[CRITIQUE] : Leviticus
Réalisateur : Adrian Chiarella
Acteurs : Joe Bird, Stacy Clausen, Mia Wasikowska, Jeremy Blewitt,...
Distributeur : Originals Factory
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Australien.
Durée : 1h28min.
Synopsis :
Deux adolescents doivent échapper à une entité violente qui prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre.
N'ayons pas peur des grandes formules qui sentent gentiment le pâté aussi gras que faisandé : au cœur d'une nouvelle édition d'un Étrange Festival certes dense en péloches horrifiques mais toutes frappées d'une qualité diverse (pour être poli, soit nous sommes devenus des cinéphiles aigris, soit cette cuvée 2026 s'avère réellement moins goûteuse que les précédentes), Leviticus, estampillé premier long-métrage d'un Adrian Chiarella qui confirme que le cinéma d'épouvante australien - notamment à forte tendance politico-biblique - se porte mieux que bien, avait presque une belle allure de Messie sur pellicule (on baigne dans l'exagération la plus totale, mais adhère au délire quand-même cher lecteur adoré), lui qui semblait fièrement s'inscrire dans la veine de l'excellent They/Them de John Logan comme du totem It Follows de David Robert Mitchell (une adolescence américaine étouffée par la culpabilité comme les angoisses que lui renvoie sa sexualité - spectre menaçant à la clé), à travers un concept qui prend racine dans la volonté de condamner durement - et d'une manière surnaturelle - l'homosexualité, d'instrumentaliser l'attirance entre deux jeunes adolescents du même sexe pour y faire naître une violence sourde, transformer leur désir et leurs certitudes émotionnelles comme une arme contre eux-mêmes.
Soit les malheurs rencontrés par Naim et Ryan, fraîchement amis et en pleine découverte de leur corps comme de leur sexualité naissante, dont la rumeur de l'attirance mutuelle vont être confrontés de plein fouet à une affirmation des règles d'appartenance religieuses de leur communauté rurale australienne : une thérapie de conversion qui doit les " purger " de leur homosexualité, dont la supposée guérison les confronte à une entité qui les hante/traque en empruntant les traits de celui qu'ils désirent.
Plus ses deux amants maudits passent du temps ensemble, plus ils nourrissent leur prédateur qui transforme, punit ce qu'ils sont, les obligeant à prendre pour vérité intime cette conception étriquée de la bienséance sentimentale et sexuelle, vantée par les adultes.
Penchant plus volontiers vers la romance queer et poignante aux plus près des émotions de ses personnages, que de l'épouvante pure riche en sursauts (au point que son horreur est des plus conventionnelle, d'autant que sa narration, au-delà de bazarder tous ses personnages secondaires, surligne un peu - beaucoup - trop sa métaphore), Chiarella sonde la morosité et la désespérance nichée dans le déclin social et humain d'une société contemporaine au radicalisme - et à la xénophobie - de plus en plus exacerbé, se réfugiant dans les jupons bienveillants d'une convenance/piété faussement tranquille mais réellement dangereuse (où quand le dogme religieux stigmatise, marginalise, agresse ce qu'il ne considère pas comme une norme), qui en vient à déformer sous le poids d'une coercition collective fanatique et aveugle, la tendresse du sentiment amoureux et l'intimité en un mal aliénant et étouffant que l'on apprend à haïr.
Acteurs : Joe Bird, Stacy Clausen, Mia Wasikowska, Jeremy Blewitt,...
Distributeur : Originals Factory
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Australien.
Durée : 1h28min.
Synopsis :
Deux adolescents doivent échapper à une entité violente qui prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre.
N'ayons pas peur des grandes formules qui sentent gentiment le pâté aussi gras que faisandé : au cœur d'une nouvelle édition d'un Étrange Festival certes dense en péloches horrifiques mais toutes frappées d'une qualité diverse (pour être poli, soit nous sommes devenus des cinéphiles aigris, soit cette cuvée 2026 s'avère réellement moins goûteuse que les précédentes), Leviticus, estampillé premier long-métrage d'un Adrian Chiarella qui confirme que le cinéma d'épouvante australien - notamment à forte tendance politico-biblique - se porte mieux que bien, avait presque une belle allure de Messie sur pellicule (on baigne dans l'exagération la plus totale, mais adhère au délire quand-même cher lecteur adoré), lui qui semblait fièrement s'inscrire dans la veine de l'excellent They/Them de John Logan comme du totem It Follows de David Robert Mitchell (une adolescence américaine étouffée par la culpabilité comme les angoisses que lui renvoie sa sexualité - spectre menaçant à la clé), à travers un concept qui prend racine dans la volonté de condamner durement - et d'une manière surnaturelle - l'homosexualité, d'instrumentaliser l'attirance entre deux jeunes adolescents du même sexe pour y faire naître une violence sourde, transformer leur désir et leurs certitudes émotionnelles comme une arme contre eux-mêmes.
Soit les malheurs rencontrés par Naim et Ryan, fraîchement amis et en pleine découverte de leur corps comme de leur sexualité naissante, dont la rumeur de l'attirance mutuelle vont être confrontés de plein fouet à une affirmation des règles d'appartenance religieuses de leur communauté rurale australienne : une thérapie de conversion qui doit les " purger " de leur homosexualité, dont la supposée guérison les confronte à une entité qui les hante/traque en empruntant les traits de celui qu'ils désirent.
Plus ses deux amants maudits passent du temps ensemble, plus ils nourrissent leur prédateur qui transforme, punit ce qu'ils sont, les obligeant à prendre pour vérité intime cette conception étriquée de la bienséance sentimentale et sexuelle, vantée par les adultes.
Penchant plus volontiers vers la romance queer et poignante aux plus près des émotions de ses personnages, que de l'épouvante pure riche en sursauts (au point que son horreur est des plus conventionnelle, d'autant que sa narration, au-delà de bazarder tous ses personnages secondaires, surligne un peu - beaucoup - trop sa métaphore), Chiarella sonde la morosité et la désespérance nichée dans le déclin social et humain d'une société contemporaine au radicalisme - et à la xénophobie - de plus en plus exacerbé, se réfugiant dans les jupons bienveillants d'une convenance/piété faussement tranquille mais réellement dangereuse (où quand le dogme religieux stigmatise, marginalise, agresse ce qu'il ne considère pas comme une norme), qui en vient à déformer sous le poids d'une coercition collective fanatique et aveugle, la tendresse du sentiment amoureux et l'intimité en un mal aliénant et étouffant que l'on apprend à haïr.
La cruauté humaine a toujours été plus terrifiante et destructrice que toutes les menaces surnaturelles...
Jonathan Chevrier
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| Copyright Neon |
Certaines genèses disent déjà tout d'un film, et celle de Leviticus en fait partie. Premier long-métrage d'Adrian Chiarella, développé dans le cadre du programme Originate de VicScreen sous mentorat, le film porte la marque de Causeway Films, la maison de production australienne qui nous avait déjà offerts La Main et Bring Her Back, et qui avait produit Mister Babadook avant ça. Autant dire un pedigree qui ne trompe pas sur l'exigence du projet. Présenté en janvier dans la section Midnight du festival de Sundance, le film y a déclenché une véritable guerre des enchères avant d'être raflé par NEON, le distributeur qui a le nez pour dénicher les prochains classiques instantanés du genre, de Parasite à Longlegs. Rarement un premier film aura suscité un tel engouement en amont de sa sortie, et le résultat à l'écran justifie amplement cette ferveur.
Le postulat de départ suffit à donner le vertige : deux adolescents, Naim et Ryan, tissent un lien amoureux qui dérange leur communauté ultra-religieuse, jusqu'à ce qu'un rituel de "conversion" leur soit imposé. Sauf que ce rituel, au lieu d'éradiquer ce qu'on leur reproche, libère une entité malveillante qui prend systématiquement la forme de la personne qu'ils désirent le plus, c'est-à-dire l'un l'autre. Le geste est aussi simple que vertigineux : Chiarella transforme la violence de la thérapie de conversion en authentique cauchemar surnaturel, et fait de l'objet même de la haine communautaire l'instrument de la terreur. C'est d'une intelligence rare, et ça évite l'écueil de la métaphore appuyée pour aller vers quelque chose de beaucoup plus organique et dérangeant.
Formellement, le film impressionne par sa capacité à installer une peur diffuse, presque silencieuse. Plutôt que de multiplier les jumpscares faciles, la mise en scène de Chiarella laisse la tension se resserrer progressivement, plan après plan, jusqu'à rendre insupportable le moindre regard échangé entre les deux garçons. La caméra s'attarde sur les visages, sur les silences, sur ces gestes à peine esquissés qui pourraient être les derniers. Cette économie de moyens n'a rien d'une pudeur timide : c'est un choix radical qui fait de l'intime le véritable terrain de l'épouvante, bien plus efficace que n'importe quelle débauche d'effets. Le refus de cette facilité au profit d'une angoisse qui infuse lentement est une vraie prise de risque pour un premier film, et elle paie à chaque instant.
Les deux jeunes acteurs, Joe Bird et Stacy Clausen, portent le film avec une justesse impressionnante pour leur âge. Ils doivent naviguer entre l'innocence du sentiment naissant et l'horreur pure, souvent dans la même scène, et ne trébuchent jamais. Autour d'eux, Mia Wasikowska, également productrice exécutive du film, apporte une présence aussi brève que marquante, pendant qu'Ewen Leslie incarne avec une froideur glaçante le poids de la communauté et de son fanatisme. Chaque acteur secondaire semble avoir compris exactement la tonalité fragile que le film cherche à tenir.
On pourrait pinailler sur le rythme, volontairement contemplatif, qui demande au spectateur d'accepter de se laisser happer sans attendre de pic d'adrénaline toutes les dix minutes. Ceux qui viennent chercher une horreur frontale et gore pourraient trouver le temps long par endroits, tant Chiarella préfère creuser l'inconfort psychologique plutôt que multiplier les effusions. Mais ce choix de tempo, loin d'être un défaut, est précisément ce qui distingue le film du tout-venant du genre : il fait le pari de la patience là où d'autres auraient cédé à la facilité, et c'est ce pari qui donne au dénouement toute sa puissance.
Car la fin, elle, frappe fort, portée par un morceau de Frank Ocean dont c'est la toute première autorisation d'utilisation musicale pour un long-métrage depuis des années, un geste qui en dit long sur la confiance que l'artiste a placée dans le film. Ce choix final résume à lui seul l'ambition de Leviticus : faire de l'épouvante un vecteur d'émotion pure, et transformer un cauchemar collectif en acte de libération individuelle. On ressort de la salle secoué, ému, et convaincu d'avoir assisté à l'éclosion d'un cinéaste qui compte déjà parmi les voix les plus singulières du genre.
Le postulat de départ suffit à donner le vertige : deux adolescents, Naim et Ryan, tissent un lien amoureux qui dérange leur communauté ultra-religieuse, jusqu'à ce qu'un rituel de "conversion" leur soit imposé. Sauf que ce rituel, au lieu d'éradiquer ce qu'on leur reproche, libère une entité malveillante qui prend systématiquement la forme de la personne qu'ils désirent le plus, c'est-à-dire l'un l'autre. Le geste est aussi simple que vertigineux : Chiarella transforme la violence de la thérapie de conversion en authentique cauchemar surnaturel, et fait de l'objet même de la haine communautaire l'instrument de la terreur. C'est d'une intelligence rare, et ça évite l'écueil de la métaphore appuyée pour aller vers quelque chose de beaucoup plus organique et dérangeant.
Formellement, le film impressionne par sa capacité à installer une peur diffuse, presque silencieuse. Plutôt que de multiplier les jumpscares faciles, la mise en scène de Chiarella laisse la tension se resserrer progressivement, plan après plan, jusqu'à rendre insupportable le moindre regard échangé entre les deux garçons. La caméra s'attarde sur les visages, sur les silences, sur ces gestes à peine esquissés qui pourraient être les derniers. Cette économie de moyens n'a rien d'une pudeur timide : c'est un choix radical qui fait de l'intime le véritable terrain de l'épouvante, bien plus efficace que n'importe quelle débauche d'effets. Le refus de cette facilité au profit d'une angoisse qui infuse lentement est une vraie prise de risque pour un premier film, et elle paie à chaque instant.
Les deux jeunes acteurs, Joe Bird et Stacy Clausen, portent le film avec une justesse impressionnante pour leur âge. Ils doivent naviguer entre l'innocence du sentiment naissant et l'horreur pure, souvent dans la même scène, et ne trébuchent jamais. Autour d'eux, Mia Wasikowska, également productrice exécutive du film, apporte une présence aussi brève que marquante, pendant qu'Ewen Leslie incarne avec une froideur glaçante le poids de la communauté et de son fanatisme. Chaque acteur secondaire semble avoir compris exactement la tonalité fragile que le film cherche à tenir.
On pourrait pinailler sur le rythme, volontairement contemplatif, qui demande au spectateur d'accepter de se laisser happer sans attendre de pic d'adrénaline toutes les dix minutes. Ceux qui viennent chercher une horreur frontale et gore pourraient trouver le temps long par endroits, tant Chiarella préfère creuser l'inconfort psychologique plutôt que multiplier les effusions. Mais ce choix de tempo, loin d'être un défaut, est précisément ce qui distingue le film du tout-venant du genre : il fait le pari de la patience là où d'autres auraient cédé à la facilité, et c'est ce pari qui donne au dénouement toute sa puissance.
Car la fin, elle, frappe fort, portée par un morceau de Frank Ocean dont c'est la toute première autorisation d'utilisation musicale pour un long-métrage depuis des années, un geste qui en dit long sur la confiance que l'artiste a placée dans le film. Ce choix final résume à lui seul l'ambition de Leviticus : faire de l'épouvante un vecteur d'émotion pure, et transformer un cauchemar collectif en acte de libération individuelle. On ressort de la salle secoué, ému, et convaincu d'avoir assisté à l'éclosion d'un cinéaste qui compte déjà parmi les voix les plus singulières du genre.
Jess Slash'her










