Breaking News

[CRITIQUE] : La Fille du Konbini


Réalisatrice : Yûho Ishibashi
Acteurs : Erika Karata, Haruka Imô, Kazuma Ishibashi,...
Distributeur : Art House
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Japonais.
Durée : 1h16min.

Synopsis :
À 24 ans, Nozomi a abandonné son tailleur de commerciale pour l’uniforme modeste d’une supérette. Entre la monotonie rassurante du quotidien et la complicité de ses collègues, elle pense avoir trouvé un fragile équilibre. Mais l’irruption d’une ancienne amie du lycée dans le “konbini” vient bouleverser sa routine et la confronter à ses choix de vie.





Ce serait un brin malhonnête de demander à une œuvre telle que La Fille du Konbini, estampillé troisième long-métrage de la cinéaste nippone Yûho Ishibashi (mais seulement le premier a avoir été invité à squatter nos salles obscures), de péter plus que de raison dans la soie de l'originalité, ne serait-ce parce qu'il incarne l'adaptation en prises de vue réelles du roman La Fille de la supérette de Sayaka Murata (prix Goncourt japonais, tout de même), mais aussi et surtout parce qu'il tire justement toute sa force dans la familiarité d'un récit aussi mélancolique que délicat, dans la justesse de son drame doux et humain dont le groove lancinant vient taquiner nos cœurs parce que l'on en connaît justement, toutes les notes.

Point de pimpant ni de surprise donc dans cette belle et honnête chronique existentielle qui ne dépasse jamais l'ampleur tendre du quotidien (l'humanité dans ce qu'elle a de plus banale et magnifiquement extraordinaire à la fois), qui n'apparaît jamais totalement fictive tant elle concocté avec la tête et l'âme, tout du long au plus près des vicissitudes d'une " fille du Konbini ", Nozomi (la magnifique Haruka Imô, que la cinéaste avait déjà dirigé pour son Sayounara), 24 ans au compteur, une figure solitaire et effacée qui a abandonné son tailleur de commerciale pour l’uniforme modeste d’une supérette (acte qu'elle n'a jamais avoué à ses parents).

Copyright Arthouse

Un boulot en apparence tout aussi anxiogène (répétitif et peu épanouissant, qu'elle aborde d'une manière affreusement mécanique) mais qui incarne pour elle une monotonie des plus rassurantes (un petit job, qui va de pair avec un petit appartement tout aussi fonctionnel), un équilibre certes fragile mais essentiel qui se voit pourtant bousculé lorsqu'elle fait la rencontre d’une ancienne amie du lycée - avec qui elle partage la même solitude écrasante -, qui la pousse malgré elle à une remise en question de ses choix de vie, de sa marginalité consentie et curative après un burn out (même si elle désire ardemment se connecter aux autres), à sa quête de liberté et de sens dans une société nippone prônant l'individualisme et une culture du travail profondément toxique.

S'il n'atteint jamais véritablement la mélancolie douce-amère et déchirante qu'il espérait sans doute tutoyer du bout de sa modeste pellicule (qui ne dépasse même pas les 80 minutes de bobines), La Fille du Konbini n'en reste pas moins un petit bout de cinéma poignant et attachant, une belle et délicate tranche de vie d'une femme hésitante mais résiliente, plus solaire que ne le laisse présager la monotonie terne de sa situation.
On n'en demandait pas forcément plus.


Jonathan Chevrier