à la crudité affirmée, accessible (même si le sexe est partout) et universelle (meilleur film sur la Gaystapo de l'histoire du cinéma), typiquement le genre de séance férocement essentielle qui ne donne envie que d'une seule chose : qu'elle débarque vite en salles pour être revue en boucle.


Jonathan Chevrier