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[CRITIQUE] : Die my love


Réalisatrice : Lynne Ramsay
Acteurs : Jennifer Lawrence, Robert Pattinson, Sissy Spacek, Nick Nolte, LaKeith Stanfield,...
Distributeur : Bac Films / StudioCanal
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Canadien.
Durée : 1h58min

Synopsis :
Grace et Jackson fuient New York et décident de fonder une famille dans l’immensité sauvage du Montana. Mais quand leur fils naît, lasse et en proie à une solitude grandissante, Grace sent sa réalité lui échapper. Peu à peu, elle perd pied, fragilisée par une maternité qu’elle affronte presque seule.




On se souvient tous du plutôt réussi Nightbitch de Marielle Heller, débarqué l'an dernier sur une Disney Plus beaucoup trop petite pour elle, exploration plus méditative qu'organique sur la maternité et l'agacement/frustration face à la répétitivité harassante qu'elle impose sur le quotidien, exposant les ironies douloureuses et la solitude d'être une femme ayant mis de côté ses rêves pour devenir mère (un ennui existentiel qui fait mourir son héroïne à petit feu), et dans le même mouvement, les dites joies de la maternité auprès d'un bambin absolument adorable (avec une cinéaste qui retranscrivait joliment l'amour profond qui peut unir un parent et son enfant).

Copyright Black Label Media / Bac Films / StudioCanal / Mubi

S'il voguait peut-être un poil trop dans le petit bain tranquille de la structure comico-dramatique Hollywoodienne conventionnelle (leçons moralistes facilement comprises, conflits résolus sans encombres, récit restant à la surface des désirs refoulés et de la stagnation d'une mère, jouant de la gymnastique éculée entre projection et réalité,...) pour explorer viscéralement le désordre de la maternité et les instincts primaires parfois contradictoires qui l’accompagnent, Die My Love de Lynne Ramsay lui, fruit aussi d'une adaptation littéraire (le roman éponyme d'Ariana Harwicz), joue moins la carte de la comédie matinée d'humour noir (même si il en use également) que celle du thriller psychologique tout en excès, dans sa manière d'aborder la dépression post-partum à travers le récit elliptique et introspectif (donc troublé), d'une mère qui bascule d'un état dépressif à la folie après la naissance de son premier enfant.

Dans ce qui peut se voir comme un prolongement thématique de son brillant We Need to Talk About Kevin (autant dans sa déclinaison du thème de la culpabilité,  cher à son cinéma, que dans une exploration de la maternité confrontée à l'horreur) voire un contrepoint au Antéchrist de Lars Von Trier (qui ferait aussi écho au Répulsion de Polanski), Ramsay suit la lente dégradation mentale d'une âme anticonformiste confrontée de plein fouet à l'enfer de la vie monogamo-domestique et des normes sociales étouffantes, emprisonnée dans une prison de verre tout en devoirs maternels, en frustrations créatives comme sexuelles et en confrontations de plus en plus brutales (couplées aux aboiements incessants d'un chien particulièrement bruyant), et qui voit dans la compréhension feinte d'un époux fuyant et les discours d'une belle-mère censés l'apaiser et la mener sur la voie de l'harmonie normative et domestique (les idéaux traditionnels et patriarcaux toxiques répétés comme des mantras), les gouttes de pisse qui font déborder la cuvette du bon sens et de la raison.

Copyright Black Label Media / Bac Films / StudioCanal / Mubi

Une véritable bête en cage tout en ressentiments et en fureur, qui ne voit en la destruction émotionnelle et totale de tout (même d'elle-même), sa seule porte de sortie face au vide absolu, face à la violence d'un conformisme patriarcal insatisfaisant et étouffant, qui a brisé plus d'une femme avant elle.
Une femme malade en quête de sens (émotionnel, charnel, maternel) et d'existence, dont chaque proche essaye de minimiser le trouble et les pulsions macabres/masochistes comme la douleur, incarnation d'une vérité rarement abordé à l'écran (concevoir la maternité comme un cauchemar horrible), incarnée par une Jennifer Lawrence - littéralement - brute de pomme et intense, dont la prestation anarchique porte le film sur ses larges épaules (un rôle qui se fait l'antithèse de sa " Mother " dans le film éponyme de Darren Aronofsky), la faute à une écriture - comme une direction d'acteurs - un poil trop légère pour ce qui est des autres personnages, presque accessoires dans ce récit profondément introspectif et brutal (mais pas moins empathique) au coeur du chaos, que la cinéaste orchestre dans un ballet à la fois intime et distancé (caméra au plus près des corps, montage clinique, sens du cadre indéniable).

Si l'on pourra tiquer un brin sur sa propension à se perdre un peu trop dans une répétition de séquences/situations à l'excessivité graduelle, voire à baliser son étude psychopathologique sur la voie de la prévisibilité (sans oublier, comme dit plus haut, la profondeur inerte de tous les protagonistes en-dehors de Grace), difficile de ne pas être happé par cette chronique d'un délitement sourd et intime de soi, aussi intense que bouleversante.


Jonathan Chevrier