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[CRITIQUE] : L'Invitation


Réalisatrice : Olivia Wilde
Acteurs : Olivia Wilde, Penélope Cruz, Seth Rogen, Edward Norton,...
Distributeur : Maverick Distribution
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h47min.

Synopsis :
Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.



Pour ceux qui sont un tant soit peu initiés au cinéma du cinéaste espagnol Cesc Gay (clairement l'un des jeunes cinéastes les plus importants du moment au sein du cinéma ibérique), l'excellent Sentimental
roulait gentiment sa bosse en terrain conquis (et à forte résonance française, d'où la légitimité de sa déclinaison française en 2024), véritable vaudeville prenant les contours d'une comédie caustique et sacarcastique - qui ne brade pas pour autant ses élans sentimentaux -, sur un couple en pleine crise conjugal à l'aube de l'âge dit de « maturité ».

Familière, la mayonnaise fonctionnait pourtant dès la première minute grâce à l'investissement sans bornes et au charisme impeccable du casting vedette (Javier Cámara, Alberto San Juan, Belén Cuesta et Griselda Siciliani sont tout simplement exceptionnels), tout autant qu'à la maîtrise que pouvait avoir Gay dans sa volonté d'équilibrer convenablement, au coeur d'un cadre intime et limité (un bel appartement barcelonais), son humour carnassier avec les nombreux rebondissements de son intrigue.

Une comédie vissée sur deux couples bien distincts (un plus jeune qui vient dîner - ou plutôt aider - chez leur voisin, dont la routine devient de plus en plus confirme à l'adage selon lequel « la familiarité engendre le mépris ») sachant habilement dévoiler la vérité de ses personnages - qu'il aimait passionnément - au-delà des couches d'angoisses et de contraintes qu'ils s'imposent, autant que d'user du sarcasme pour les protéger de la douleur.
Épuré à l'extrême (à peine 80 minutes au compteur), étonnamment franc dans son exposé théâtral, drôle et rafraîchissant sur le comportement de la classe moyenne en plein âge moyen, Sentimental montrait comment parfois, dans la vie conjugale, les gens ont besoin d'être confrontés à un vrai choc pour réaliser ce qui se passe sous leur nez, puisque comme toutes les actions ont des conséquences, l'inaction peut elle aussi menacer un mariage...

Copyright Sundance Film Festival / FilmNation Entertainment / Annapurna Pictures / Maverick Distribution

Six ans plus tard, place à sa déclinaison américaine donc (la sixième de la pièce originale en tout, en autant d'années... damn), soutenue par un buzz particulièrement costaud (au point de potentiellement considérer le film comme un prétendant sérieux à la prochaine course aux statuettes dorées), et chapeauté par une Olivia Wilde dont on imaginait bien qu'elle laisserait de côté la théâtralité exacerbée de son matériau d'origine, pour voguer vers un pendant plus conventionnel, d'une mise en scène au plus près des corps et des visages, à un montage plus frénétique... bingo, en partie.

Si le pitch de départ différe peu (deux couples que tout oppose passent une soirée ensemble, l'un accueillant le second dont il est à la fois fasciné et jaloux/frustré de leurs ébats bruyants, dans un cocktail de piques personnelles et de révélations inattendues, mais la dynamique de l'écart d'âge est totalement gommée ici, puisque les deux couples sont de la même génération), Wilde apporte néanmoins une vraie personnalité à son remake, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme, sa gestion de son humour et de son timing comique (moins vachard et méchant mais loin d'être chiche en répliques incisives), plus travaillé et méticuleux, sort grandit du jeu des comparaisons (comme le développement de ses personnages, bien plus liés aux personnalités de ses interprètes) comme sa mise en scène (avec un vrai sens du cadre et de son espace, avec lequel il joue habilement des codes du huis clos), là où son rythme, furieusement décousu passé un premier tiers accrocheur (et qui ne redécollera qu'à son dernier), va de pair avec une narration moins charpentée qui laisse un peu trop poindre ses relans moralisateurs et pudiques.

Car il y a, derrière le survole de thématiques pourtant captivantes (la frustration sexuelle, la confrontation aux inhibitions comme la pudeur dissimulée de l'autre,...), une certaine rigidité voire même une réhabilitation consentie des valeurs familiales conservatrices et des normes relationnelles, dont elle est censée se moquer dans cette thérapie de couples où le subversif comme le sulfureux, ne dépasse pas les limites du plat de résistance.
Ce qui met sacrément du plomb dans l'aile de cette déclinaison, comme dit plus haut, loin d'être exempt de vraies qualités, mais qui rappelle un peu trop son effort précédent, Don't Worry Darling, une oeuvre formellement grandiose mais qui sonnait un peu trop creuse à l'intérieur, malgré de réelles ambitions thématiques et dramatiques.
Privilégions toujours la découverte du film original donc.


Jonathan Chevrier