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[CRITIQUE] : Nuestra Tierra


Réalisatrice : Lucrecia Martel
Acteurs : -
Distributeur : Météore Films
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Argentin, Américain, Mexicain Français, Hollandais, Danois.
Durée : 2h08min.

Synopsis :
Argentine, 2009. Trois hommes blancs tentent d'expulser les membres de la communauté autochtone Chuschagasta, revendiquant la propriété des terres. Armés, ils tuent le chef de la communauté, Javier Chocobar. Le meurtre est filmé, et en 2018, après neuf ans d’impunité et des siècles d’histoire coloniale, le procès s’ouvre.





Le cinquième long-métrage de la cinéaste argentine Lucrecia Martel (que l'on avait laissé l'an dernier, quasiment jour pour jour, avec le film-concert Björk : Cornucopia, qui s'attardait sur l'une des dates - Lisbonne - de la tournée événement de la chanteuse islandaise), Nuestra Tierra, s'articule autour d'une question à la fois naïve et lourde de sens : dans une société contemporaine où la lente invasion de la modernité - et plus directement d'un néolibéralisme à l'expropriation/gentrification facile - vient irrémédiablement empoisonner l'univers exilé et longtemps protégé de la campagne, à qui appartient réellement la terre ?

À qui appartient réellement une petite parcelle de mère nature, à ceux qui l'on fait sienne par un pouvoir économique écrasant, au détriment de toute vérité humaine, où à celles et ceux qui l'occupent, y vivent et la travaillent depuis toujours, de générations en générations ?

Une question qu'elle juxtapose au sein d'une communauté autochtone Chuschagasta, peuple indigène de Tucumán vivant au coeur des terres verdoyantes du nord-est de l'Argentine, une communauté autochtone du nord de l’Argentine qui sont les énièmes victimes des ravages d'un néocolonialisme tout en coercition et en contrôle, poussant à l'uniformisation et répugnant tout sentiment d'appartenance; des âmes acculées qui lutte pour leur survie et tentent de faire valoir leurs droits face à de prétendus propriétaires qui, en tentant de les expulser de leurs terres, ont assassinés de sang froid le chef de la communauté, Javier Chocobar.

C'est leur procès, après neuf ans d’impunité, qui sert de fil rouge à une exploration méticuleuse et dénuée de tout sentimentalisme putassier, d'une injustice systémique et violente consciemment perpétrée (et sans la moindre impunité), qui prend tout autant les contours il est vrai résolument plus abstrait, d'une célébration de l'histoire comme la résilience d'une communauté méfiante - à raison - d'une société moderne brutale et méprisante.
Une oeuvre puissant dont la singularité comme le rythme un poil en dents de scie (deux heures de bobines qui se font bien sentir), laissera sans doute plus d'un spectateur sur le carreau.
Il n'en reste pas moins une peinture nécessaire et inédite d'une Argentine contemporaine rarement abordée sous ce prisme, sur grand écran.


Jonathan Chevrier