[SƎANCES FANTASTIQUES] : #120. Detention

Copyright Samuel Goldwyn Company / Sony
Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Il y a des films qui se regardent tranquillement, assis dans son fauteuil, et il y a Detention. Ce deuxième long métrage de Joseph Kahn, réalisateur de clips pour Britney Spears et Taylor Swift, reconverti en cinéaste avec l'inconfort assumé du surdoué turbulent, appartient résolument à la seconde catégorie. Dès les premières secondes, le ton est posé : une cheerleader se présente face caméra avec une arrogance calculée, les sous-titres s'enchaînent à une vitesse indécente, les références culturelles pleuvent comme une averse de grêle. Le film ne vous laissera pas respirer.
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La mise en scène, héritée du monde du clip, possède une vraie personnalité. Kahn compose des plans léchés, joue sur les infographies à l'écran (SMS, statistiques, annotations) qui transforment chaque séquence en page internet animée. Cette logique d'onglets ouverts en permanence, de zapping perpétuel, capture quelque chose d'authentique sur la manière dont une génération élevée sous flux RSS et réseaux sociaux perçoit le monde. La forme est le fond : Detention parle de la culture pop en étant de la culture pop, jusqu'à l'indigestion.
La scène éponyme de la retenue, ce plan-séquence à rebours qui traverse vingt ans de styles vestimentaires et de bandes sonores dans la même salle de classe est un vrai morceau de bravoure, impeccablement chorégraphié. Elle justifie à elle seule l'attention portée au film. De même, la bande-son est une réussite : les années 90 y sont convoquées avec un amour sincère qui évite le simple plagiat nostalgique.
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Le casting joue le jeu avec une générosité désarmante. Shanley Caswell porte le film sur ses épaules, attachante en adolescente paumée qui sert de guide au spectateur dans ce labyrinthe. Josh Hutcherson, quelques mois avant « Hunger Games », confirme un charme naturel. Même Dane Cook, habituellement insupportable, trouve ici un registre qui lui convient, celui du proviseur absurde.
Le problème de Detention, c'est précisément ce qui fait sa singularité : il ne s'arrête jamais. L'accumulation de références; Retour vers le futur, Donnie Darko, Scream, The Breakfast Club, La Mouche, Lolita malgré moi, les Backstreet Boys, 50 Cent, et des dizaines d'autres, finit par produire l'effet inverse de celui escompté. Au lieu d'enrichir le propos, elle l'étouffe. On assiste à un name-dropping frénétique qui tourne parfois à vide, comme si l'accumulation de citations devait tenir lieu de substance narrative. Le film cite, donc il existe. Mais citer n'est pas analyser, et reconnaître n'est pas ressentir.
Le rythme est un autre écueil majeur. L'hyper-cinétisme de Kahn, séduisant dans un clip de trois minutes, devient épuisant sur quatre-vingt-huit. Le film ne s'autorise aucune pause, aucune respiration, aucune séquence qui laisserait le spectateur s'installer dans une émotion. On rit, certes, mais d'un rire vite étouffé par la prochaine blague qui arrive déjà. Ce refus de tout silence finit par creuser un paradoxal sentiment d'ennui : à force d'être stimulé sans interruption, on finit par décrocher.
La cohérence narrative est également sacrifiée sur l'autel du délire. Le scénario, qui multiplie les intrigues parallèles; serial killer, voyage temporel, mutation génétique, triangle amoureux, et peine à les articuler de façon satisfaisante. La résolution finale, bien qu'ingénieuse dans ses intentions, laisse un goût d'expédition bâclée. Tout s'explique, mais rien ne s'impose vraiment. On comprend les mécanismes sans adhérer à l'histoire.
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Enfin, le film souffre d'un cynisme parfois trop confortable. La déconstruction des codes du teen-movie est réelle, mais elle reste en surface : Kahn se moque des clichés qu'il reproduit simultanément, ce qui lui confère une immunité critique facile. Tout peut être justifié par le second degré. C'est une posture intellectuellement commode qui évite les vrais risques.
Detention est un film qu'on ne peut pas ignorer, et c'est déjà beaucoup. Il témoigne d'une ambition formelle réelle, d'un amour sincère pour le cinéma de genre et d'une énergie créatrice difficile à trouver dans la production mainstream. Mais cette ambition est desservie par une incapacité à choisir, à élaguer, à faire confiance au spectateur. Le film s'agite trop pour qu'on puisse vraiment le saisir. Il fascine par intermittence, fatigue par excès, et laisse au final une impression mitigée : celle d'un talent indéniable qui aurait mérité un cadre plus rigoureux pour pleinement s'exprimer.










